Forces de l’ordre et Zadistes sur le pied de guerre : à Notre-Dame-des-Landes, l’heure des expulsions approche

LOIRE-ATLANTIQUE - Avec la fin de la trêve hivernale, le début des expulsions dans la Zad de Notre Dame des Landes est annoncé pour ce début de semaine.

"Alerte expulsions", "l’opération se précise", "une info qui parle d’une intervention de 6 h à 8 h lundi matin." Sur le site internet de la ZAD et les réseaux sociaux, depuis quelques jours, les alertes se multiplient, et le niveau d’alerte est maximal. Et sur le terrain, à Notre-Dame-des-Landes, les AG et les travaux préparatoires se succèdent.  


Les habitants du site de Notre-Dame-des-Landes - quelque 250 actuellement - risquent en effet l’expulsion à tout moment : ils avaient jusqu’au 1er avril, date de la fin de la trêve hivernale, pour régulariser leur situation, et s’inscrire dans un projet agricole ou para-agricole, comme l'avait annoncé le gouvernement, en annonçant la fin du projet d'aéroport. Mais, les Zadistes ont préféré ne pas donner suite. "A ce jour, aucune des personnes concernées n’a souhaité répondre aux appels à l’envoi de demandes de conventions d’occupation précaire individuelle", indiquent les occupants de la ZAD dans un communiqué envoyé jeudi. Au format imposé par l’Etat, ils préfèrent l’idée d’une gestion collective des terres. "Ce choix partagé ne part pas en soit du refus d’une formalisation légale de l’occupation, mais de la volonté de donner un cadre collectif à cette formalisation", assurent-t-ils. Ils disent cependant vouloir avancer. Preuve de cette bonne volonté, ils ont envoyé jeudi une proposition de régularisation collective à la préfecture. 

Une "résistance physique et déterminée", promet la ZAD

En plus de la bataille juridique, la mobilisation se fait aussi sur le terrain : depuis une semaine, les Zadistes multiplient les appels à se rassembler sur le site pour s’opposer aux expulsions, et à se rassembler devant les préfectures, notamment à Nantes et Rennes lorsque les opérations auront commencé.

Près de trois mois après l’abandon du projet d’aéroport, le déploiement des forces de l’ordre est désormais imminent sur la ZAD. Selon une source proche du dossier, l'opération dans les tous prochains jours. Elle doit durer au moins une semaine, et mobilisera vingt-cinq escadrons de gendarmerie mobile, soit environ 2.500 militaires. La date du lundi 9 avril comme date d'évacuation a fuité dans les médias lundi dernier. Mais d’après Ouest-France, les gendarmes patrouilles déjà jour et nuit dans la ZAD. La préfète de Loire-Atlantique, Nicole Klein a renouvelé mercredi et jusqu'au 12 avril au soir cinq arrêtés préfectoraux, pris après l'abandon du projet pour contenir l'afflux possible de "plusieurs centaines de militants radicalisés". Ils interdisent notamment le transport de carburant, de matières dangereuses et d'objets pouvant servir d'armes, à l'intérieur et autour de la ZAD. 


Face à ce déploiement massif des forces de l’ordre, les habitants de la ZAD promettent une "résistance physique et déterminée", via un "large panel de pratiques et de modes d’actions" : "En 2012 (date de l’opération César, première tentative d’évacuation de la Zad, ndrl), c’est la jonction entre des barricades, des blocages humains ou avec des tracteurs, des sabotages, des projectiles, des cabanes perchées, des blagues, chants et harcèlements divers, qui a permis finalement de mettre en déroute leurs troupes", expliquent les Zadistes. "C’est cette force hybride que nous voulons réinvoquer." D’après des occupants, des soutiens extérieurs sont déjà arrivés sur la ZAD cette semaine pour aider à "une quinzaine de chantiers", prévus pour durer jusqu'à dimanche. 

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Notre-Dame-des-Landes : les derniers jours de la Zad

Débats autour de la RD 281

Les occupants promettent également de bloquer les routes, dont la départementale 281. Les travaux de remise en état de cette ex-"route des chicanes" ont pris fin la semaine dernière, mais l'arrêté du département y interdisant la circulation n'a toujours pas été levé. L'Etat a voulu en faire le symbole du "retour à l'état de droit" ; mais sur le site, la situation est plus cacophonique : la RD281 est un point de crispation au sein du très hétérogène mouvement anti-aéroport. D'après les journaux locaux, des chicanes ont réapparu sitôt après les travaux, et une minorité de Zadistes, qui refusent toute régularisation, montent la garde au sommet d’un mirador. A l’inverse, certaines associations, dont la principale, l'Acipa, ont dit dès le mois de janvier qu'elles ne viendraient pas "défendre cette route qui doit devenir circulante". "On protègera peut-être des lieux, mais que s'ils font l'objet de projets agricoles ou para-agricoles", explique Julien Durand, porte-parole de l'Acipa.


La ZAD attend donc de pied ferme, et multiplie les actions tous azimuts. Samedi dernier, un petit millier de manifestants a défilé à Nantes "contre toutes les expulsions". Quelques occupants, soutenus par une vingtaine d'avocats ont envoyé un courrier au Premier ministre Édouard Philippe, estimant que la plupart des 97 squats recensés par les autorités ne sont "pas légalement expulsables". Leur recours a été rejeté par le tribunal administratif vendredi. Vendredi encore, une "centaine d’architectes, urbanistes, et penseurs" ont publié un appel à "la défense d’autres manière d’habiter", invoquant la "richesse des habitats auto-construits de la ZAD", et la "réappropriation des savoirs et l’expérience d’architecture vernaculaire qui s’y met en œuvre depuis plusieurs années". 

Ne pas refaire 2012

Cette évacuation à venir sera la première opération de grande ampleur depuis l'automne 2012, où une tentative d'évacuation massive avait lieu à de violents affrontements. Baptisée "opération César", elle avait viré au fiasco malgré le déploiement de plus d'un millier de gendarmes et policiers. Cinq ans et demi après, le projet de transfert de l'aéroport nantais n'est plus et la stratégie d'évacuation se veut plus ciblée. "On ne refera pas César, ça c'est sûr", avait prévenu en mars 

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Notre-Dame-des-Landes : après l'abandon et l'évacuation, le dépôt des dossiers

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