Friture sur la ligne de la ministre de la Justice : qui propose quoi sur les téléphones portables en prison ?

Friture sur la ligne de la ministre de la Justice : qui propose quoi sur les téléphones portables en prison ?
SOCIÉTÉ

CONTROVERSE - Depuis la publication d'un clip de rap filmé dans la prison d'Aiton, en Savoie, le débat sur les téléphones portables en prison a été rouvert. La ministre de la Justice, contrainte de préciser ses premières déclarations floues, affirme qu'il n'a "jamais été question" d'autoriser les portables, mais "d'étendre" l'utilisation des téléphones fixes. Mais ce n'est pas la seule alternative.

Le débat a fait son chemin depuis le 7 août, date à laquelle un clip de rap tourné dans le centre pénitentiaire d'Aiton, en Savoie, a été publié sur Youtube. Face à la présence massive de téléphones portables en prison, la ministre de la Justice, qui a d'abord affirmé qu'il n'était "pas absurde" d'autoriser des téléphones portables bridés, a ensuite affirmé qu'elle n'était favorable qu'au développement des téléphones fixes. Sur ce sujet hautement polémique, plusieurs propositions existent. LCI fait le point.

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"Étendre" l'utilisation des téléphones fixes, la solution de la ministre de la Justice

Mercredi, le ministère de la Justice assure qu'il n'a "jamais été question" d'autoriser les téléphones portables en prison et que la Garde des sceaux Nicole Belloubet est seulement favorable à une "extension" des téléphones fixes, telle qu'expérimentée depuis un an dans la prison de Montmédy en Meuse.

"On a déjà du mal à contrôler les téléphones fixes", rétorque David Calogine, secrétaire général adjoint de l'UFAP-UNSA, le syndicat majoritaire chez les surveillants pénitentiaires, hostile à toute "extension" des téléphones fixes.

Distribuer des téléphones portables "bridés", la solution de la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté

Le 17 août, sur France Inter, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, affirmait qu’il ne sert à rien d’empêcher les détenus d’avoir un téléphone. Elle propose de vendre aux détenus, dans les prisons, des portables "bridés" avec lesquels les détenus pourraient "atteindre quelques numéros déclarés et vérifiés". "Cela fera comme les télévisions : cela avait choqué une partie de l’opinion. Maintenant, plus personne n’imaginerait qu’un détenu n’ait pas la télévision, qu’il paie et qu’il loue d’ailleurs." 

Pour David Calogine, le secrétaire général adjoint de l'UFAP-UNSA, "un téléphone bridé, ça se débride". Le syndicaliste estime que, "en l'état actuel, c'est suicidaire", car les détenus "ont toujours deux ou trois coups d'avance sur nous".

Rétablir la fouille systématique après le parloir, la solution de certains syndicats pénitentiaires

Dans les jours qui ont suivi la publication du clip de rap tourné en prison, de nombreux syndicats pénitentiaires ont pu s'exprimer sur la question. Christopher Dorangeville, secrétaire général du syndicat CGT Pénitentiaire, réclame le rétablissement de la fouille systématique des détenus au retour du parloir "ou d'un système du même ordre d'efficacité", qui pourrait "contribuer à réduire le nombre de téléphones en cellules". 

Ces fouilles systématiques ont été supprimées en 2014. Mais le syndicaliste n'en fait pas une solution miracle. "Ce fléau existait déjà du temps des fouilles systématiques", estime-t-il. La CGT Pénitentiaire réclame avant tout une augmentation des moyens "humains, matériels et législatifs".

Autoriser les téléphones portables avec des restrictions individuelles, la solution de l'Observatoire international des prisons

"Avant l'apparition des smartphones en prison, si un détenu voulait préparer une évasion ou continuer son business, il le faisait", affirme François Bès, de l'Observatoire international des prisons (OIP), qui défend la légalisation des portables en prison. Afin de limiter les dangers, l'OIP propose de "limiter au cas par cas l'accès à internet". Pour François Bès, "on pourrait imaginer que des juges prononcent des restrictions si besoin".

Une mesure que refuse Jean-François Forget, de l’Ufap-Unsa justice. "Avec un téléphone portable, vous organisez une évasion. Vous orchestrez un certain nombre de choses qui mettent en fragilité le système carcéral", a-t-il expliqué sur France Info.

"Généraliser les brouilleurs", la solution de... presque tout le monde

"La solution n'est pas de généraliser les portables en prisons. La solution c'est de généraliser les brouilleurs", a proposé Nicolas Bay, le secrétaire général du FN, sur LCI. "C'est peu coûteux et ce n'est pas difficile à mettre en place", argue-t-il. Mais il n'y a pas que le FN qui voit dans les brouilleurs la solution au problèmes des téléphones portables en prison.

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Nicolas Bay : "La solution n'est pas de généraliser les portables en prisons. La solution c'est de généraliser les brouilleurs"

En 2015, la Garde des sceaux d'alors, Christiane Taubira, avait annoncé le déploiement de nouveaux brouilleurs dans les prisons. En 2017, c'est François Bayrou qui s'était déjà dit favorable à la mise en place de "brouilleurs". 

Pour autant, cette solution qui paraît idéale est plus complexe qu'elle n'en a l'air. "Dans le milieu carcéral, la spécificité technologique est bien concrète. Il ne faut pas brouiller les communications propres à l’administration pénitentiaire, les communications personnelles et celles du voisinage", rappelle le représentant de la CGT Christophe Dorangeville. 

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