Fiche technique raciste chez Laforêt : le contrat de l’agence suspendu par le groupe immobilier

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LA CONTRE-ATTAQUE - Alors que plusieurs associations de lutte contre le racisme et de défense des droits ont réagi après qu'un internaute a rendu public l'annonce raciste d'un appartement mis en location par l'agence Laforêt des Lilas, le groupe immobilier a décidé de suspendre son contrat de franchise.

Face à l'ampleur prise par la polémique, le groupe Laforêt a décidé de réagir. Le réseau immobilier a annoncé ce mercredi avoir suspendu son contrat de franchise avec l'agence des Lilas, "en attendant le résultat d'une enquête disciplinaire en cours". L'agence s'était faite épingler sur Twitter pour une fiche de location raciste.

"Attention, important pour la sélection des locataires : nationalité française obligatoire, pas de Noir. Immeuble avec des policiers uniquement". Tels étaient les critères de sélection du prochain occupant d’un appartement de Levallois-Perret, mis en location par l’agence immobilière Laforêt des Lilas. Prise en photo lors d’une visite et publiée sur Twitter le 25 novembre par Moustapha, la fiche technique a suscité l’indignation. Se disant "outré" auprès de France Info, le responsable de l’agence Laurent Balestra (qui a fait visiter le bien à Moustapha et dont le nom figure en bas du document en question), avait reporté la faute sur une "collaboratrice ne faisant plus partie de l’entreprise", "naïve et mal formée", qui, "sur injonction de la propriétaire raciste", avait "retranscrit sans savoir".   

A son tour choquée par ces accusations, la propriétaire de l’appartement a réagi dans les colonnes du Parisien, se défendant purement et simplement d’être raciste. "Je ne m’explique pas ce qui se passe. Je ne suis absolument pas raciste, j’ai trois Maghrébins et un Noir [sic] comme locataires. En plus, je ne travaille plus avec cette agence depuis fin octobre". Selon Samuel Thomas, directeur général de l'association La Maison des potes, "si l’initiative vient bien de la propriétaire, l’auteur de ces commentaires est tout autant responsable". 

Enquêtes, plaintes... l'offensive des associations

L’association de lutte contre le racisme a déposé plainte contre l’agence Laforêt et la propriétaire "pour subordination d’offre locative à un critère de nationalité et de couleur de peau". "J’ai écrit au procureur de la République pour réclamer l’ouverture d’une enquête de flagrance" (qui intervient tout de suite après qu'une infraction a été constatée). Dans ce courrier, que LCI s’est procuré, Samuel Thomas demande le "renvoi de cette affaire devant le tribunal correctionnel pour qu'un procès public puisse constituer un acte de pédagogie fort et que chacun sache que subordonner la location d'un appartement à un critère de nationalité ou de couleur de peau est un délit grave". Selon lui, "le temps permet aux différentes parties d’aiguiser leur stratégie de défense. La justice doit agir vite. J’ai contacté le commandant en chef du commissariat des Lilas, mais il attend les directives du procureur pour mener une investigation". 


De son côté, SOS Racisme "étudie la faisabilité d’une action en justice". Le Défenseur des droits a fait également savoir qu'il avait ouvert une enquête auprès de l’agence et de la propriétaire. La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) a saisi le Parquet de Paris et se portera partie civile. "Ce sera à la justice de déterminer qui est responsable, affirme le porte-parole de l’association, auprès du Figaro. Ce n’est pas si souvent qu’on a affaire à des cas de flagrant délit comme celui-là. D’ordinaire, les cas de discrimination sont difficiles à prouver", a-t-il ajouté, rejoignant ainsi l’avis de Samuel Thomas : "Il n’y a jamais de procès public pour ce type d’infraction. Ces affaires se soldent souvent par des arrangements à l’amiable, ce qui donne un sentiment d’impunité". 

La direction de Laforêt "consternée"

Depuis la médiatisation de l'affaire, l'agence Laforêt des Lilas ne répond plus au téléphone. Contactée par Le Figaro, la direction de Laforêt s’est dite "scandalisée" et a reconnu n’avoir appris cette affaire que ce mardi, soit plus d’un mois après la publication de la photo. Sur son compte Twitter, le réseau d’agences immobilières a présenté ses "plus sincères excuses" et rappelé que "l’égalité, la diversité et le respect d’autrui" font partie de ses "fondamentaux". Selon le quotidien, la direction devrait se réunir la semaine prochaine pour prendre des décisions. 

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