Football : Nike et Adidas dépensent de plus en plus pour sponsoriser les équipes, mais paient de moins en moins les ouvriers

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BUDGET - Les deux géants de l'équipement sportif se disputent à prix d’or les contrats de sponsoring des principaux athlètes et équipes des compétitions sportives. Une augmentation du budget que pointe du doigt le rapport du collectif d'ONG Ethique sur l'étiquette, en ce qu'il grève la part budgétaire consacrée à la masse salariale.

Pour eux, c’est de l'"antijeu". Alors que commence la Coupe du monde, le collectif Ethique sur l'étiquette dénonce, dans un rapport réalisé avec Basic (Bureau d'analyse sociétale pour une information citoyenne), les choix budgétaires de Nike et Adidas, qui sponsorisent 22 des 32 équipes participant à la compétition internationale. D'après eux, la course au sponsoring n’a jamais été aussi vive, et atteint de nouveaux records.

Car la vitrine de cette Coupe du monde est en effet unique en son genre. Des matchs disputés, une retransmission dans le monde entier, une couverture médiatique exceptionnelle... De quoi amener les deux équipementiers sportifs à se disputer à prix d’or les contrats de sponsoring des athlètes et des équipes des compétitions sportives, pour y voir leurs logos en bonne place.

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D’après le collectif, qui rassemble une vingtaine d’ONG, de syndicats et d’organisations de défense des consommateurs, Adidas a ainsi négocié avec l’équipe nationale d’Allemagne un contrat record de sponsoring de 65 millions d’euros par an, soit trois fois plus qu’en 2016. De son côté, Nike a conclu un partenariat en 2016 avec Cristiano Ronaldo, le tout premier contrat de sponsoring à vie avec un joueur de foot, pour un montant total d’un milliard de dollars, soit 25 millions dollars par an. A l'échelle des clubs, les dix plus grandes équipes de foot européennes ont engrangé 143 millions d’euros supplémentaires en sponsoring annuel entre 2015 et 2017.

Dans le même temps, en amont, dans les chaînes de production, les conditions de travail n’ont cessé de se dégrader. "Sur un maillot Adidas de la Coupe du monde vendu 90 euros, les travailleurs touchent 0,8 euros ; Adidas empoche 18 euros de bénéfice net", déplore le rapport. "Sur le prix d’une paire de chaussures Nike ou Adidas, la part revenant aux travailleuses a baissé de 30% entre 1995 et 2017", pointe encore l’étude. Car les équipementiers continuent à déserter la Chine, où les salaires sont déjà jugés trop élevés, au profit de l’Indonésie, du Cambodge ou du Vietnam. Et, dans ces pays où ces marques s’approvisionnent de plus en plus, les "cas de non-respect des droits fondamentaux du travail sont plus fréquents et les salaires moyens des ouvriers sont inférieurs de 45 à 65% au salaire vital".  

Des contrats délirants

Et tout ça ne ferait qu’empirer alors que, estime le rapport, il suffirait de revoir les priorités. "En 2017, Adidas a versé 11 millions de plus à Lionel Messi qu’à Zinedine Zidane quinze ans plus tôt, un montant qui aurait permis d’assurer un salaire vital à plus de 44.170 salariés dans les usines de confection en Indonésie ou 52.600 au Vietnam", indique l’étude, qui estime encore que "si les équipementiers sportifs avaient maintenu les mêmes montants de sponsoring des clubs de foot qu’en 2015, les 226 millions d’euros économisés auraient permis d’assurer un salaire décent à plus d’un million de travailleurs en Asie."

Une situation qui s’explique par le modèle économique mis en place par ces équipementiers : "L’objectif central est la maximisation des bénéfices pour rémunérer toujours plus les actionnaires", avec des niveaux "remarquables de dividendes versés chaque année" (près de 10% chez Nike, ndlr). 

Joint par LCI, l'équipementier Adidas a d'abord mis en avant les "accords contractuels" conclus avec ses fournisseurs assurant "le respect de conditions de travail équitables et sûres [et] des salaires équitables sur les sites de production tout au long de la chaîne d'approvisionnement". Et assuré, en réponse aux accusations, que "le salaire mensuel moyen des travailleurs sur les sites de production avec lesquels Adidas travaille en Indonésie" était "actuellement bien supérieur au salaire minimum actuel." Sans oublier de mentionner les "avantages sociaux" touchés par les salariés sur place : "la prime de rendement, l'allocation de repas, l'allocation de subsistance ou la prime d'ancienneté." Egalement contacté par LCI, Nike n'avait pas donné suite à notre demande au moment de note publication.

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