A Montreuil, une boulangerie révolutionnaire met en pratique le principe de la baguette "suspendue"

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PARTAGE - Alors que l'on fête le pain du 15 au 21 mai dans toute la France, nous nous sommes rendus à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, dans la première et unique boulangerie bio autogérée de la région parisienne, "la Conquête du pain". Un lieu atypique qui a lancé, notamment, le concept de la baguette "suspendue".

"Ni Dieu, ni maître", tel pourrait être la devise de "la Conquête du pain", cette boulangerie hors du commun, implantée à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Dès que l'on pousse la porte en fer, la poignée en forme de A, entourée d'un cercle, le fameux sigle de l'anarchisme, donne tout de suite le ton. Une fois rentrée, des portraits de grands révoltés comme Karl Marx, Mikhail Bakounine, Louise Michel ou encore Rosa Luxemburg scrutent le visiteur. Tandis que le pain "Blum Blum", en référence au Léon du même nom, côtoie le classique Friedrich Engels, un sandwich jambon-beurre-gruyère.


Ricardo tout sourire,  accueille le client, un béret noir vissé sur la tête. Ce jeune homme, originaire du Mexique où il était anthropologue, avant de suivre une formation de boulanger, fait partie des 10 "militants" (7 salariés et 3 apprentis), d'âges, d'origines et de milieux différents, qui composent la fine équipe de cette coopérative. Tous se réclament du communisme libertaire. "Communisme parce que nous voulons mettre en commun, partager. Libertaire parce que nous refusons l'idéologie autoritaire et pensons que l'égalité sans la liberté n'est rien", nous explique Ricardo. Résultat : pas de chef, des salaires égaux, une rotation des tâches (ainsi le livreur, qui auparavant travaillait dans une banque, passera à la production en août) et des décisions prises par tous en assemblée générale tous les quinze jours. 

Des "tarifs de crise"

Autre principe, cher à leur coeur, offrir aux plus démunis des produits de qualité,  car pour ne rien gâcher, tout leur pain est fait à partir de farine biologique. Pour cela, ils se sont inspirés du "café suspendu" pratiqué en Italie (après la seconde guerre mondiale, dans un bar de Naples, un client aurait eu l'idée d'offrir un café à celui qui n'aurait pas les moyens de s'en payer un), en l'adaptant à la baguette. Le concept est simple : un client achète deux baguettes, la première est pour lui et la deuxième est mise en attente dans une corbeille pour une personne en situation de précarité qui pourra l'emporter gratuitement. 


Il est midi, la boulangerie ne désemplit pas mais pour l'heure personne ne réclame l'unique baguette qui trône dans la panière. "Ca ne saurait tarder", nous lance Amina, l'une des vendeuses. "En gros, une dizaine de baguettes sont offertes chaque jour", nous explique Myriam, l'autre vendeuse. "Ca peut paraître peu mais il n'est pas facile pour une personne en difficulté d'accepter d'être aidée", avoue-t-elle. Alors pour ne pas en rester là, tous les soirs à 20 h, les produits invendus sont redistribués aux personnes du quartier dans le besoin. La Conquête du pain propose également des "tarifs de crise". La baguette à 1 euro passe alors à 75 centimes et les autres produits baissent de 10 à 25%. Et pour cela, pas besoin de justificatif. "Nous ne sommes pas dans un centre social, on fait confiance aux gens", sourit Ricardo.

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Une fois notre baguette sous le bras, c'est tout naturellement que nous nous dirigeons quelques rues plus loin, place de la Fraternité, à la rencontre du premier cheese-truck solidaire "Place au fromage", ouvert en septembre 2016. Ici point de pain mais du maroilles au café, tous les produits peuvent y être "suspendus". Un immense camion jaune trône au milieu de cette place - qui porte si bien son nom - où des bancs en céramique lui donne un petit air de Portugal. 


Des bâtons dessinés à la craie indiquent le nombre de fromages mis en attente pour les personnes démunies. Cinq pour l'instant en ce début mai. Parmi les bénéficiaires, "il n'y a pas que des SDF", nous détaille Eric Legros, l'inventeur de ce nouveau concept, un habitant de Bagnolet reconverti dans le fromage après avoir été conseiller d'orientation dans le Nord. "Des étudiants avec peu de ressources ou encore des mères de famille aux fins de mois difficiles grossissent également les rangs". 


Et comme Eric Legros n'est plus à une innovation près, il a décidé de s'unir avec La Pêche, une monnaie locale d'Ile-de-France née à Montreuil en organisant le 25 juin un banquet fraternel "Entre la Pêche et le Fromage" qui permettra de faire se rencontrer pour la première fois ceux qui donnent et ceux qui reçoivent. 

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