Gares ou friches : comment la SNCF tente de rentabiliser son patrimoine

SOCIÉTÉ
SORTIR DES RAILS - Un mini-festival de musiques électroniques est organisé ce samedi au sein même de la gare Saint-Lazare à Paris. Mais ce n’est pas la première fois que la SNCF met son patrimoine à la disposition de la culture. Quel intérêt y trouve l’entreprise au juste ? LCI a mené son enquête.

La SNCF, ce n’est pas que les trains. Un mini-festival de musiques électroniques est organisé ce samedi à la gare Saint Lazare. (C’est la deuxième fois qu’une gare en activité servira d’écrin à un évènement festif et nocturne, ndlr). Le bâtiment presque tout entier sera investi par les fêtards de 23h à 7h le lendemain matin. Au-delà de la transaction financière qui "va rapporter un peu d’argent", c’est surtout l’occasion de "transformer l’image de la SNCF", nous confie une source à Gare et Connexions, la branche de la SNCF chargée de gérer développer les gares du réseau.  

Et pour transformer son image justement, l’entreprise ferroviaire mise sur son patrimoine. Depuis quelques années, des gares à l’abandon ou de vieilles friches ont ainsi été transformées en lieux de fête éphémère.  L’un des succès les plus tonitruants reste Ground Control, un bar éphémère installé au pied d’un ancien dépôt de trains dans le nord de Paris. Face au succès du concept, la SNCF a décidé d’aller plus loin et de lancer un "appel à manifestation d’intérêt" (AMI) en mai 2015. L'idée est d'ouvrir les portes de lieux fermés et non utiles à l’exploitation ferroviaire pour en faire des sites artistiques temporaires. On retrouve notamment La Gare des Mines (Aubervilliers), Les Cathédrales du Rail (Saint-Denis) ou encore le Viaduc d’Otterswiller (Bas-Rhin). Des projets qui peuvent rapporter gros à l’entreprise.

Valoriser son image sur le long terme

Sur son site, la SNCF vante "un projet d’expression culturelle et artistique inédit en France". Mais ne vous y trompez pas, l’enjeu est également marketing. Soucieuse de rajeunir son image, l’entreprise souhaite, à travers ce projet, "donner à voir autrement son patrimoine", explique-t-on à SNCF Immobilier. "C’est une aubaine en terme d’image, confirme de son côté la CFDT Cheminots. Il faut savoir faire de l’évènement, faire parler de nous". Une aubaine aussi pour les locataires de ces nouveaux lieux de fête éphémères. 


David Georges-François a répondu à l’appel d’offre de la SNCF et a pu poser ses valises à la gare des Mines à Aubervilliers. Il y a installé La Station, un espace artistique multiculturel. Et il est bien conscient de ce que l’entreprise ferroviaire a à y gagner. "La priorité pour la SNCF, c’est que l’on parle du lieu dans la presse, que les gens viennent nombreux. Ils sont dans une réflexion de valorisation à long terme." "Nous sommes dans une logique gagnant/gagnant, précise une source à SNCF Immobilier. Il y a un bénéfice image pour l’entreprise". 

Aujourd’hui, on est dans l’expérimentation. Mais demain, on sera peut-être beaucoup plus exigeants sur le plan financierUne source à SNCF Immobilier

Mais "projet temporaire" oblige, David devra rendre les clés de la Gare des Mines le 31 octobre prochain, non sans une certaine amertume. "On aimerait bien prolonger le bail. On a fait des aménagements et des travaux". D’autant plus que la notoriété de l’établissement et les travaux effectués devraient permettre à la SNCF de se faire une bonne plus-value si elle souhaite revendre les lieux. 


Aujourd’hui, David-Georges-François loue ces locaux dans des conditions "relativement avantageuses" en versant à la SNCF "un pourcentage raisonnable de ses bénéfices". Combien ? Impossible de le savoir exactement. SNCF Immobilier finira toutefois par nous lâcher que les loyers sont "très nettement en dessous du prix du marché". "On ne perd pas d’argent, mais on n’en gagne pas non plus." Dans le cas de Groud Control par exemple, le loyer permettait de couvrir les frais de gardiennage et les charges, toujours selon SNCF Immobilier. Du côté des locataires, les chiffres sont aussi passés sous silence.


"Aujourd'hui, nous ne sommes pas dans une logique commerciale", affirme une source à SNCF Immobilier. Une situation qui risque pourtant d’évoluer dans les années à venir. "Aujourd’hui, on est dans l’expérimentation, indique cette même source. Mais demain, on sera peut-être beaucoup plus exigeants sur le plan financier".

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