Florence Cassez : "J'ai besoin que tout le monde croie en mon innocence"

Florence Cassez : "J'ai besoin que tout le monde croie en mon innocence"

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INTERVIEW - Un an jour pour jour après sa libération, Florence Cassez sort un livre retraçant ses sept années de détention au Mexique*. Une contre-enquête dans laquelle elle revient sur cet engrenage judiciaire, avec un but : prouver son innocence. Elle se livre à Metronews.

Cela fait un an que l'on ne vous avait pas vue. Comment allez-vous ?
Je ne vous cache pas que ce marathon médiatique est assez éprouvant. J'avais réussi à trouver une stabilité dans ma vie personnelle, qui se retrouve chamboulée. C'est dur mais en même temps, j'ai conscience que c'est nécessaire. Si je joue le jeu, c'est parce que j'ai un message à faire passer. Et c'est le même depuis 8 ans.

Ce message, c'est que vous êtes innocente...
Absolument. Et ce livre, qui expose la contre-enquête réalisée par Eric Dussart (journaliste à La Voix du Nord, ndlr), le prouve très clairement. J'ai besoin que l'on reconnaisse publiquement cette innocence, que tout le monde me croie. Ce combat n'est toujours pas terminé. Et pardon si certains s'agacent de me voir encore médiatisée : j'ai bien l'intention de continuer.

L'affaire Florence Cassez existe donc toujours, selon vous ?
Oui, et elle existera encore longtemps puisqu'au Mexique, il y a beaucoup d'autres Florence Cassez et il y a beaucoup de livres sur mon histoire qui arrivent aux mêmes conclusions que moi. De toute façon, même si moi je me taisais, l'histoire ne s'arrêterait pas !

Vous aviez déjà clamé votre innocence dans un premier livre. Pourquoi ce deuxième ?
Le premier avait été écrit en détention, par téléphone avec Eric Dussart. C'était très compliqué. Et nous étions en 2009 : comme vous le savez, il s'est passé beaucoup de choses depuis ! Déjà, cette contre-enquête. Ensuite, la liberté de ton que je peux avoir maintenant que je suis plus en détention.

Vous déplorez, au début de votre livre, ne pas avoir assez insisté sur votre innocence au moment de votre libération...
Mais pour moi c'était tellement logique ! Je me suis laissée emporter par la cohue médiatique, j'étais complètement dépassée par la situation. Les gens me posaient des questions sur des détails anodins, comme sur ma première nuit à l'hôtel, ce que j'avais mangé... Je me contentais de leur répondre, je ne savais plus où donner de la tête. Cela a été très violent.

Israël, votre ancien compagnon arrêté au même moment que vous, est toujours en détention au Mexique. Etes-vous en contact avec lui ?
Plus du tout. Je l'ai été jusqu'en 2008, pour les besoins de la procédure. Puis nous avons demandé la séparation des dossiers : moi, j'ai demandé ma sentence, persuadée qu'on allait me libérer. Et lui, il a continué de son côté, parce qu'il avait plein de preuves à apporter pour démontrer son innocence.

Mais pourquoi ne pas lui apporter publiquement votre soutien ? En prouvant votre innocence, vous prouvez au passage la sienne...
Ce n'est pas à moi de le soutenir, ni de dire s'il est innocent. Je me concentre sur mon dossier, égoïstement, depuis huit ans maintenant. A ce titre, je ne peux parler qu'en mon nom. Je ne prétends pas sauver la terre. Mais je pense qu'il a le droit, comme tout être humain, à un procès équitable.

Avec le recul, quelle est votre intime conviction dans cette affaire ? Pourquoi vous, pourquoi toute cette histoire ?
Des certitudes, une intime conviction, je n'en ai pas. Mais Eduardo Margolis reste une zone d'ombre terrible, et je ne peux m'empêcher de penser que je suis une victime collatérale de cet homme. Je me dis aussi que la police mexicaine, très corrompue, avait besoin de redorer son blason. En me choisissant moi, la petite Française toute mignonne, elle donnait enfin un visage au fléau des kidnappings au Mexique.

Mais pourquoi n'a-t-on pas plus parlé de cet Eduardo Margolis en France ?
C'est une très bonne question ! Personne, effectivement, ne me parle jamais de lui. C'est pour cela que je m'acharne autant : mon histoire, bien que médiatisée, reste terriblement méconnue.

On a l'impression aussi, à la lecture du livre, que vous libérer, c'était surtout pour la justice mexicaine reconnaître son erreur...
Bien sûr. Cette affaire n'est d'ailleurs pas une erreur judiciaire, c'est un montage ! Entre la politique, la justice et les médias.

Il a d'ailleurs fallu attendre que le pouvoir change de main pour que vous soyez libérée...
Tout est dit, non ? (sourire)

Mercredi, on apprend que votre frère s'apprête à sortir lui aussi un livre qui parle justement de cet homme, Margolis...
Oui, j'ai vu ça. Bon eh bien, très bien, qu'il l'écrive (sourire) ! Je suis toujours en relation avec lui mais je n'étais pas au courant de ce projet. Si mon frère a des choses à dire sur le sujet, bienvenue à lui !

Maintenant que vous l'avez quitté, comment percevez-vous le Mexique aujourd'hui ?
De loin (sourire). Je ne pense pas y retourner un jour. Je n'en ai pas envie.

Vous avez reçu, tout au long de ces années, de nombreux soutiens, et notamment des personnalités de renom. Etes-vous toujours en contact avec elles ?
Ç a dépend de qui. Marion (Cotillard) et Melissa (Theuriau), par exemple, sont des amies depuis longtemps. Je vois Melissa très souvent. Vous savez, je n'ai pas connu des 'personnalités' mais des êtres humains extraordinaires. Quand Melissa, par exemple, est venue me voir en prison, elle était déjà une grande journaliste. Mais moi, qui était coupée de l'extérieur, je ne savais pas du tout qui c'était !

Où êtes-vous installée en ce moment ?
Je vis à Annecy avec mon mari (Fausto Avila, un Franco-Mexicain qui était venu la voir en détention, ndlr). Il y vit depuis 10 ans. Il était logique qu'en sortant, je l'y rejoigne. Mais évidemment, le Nord me manque, d'autant que mes parents, dont je suis toujours autant proche, y sont toujours.

Quels sont vos prochains projets ?
Il faut d'abord que je me reconstruise. Je reste très fragilisée par toute cette affaire, et j'ai encore beaucoup de travail à faire. Quand je m'en sentirai prête, je chercherai un emploi, de préférence dans le commerce, le management, le service. Mais je suis consciente qu'en raison de ma surmédiatisation, c'est difficile pour un employeur de me proposer un emploi. Sinon, je travaille également sur l'écriture du scénario du film basé sur mes deux ouvrages. Il sera réalisé par Fred Garson et produit par Benoit Jobert.

A votre retour, vous aviez expliqué avoir envie d'aider les gens... Récemment, on a beaucoup parlé des cas de Français détenus à l'étranger, comme Michaël Blanc qui vient d'être libéré en Indonésie, tandis qu'un autre Français y  a été interpellé. Vous pourriez vous engager pour ce genre de cause ?
A l'époque, j'ai un peu mis la charrue avant les bœufs. Je ne regrette pas d'avoir dit cela mais aujourd'hui, je ne suis pas prête. Je voudrais déjà arriver à m'occuper de moi. Et puis aider les gens, on peut le faire de mille façons, sans que cela ne soit rendu public. M'engager publiquement pour ce genre de cause ? Je ne m'en sens pas la force. Pardon.

*Florence Cassez et Eric Dussart, Rien n'emprisonne l'innocence, Michel Lafon, 317 pages, 17,95 euros.

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