Attaque au lycée de Grasse : la sécurité des établissements scolaires en question ?

SECURITE - Avec la fusillade survenue ce jeudi dans un lycée de Grasse, la surveillance et la sécurisation de ces établissements se pose une nouvelle fois. Quelles sont les mesures en place ? Quelles sont les failles ? Le point.

Il a réussi, d’après les éléments, à entrer avec un fusil, deux armes de poings et deux grenades. Comment est-ce possible ? C’est une des questions en suspens, après la fusillade qui a eu lieu en milieu de journée dans le lycée Tocqueville à Grasse. 


Le fait divers pose, une fois encore, la question de la sécurité dans les lycées, régulièrement mise en avant depuis les attentats de janvier puis de novembre 2015. Les consignes diffusées par le ministère de l’Education nationale n’ont pourtant eu de cesse d’être renforcées, ces dernières années. 


A la rentrée 2016, l’Etat a même voulu montrer qu’il prêtait une attention particulière au problème, en mettant deux ministères sur le dossier - l’Education et l’Intérieur – et en renforçant encore les mesures avec le plan Vigipirate.

Très concrètement, d’après les consignes des ministères diffusées aux personnels,  tous les accès aux établissements sont dorénavant surveillés : l'accueil à l'entrée des écoles et établissements scolaires est assuré par un adulte ; un contrôle visuel des sacs peut être effectué ;  l'identité des personnes étrangères à l'établissement est systématiquement vérifiée ; une autre des mesures marquantes était que durant l'année scolaire, chaque établissement doit réaliser trois exercices de sécurité, dont le fameux exercice "attentat intrusion", pour apprendre comment réagir à l’intrusion d’un individu armé.


Dans les académies en Vigipirate Alerte Attentat, le stationnement des véhicules est interdit aux abords de l'établissement, et les chefs d’établissements peuvent dorénavant être en contact réguliers avec des référents sûreté au sein de la police ou la gendarmerie pour mettre à jour leur diagnostic de sécurité, en ciblant les zones sensibles. Les établissements peuvent également assouplir leurs horaires d'entrées et de sorties pour mieux contrôler les flux d'élèves. 

Sur le papier, tout est donc très calé. Reste que sur le terrain, les choses se révèlent souvent plus compliquées, essentiellement par manque de moyens et de personnels. A  la rentrée dernière, Philippe Vincent, proviseur d’un établissement à Marseille et membre du Syndicat des proviseurs, détaillait ainsi son "casse-tête" à LCI, pour mettre en place ces mesures. 


Il est à la tête d’un des plus gros lycées de France : 8 hectares, 26 bâtiments, 2700 personnes. Et la plus simple des consignes peut être compliquée à mettre en place. Ainsi, son lycée dispose de quatre entrées relativement importantes. "Qui surveille, où, quand, comment ?", demandait le proviseur.  "Dans la description des missions des personnels, personne chez nous n’est vraiment préposé à la sécurité", se désolait-t-il. Du coup, il racontait faire "tourner le concierge, le CPE, le personnel de direction, avec des consignes plus ou moins claires".  


Mais si le ministère établit les grandes lignes et annonce les moyens, ce sont les Régions qui ont en charge les lycées. Ils choisissent donc les orientations et... peuvent avoir tendance à rogner sur les budgets depuis quelques années. Le proviseur Philippe Vincent, également  secrétaire général adjoint du SNPDEN (Syndicat des personnels de direction), expliquait ainsi avoir auparavant "deux loges d’accueil, qui permettaient de couvrir de manière complète deux entrées. Aujourd’hui, nous n'avons ce dispositif que sur une entrée." 

Une compétence régionale qui explique aussi pourquoi des orientations parfois différentes sont mises en place, en fonction des politiques. La région Auvergne-Rhône-Alpes, pilotée par le Républicain Laurent Wauquiez, a ainsi équipé plusiseurs lycées de portiques de sécurité ou de tourniquets depuis la rentrée 2016, avec pour but affiché de "lutter contre le terrorisme, l’intrusion d’armes à feu et le trafic de drogue". Pour entrer et sortir, les élèves sont désormais munis d’un badge. Interrogé sur France Info, le CPE Eric Bonhome estimait cependant à l’époque que le système n’était pas "infaillible puisque les élèves peuvent se passer leur carte, escalader les barrières, mais c'est quand même une sécurité supplémentaire donc un point plutôt positif".


Mais le système reste lui aussi discuté. Michel Richard, secrétaire général adjoint du SNPDEN estime ainsi sur LCI que ces portiques sont "une fausse bonne idée", qui s'avère "totalement infaisable".

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"Le risque zéro n'existe pas", pour Michel Richard, secrétaire général adjoint du SNPDEN.

La Région PACA, dont dépend le lycée Alexis de Tocqueville, a penché elle pour la vidéo-surveillance. En novembre 2016, elle a voté un Plan régional de mise en sûreté des lycées, avec une enveloppe de 20 millions d'euros. 4, 5 millions ont déjà été investis en 2016 pour sécuriser l'enceinte des lycées, gérer les entrées et sorties d'élèves, ou encore renforcer les équipes de médiations aux abords des établissements ; mais le plan prévoit surtout  l’installation de systèmes de vidéo-protection dans les 181 lycées publics de la région, ou encore d’alarmes différenciées de l’alarme incendie pour signaler les intrusions. Mais si les travaux sont lancés, ce n'est qu'à la rentrée 2017 que tous les établissements seront équipés de ces systèmes de vidéo-surveillance. 

Une autre solution, demandée par le Syndicat de proviseurs SNPDEN, serait de déployer des personnels de sécurité réellement formés, pour gérer les flux d'élèves. Un poste souvent assumé par les agents administratifs ou d'entretien. Mais là encore, manquent les budgets.


Le cas des tirs survenus au lycée Tocqueville montre en tout cas que les éléments de sécurité qui sont diffusés commencent à être intégrés.  La fusillade a ainsi provoqué le confinement des élèves, et déclenché l'alerte attentat de l'application SAIP. Des bons réflexes qui ont permis d'éviter le drame. 

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