"Génial" ou "conneries" ? Le parc des "Rives de Seine", libéré des voitures, inauguré ce dimanche à Paris

SOCIÉTÉ
TRANSPORT - Anne Hidalgo, la maire de Paris, inaugure ce dimanche le parc des Rives de Seine, le long de l’ancienne voie Georges-Pompidou désormais totalement libérée des voitures. Si la promenade fait le bonheur de certains Parisiens le week-end, d'autres restent farouchement opposés.

Paris libéré, Paris délivré : les berges nouvelles sont inaugurées. Anne Hidalgo, la maire de la capitale, inaugure en effet ce dimanche à 14 h 30 le tout nouveau "Parc des Rives de Seine", cette promenade de 3, 3 km entre l’hôtel de Ville et le port de l’Arsenal, le long de la voie Pompidou désormais fermée aux voitures.


Cela fait maintenant quelques mois que la rive droite est interdite à la circulation routière : la mesure a débuté, comme chaque été, fin mai dernier, pour l’installation de Paris Plages. Mais dans la foulée, la maire de Paris avait décidé de ne pas les rouvrir, pour déployer son grand projet de piétonisation des berges, comme ce qui a été fait rive gauche il y a 4 ans. 

Communication en ligne

Pour cet aménagement, dont Anne Hidalgo a fait un des symboles de son mandat en matière d’aménagement urbain, la communication se déploie à tout va depuis quelques jours sur les réseaux sociaux sous le cri de ralliement "RivesdeSeine". Les mots sont soigneusement choisis : on ne parle plus des berges de Seine, mais du "parc des Rives de Seine", dépeignant un véritable ensemble, cohérent, fait de pelouses, d'installations en bois qui se déroulent le long de la Seine au coeur de Paris. 


Sur Twitter, élus et soutiens de la majorité font montre d’un bel engouement, tweetant et retweetant des vidéos ensoleillées, des interviews des "gens des rives" dans un cadre bucolique, des témoignages de Parisiens sur Instagram autour de cette "liberté retrouvée".

Il est vrai que ces quais libérés des voitures font le bonheur des Parisiens qui viennent y flâner aux beaux jours. "C’est génial pour les petites balades, c’est un petit coin de verdure, ça donne un petit air de vacances", témoigne une jeune maman sur LCI. "C’est très agréable de se promener en bord de Seine", dit un autre.


Pour l’instant, les aménagements prévus sont encore limités – un des reproches de la droite qui déplore le faible budget qui leur est consacré et qui parle d'"une déclinaison improvisée et sommaire de ce qui a été fait rive gauche ". Quelques animations pour les enfants, un terrain de mini-foot, un mur d’escalade ont fleuri. Dans les jours qui viennent, doivent s’installer des entreprises issues de l’économie sociale et solidaire, avec un restaurant locavore, un atelier de réparation de vélo ou encore une boutique vendant des produits du commerce équitable. 1.200 m2 de pelouse devraient aussi être installés, ainsi que des massifs de plantes vivaces, sur ce site encore très minéral.

Mais le dispositif a aussi ses détracteurs. En premier lieu, les automobilistes, qui doivent trouver d’autres itinéraires pour traverser Paris. "Cela ne sert à rien, c’est des conneries", peste un conducteur sur LCI. Un autre estime que "tout est pensé pour les Parisiens. Ceux qui viennent de l’extérieur sont les laissés pour compte." "Les Rives de Seine, c'est pour les inactifs, les oisifs, ou bien le dimanche, l'été, mais pas en semaine... Rendez-nous la voie Pompidou", témoigne Chantal sur Twitter. La  Région, emmenée par Valérie Pécresse, accuse aussi la mesure de nuire à la fluidité de la circulation et renforcer la pollution. 


En la matière, l’expérience est, il est vrai, contrastée. Si Anne Hidalgo brandit sur Twitter une baisse de la pollution de l'air de 25%, le dernier rapport d'Air Parif, organisme de surveillance de la qualité de l’air, publié le 31 mars, montre que la réalité est plus nuancée. Alors oui, il y a bien une "amélioration globale de la qualité de l'air le long des quais, pouvant atteindre jusqu'à -25%" à l'automne 2016 par rapport à 2015. Mais... il y a aussi, en contrecoup, "une dégradation" de cette qualité de l'air " dès la fin de la portion piétonnisée", avec une hausse de "5 à 10% des niveaux de dioxyde d'azote "surtout en fin de zone piétonnisée, en direction de l'est parisien". De la même manière, la qualité de l’air se dégrade sur les quais hauts, où se reporte le trafic. 

Depuis le début, la droite parisienne dénonce elle une fermeture trop "uniforme" des quais,  qui revenait selon elle, à cause du report de trafic, à condamner les commerces des quais hauts. Elle avait ainsi développé un projet de promenade alternant les accès piétons  entre parties hautes et parties basses des quais. 


Mais depuis le début, Anne Hidalgo a mené le projet tambour battant. Il avait été présenté en mai 2015, avec déploiement prévu l'année d'après. En septembre 2016, après les mois de fermeture de l'été, et malgré les débats, il a été soumis au Conseil de Paris, présenté comme une "étape décisive dans la lutte contre la pollution et pour la reconquête de leur fleuve par les Parisiens". La cérémonie d’inauguration de ce dimanche intervient d’ailleurs trois semaines avant la fin de la période d’essai que le préfet, devant les controverses, avait demandé d’appliquer avant d’entériner le projet. De l’art de la communication pour passer en force et rendre un projet irréversible ? 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter