Fraude alimentaire : quand la grande distribution flirte avec le mensonge

Fraude alimentaire : quand la grande distribution flirte avec le mensonge

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ALIMENTATION - Pour sa première campagne en France, l'ONG spécialiste de la dénonciation des fraudes alimentaires cible cinq produits aux affirmations et étiquettes mensongères. Et se lance une pétition contre Michel-Edouard Leclerc, qui a pour sa part dénoncé un "coup de com'".

Des tranches de dinde "100% filets" avec seulement 84% de viande, une soupe estampillée boeuf-carottes sans la moindre trace de boeuf ou des tortellinis jambon cru parmesan avec 2,8% de fromage... Pour sa première campagne en France, Food Watch s'est plongée dans les assiettes des consommateurs. Verdict ? Cinq produits classiques qui, selon cette ONG allemande spécialiste de la fraude alimentaire, comportent des étiquettes mensongères. Une pratique courante selon Ingrid Kragl, directrice de l'information pour l'ONG qui vient de s'installer en France.

"Ces produits ne sont ni bons ni mauvais, nous ne sommes pas dans le jugement. Mais nous volons expliquer pourquoi nous sommes dans un système qui permet aux industriels de recourir à des 'ruses légales'", nous explique Ingrid Kragl. Premier d'entre eux, l'enseigne Leclerc. Food Watch a en effet lancé une pétition à l'encontre de son patron, Michel-Edouard Leclerc, pour dénoncer ses filets de dinde "100% filet". "Le consommateur pense qu'il s'agit de 100% viande. Or ce n'est pas le cas : le reste c'est de l'eau, des additifs et du sel", résume la directrice. Et d'appuyer : "À l'arrivée, l'équivalent d'une tranche sur six n'est que de l'eau."

Plusieurs pétitions lancées

Si la publicité frise le mensonge, elle demeure malgré tout légale puisque aucune loi ne contraint les fabricants à la transparence. D'une part, le "84% de dinde" figure sur l'emballage. Mais surtout, il répond aux normes : un "code des bonnes pratiques des produits à base de dinde et de dindonneau" pose des règles définies par les professionnels du secteur, et acceptées par la répression des fraudes. "Un produit peut s'appeler "dinde" même s'il n'en contient que 50%!", s'alarme Ingrid Kragl.

Sollicité par l’organisation, Leclerc s’est réfugié dans le silence avant de dénoncer dans la soirée "un coup de com'". "Non, il n'y a pas de malveillance, il n'y a pas tromperie, il n'y a pas de mensonge", a réagi sur son blog Michel-Edouard Leclerc . Et de conclure non sans ironie: "si l'on veut du jambon sans eau, ça s'appelle du jambon sec...et il s'en vend aussi chez E.Leclerc !".

Également épinglés, Lustucru, Maggi ou Puget devraient bientôt faire l'objet d'une pétition. "Leclerc n'est que la première, d'autres suivront", prévient Food Watch. Pour l'ONG, "le but n'est pas que ces fabricants changent leurs recettes mais qu'ils jouent la transparence, éventuellement qu'ils modifient certains ingrédients." Ce combat, livré depuis une dizaine d'années en Allemagne, ne serait pas vain. "En général, cela marche, se félicite Ingrid Kragl. On peut changer les règles du jeu en faveur du consommateur."

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