Fermeture de l'unique centre de déradicalisation : "Même les professionnels qui y travaillaient étaient sceptiques"

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DÉCRYPTAGE – Moins d'un an après son ouverture, Gérard Collomb a annoncé ce vendredi la fermeture imminente du centre de déradicalisation de Pontourny (Indre-et-Loire). Comment expliquer cet échec ? Quelles pistes pour lutter à l’avenir contre l’embrigadement de nos ressortissants ? On fait le point avec des spécialistes de la question.

Lutter contre l’embrigadement des Français est vital pour la sécurité de notre pays. Mais les pouvoirs publics peinent à trouver la bonne formule. Ce vendredi, Gérard Collomb a annoncé la fermeture prochaine de l’unique centre de déradicalisation français installé à Pontourny, sur la commune de  Beaumont-en-Veron, en Indre-et-Loire.  "L'expérimentation d'un centre d'accueil ouvert, fonctionnant sur  la base du volontariat, a montré ses limites. Le gouvernement a ainsi décidé de  mettre un terme à l'expérimentation", a déclaré le ministre de l’Intérieur via un communiqué. 


Depuis son ouverture en septembre dernier, seuls neuf pensionnaires ont été accueillis dans cette structure. Et ils n’ont même pas pu suivre le programme de déradicalisation jusqu'à son terme. Comment expliquer cet échec ? Ancien député PS d’Indre-et-Loire, Laurent Bonnel a sa petite idée : "C’est le concept, basé sur le volontariat, qui n’a pas fonctionné, explique-t-il à LCI. Il s’est en effet avéré difficile de faire venir des volontaires en phase précoce de radicalisation afin de les déradicaliser. Par conséquent, l’Etat a été rapidement amené à faire venir des individus plus dangereux que ce qui était initialement prévu". Selon Laurent Bonnel,  "ces personnes, dont la dangerosité est déjà avérée, n’ont pas leur place dans un centre ouvert sur la base du volontariat mais plutôt dans un centre de rétention". Quant aux personnes en phase précoce de radicalisation, "il vaut mieux les suivre au niveau local à travers des associations", estime-t-il. 

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Déradicalisation : les "ratés" du centre de Pontourny

Cette tentative légale de lavage de cerveau était vouée à l’échecMichel Fize, sociologue

Contacté par nos soins, le sociologie Michel Fize évoque de son côté un problème de méthode. "Cette tentative légale de lavage de cerveau était vouée à l’échec. On était dans une situation où chacun jouait son rôle : le personnel jouait à déradicaliser et les pensionnaires jouaient à être déradicalisés". Pour l’auteur de l’ouvrage Radicalisation de la jeunesse. La montée des extrêmes, la réponse doit être "sociale et économique" : "Il faut leur redonner une activité, réinsérer ces gens dans un parcours de réussite. Et ne pas les laisser tomber entre les mains de recruteurs jihadistes qui, eux, leur redonnent une identité, un rôle que notre société a oublié de leur apporter". 


Dans cette optique, encore faudrait-il que les éducateurs soient formés en conséquence, s’est insurgé sur notre plateau Mohammed Chirani, consultant en prévention de la radicalisation. Pour rappel : Pontourny accueillait initialement des mineurs étrangers isolés, encadrés par 40 salariés. Lesquels ont été reconduits quand la structure est devenue un centre de déradicalisation. "On ne pouvait pas transformer un centre, qui avait une autre mission, en une structure complètement nouvelle. Même les professionnels qui y travaillaient étaient sceptiques", lance Mohammed Chirani.


Et le consultant d’évoquer le chantier majeur à ses yeux en matière de lutte contre la radicalisation : "Il est nécessaire d’avoir une véritable doctrine pour démanteler l’appareil doctrinal de Daech. Et ce n’est pas encore le cas dans tous les dispositifs de désambrigadement". Bref, Gérard Collomb a du pain sur la planche. 

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