Génération identitaire : des militants d'extrême droite à la com' bien rodée

Génération identitaire : des militants d'extrême droite à la com' bien rodée

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ANTI-MIGRANTS - Une centaine de militants du groupuscule d’extrême droite a bloqué le week-end du 22 avril le col de l’Échelle, un lieu de passage de migrants entre l'Italie et la France. Cette jeunesse d’ultra-droite multiplie les opérations de com' pour mieux recruter et élargir ses rangs. Décryptage.

Ils sont arrivés en raquettes, dans la journée de samedi, pour prendre position au col de l'Echelle dans les Hautes-Alpes, à 1762 mètres d'altitude et à six kilomètres de la frontière italienne. Entre 80 et 100 militants d'extrême droite, membre du groupe Génération identitaire, ont mis en place une "frontière symbolique" en grillage de chantier, au niveau de ce point de passage des migrants. Deux hélicoptères, des pick-ups rutilants, un avion biplace, et même des drones. Le but de cette action spectaculaire, baptisée "mission Alpes", était affiché sur le site Internet de l’organisation, qui veut "défendre l’Europe" contre "l’islamisme" et "l’invasion" : exiger "l’arrêt de l’immigration massive et le blocage définitif du passage du col de l’Échelle".


Malgré d'importants moyens - le coût de l'opération est estimé à 30.000 euros par les organisateurs - les militants de Génération identitaire n'ont pas croisé un seul migrant. Quand bien même, selon son porte-parole Romain Espino, la mission reste un succès : "Nous avons réussi à attirer l'attention médiatique et politique sur le col de l'Échelle", s’est félicité le porte-parole de l’organisation. Sur Twitter, en quelques heures, le hashtag #DefendEurope s'est hissé au sommet des trending topics. En plein débat sur la loi asile-immigration, leur action a même eu un écho à l’Assemblée nationale. 

D'où vient ce mouvement politique ?

Apparue en 2012 en tant que branche jeunesse du Bloc identitaire - mouvement né en 2003 à la suite de la dissolution par le ministère de l'Intérieur d'Unité radicale, groupe auquel appartenait Maxime Brunerie, qui avait tenté d’assassiner Jacques Chirac lors du défilé du 14 juillet 2002 - Génération identitaire revendique 3.000 adhérents, dont 200 à 250 seraient très actifs. C'est un mouvement politique dûment enregistré, et donc parfaitement légal. Leurs idées sont centrées sur la préservation des traditions, une culture et une identité européenne qui seraient menacées par la mondialisation (avec l’américanisation des sociétés) et l’immigration. 

Chaque fois, le même modus operandi

Génération Identitaire s’est d'abord fait connaître avec l’occupation, en octobre 2012, du chantier de la mosquée de Poitiers. Quelque 73 militants s'étaient installés sur le toit et avait déployé une banderole affichant le nom de leur mouvement et une autre portant l’inscription "Charles Martel a battu les arabes à Poitiers en 732". A l'époque, leur action avait suscité  l'indignation du Conseil français du culte musulman (CFCM) et du gouvernement, alors que la gauche avait demandé sa dissolution.


Depuis, l’organisation multiplie les coups d’éclats. L'organisation d'extrême droite s'est également fait remarquer lors de ses "tournées de sécurisation" au printemps 2014 à Lille, Lyon et Paris. Des groupes "antiracailles" descendaient dans le métro pour  "sécuriser" les rames et "rassurer" les voyageurs, vêtus d'un k-way jaune estampillé du logo du mouvement, un lambda inspiré des Spartiates, discrètement imprimé à l'endroit du cœur.


En juillet 2017, dans le cadre de sa campagne "Defend Europe" en Méditerranée, des militants de Génération identitaire avait affrété un bateau pour, officiellement, repousser des embarcations de migrants venus de Libye et dissuader les ONG de secourir les migrants en mer. L’opération s’était soldée par un fiasco. Mais, comme pour la "mission Alpes", le but est d’abord médiatique.


Plus récemment, en mars 2018, Génération identitaire avait multiplié les actions à Toulouse pour "lancer des alertes" quant à des éventuels retours de djihadistes dans la région. Plusieurs de leurs membres ont installé des panneaux de signalisation sur lesquels il était inscrit le mot "djihadistes", barré d'un trait rouge aux abords de la ville. Fixée sous les panneaux implantés sur le périphérique aux abords de la ville, cette fausse signalétique a rapidement été retirée.

Des militants à visages découverts

A la différence de la plupart des groupuscules d'extrême droite, les militants de Génération identitaire ont la particularité de montrer leurs visages et d'assumer publiquement leurs idées, notamment sur les réseaux sociaux, comme on a d'ailleurs pu le voir ce week-end lors du blocage du col de l’Échelle. Pour fidéliser les rangs, le mouvement organise des stages d'autodéfense. A Lyon, une salle de boxe identitaire a même ouvert ses portes l'an dernier. Chaque année,  des camps d'entraînement d'une semaine rebaptisés Universités d'été identitaires sont organisés. Au programme : boxe, entraînement physique, chants régionalistes, formation à la communication et à la politique... à très bas prix.

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