File "orange" au commissariat pour les victimes de viols : de quoi parle Gérald Darmanin ?

File "orange" au commissariat pour les victimes de viols : de quoi parle Gérald Darmanin ?

EXPÉRIMENTATION - Gérald Darmanin a tweeté vendredi au sujet de l'installation d'une signalétique au commissariat d'Orléans, créant deux files d'attente, l'une pour les victimes de violences, notamment sexuelles, l'autre pour les autres infractions. Son message a suscité un torrent de réactions, pas forcément justifié.

"Un rond orange pour les personnes victimes de viol, de violences conjugales ou intrafamiliales", "un rond bleu pour les victimes d’une autre infraction". Le message posté vendredi matin sur Twitter par Gérald Darmanin a déchaîné un torrent de réactions, incompréhension pour les uns, indignation pour les autres. 

Il faut dire qu'une telle publication peut surprendre, sur un sujet aussi grave, des personnes qui n'auraient pas le contexte de l'initiative ici décrite par le ministre de l'Intérieur au sujet d'une expérimentation conduite dans un commissariat.

L'expérimentation, menée en l'espèce au commissariat d'Orléans, qui consiste à distinguer des victimes a rapidement suscité des réactions relatives au respect de la vie privée. Difficile, en effet, d'imaginer aller déposer une plainte avec un motif aussi clairement identifié, au vu et au su de tout le monde. 

"Pas de place pour la polémique sur un sujet aussi sérieux", a réagi par la suite Gérald Darmanin. Ce dernier a précisé que le dispositif décrit serait "le même que celui mis en place au Mans, qui respecte la confidentialité des victimes et qui donne entière satisfaction", renvoyant vers un article publié en mars dernier par Libération

Protéger les victimes

En mars, Libération décrivait ainsi une expérimentation menée au Mans, destinée bien au contraire à protéger la confidentialité de la victime. Le dispositif a en réalité été lancé dès le mois de novembre 2019. À l'entrée du commissariat a été installé un "tableau d'accueil-confidentialité" (Tac) composé d'une feuille avec un code couleur : rond orange (infraction à caractère sexuel, violences conjugales ou intrafamiliales) ou rond bleu (vol, dégradations, agression sur la voie publique...). 

L'objectif est de permettre aux victimes d'infractions à caractère sexuel, de violences conjugales ou intrafamiliales d'effectuer un parcours spécifique au sein du commissariat sans avoir à décliner à haute voix le motif de leur déplacement à leur arrivée. Et d'indiquer, par un simple geste, ce motif, pour accéder de façon accélérée au bureau en vue du dépôt de plainte. "Avant, il fallait expliquer à l'interphone pourquoi on venait", expliquait ainsi à France Bleu le chef de la police du Mans, Emmanuel Morin, fin 2019. "Dans l'entrée du commissariat, tout le monde pouvait entendre." En outre, "au bout d'une ou deux heures d'attente, certaines femmes pouvaient renoncer à aller au bout de leur démarche."

Le commissariat a également noué des partenariats avec des associations d'aide aux victimes, se dotant ainsi d'un accompagnement psychosocial. Ce dispositif innovant a reçu la médaille de la municipalité du Mans et un prix du ministère de l'Intérieur, en septembre 2020, pour l'accueil et la prise en charge des victimes. 

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Un dispositif appelé à s'étendre

L'initiative évoquée vendredi matin par le ministre de l'Intérieur, appelée à être étendue, concerne cette fois le commissariat d'Orléans. Depuis le 22 juillet, relate La République du Centre, ce dernier a mis en place une signalétique similaire afin de permettre aux victimes de violences sexuelles de déposer plainte en toute confidentialité, au moyen d'un parcours spécifique. Cette nouvelle initiative a été recommandée par la Direction centrale de la sécurité publique. 

Plusieurs dispositifs nationaux existent déjà pour garantir la confidentialité des plaintes à caractère sexuel. Une plateforme de signalement permet d'échanger, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, avec des policiers ou des gendarmes spécialement formés aux violences sexistes et sexuelles, pouvant déboucher sur des interventions. En outre, le 3919, numéro d'écoute national anonyme et gratuit, permet aux victimes d'être dirigées vers les dispositifs locaux d'accompagnement et de prise en charge.

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