Génocide rwandais jugé à Paris : un procès pour l'Histoire

Génocide rwandais jugé à Paris : un procès pour l'Histoire

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JUSTICE - Pour la première fois, la justice française s'apprête à juger un Rwandais poursuivi pour complicité de génocide. Un procès hautement symbolique pour la France, longtemps accusée d'immobilisme.

Vingt ans après le génocide rwandais, le procès de ses responsables n'est toujours pas fini. A compter de mardi, il s'exportera même en France : une première historique. La cour d'assises de Paris s'apprête à juger Pascal Simbikangwa, un complice présumé des massacres qui ont fait plus de 800.000 morts - Tutsi pour la plupart mais aussi Hutu modérés - en moins de 100 jours, au printemps 1994.

Pourquoi en France ? Parce que cet ancien capitaine de l'armée rwandaise a été arrêté en octobre 2008 à Mayotte, où il vivait sous une autre identité. Et ce, suite à une plainte du Collectif des parties civiles pour le Rwanda. Ensuite, comme elle l'a toujours fait jusqu'à présent, la justice française a refusé de l'extrader vers le Rwanda.

Proche de l'ancien président hutu

"Depuis 1996*, la France a obligation de poursuivre, d'arrêter et de juger les présumés génocidaires rwandais présents sur son territoire. Mais durant de trop longues années, elle a failli à ses obligations", nous explique le président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), Me Patrick Baudouin. Une léthargie judiciaire liée, selon l'ONG - partie civile aux côtés de quatre autres organisations -, à "l'attitude bienveillante des autorités françaises" à l'égard de l'ex-régime hutu rwandais pendant et après le génocide. "Peu à peu, la politique française a changé et ce procès marque un véritable tournant", se félicite Patrick Baudouin.

Le gouvernement rwandais a placé Pascal Simbikangwa sur la liste des suspects de "première catégorie" dans le génocide de 1994, celle des "organisateurs". L'homme à la réputation sulfureuse, aujourd'hui âgé de 54 ans, est accusé d'avoir distribué des armes aux miliciens et supervisé les barrages à Kigali, la capitale. Des barrages qui servaient à identifier et arrêter les Tutsi, en vue de les exterminer. S'il assume sa proximité avec le pouvoir du président hutu Juvénal Habyarimana, dont l'assassinat le 6 avril 1994 déclenchera les massacres, il nie en revanche tous les faits qui lui sont reprochés. Décision rarissime, les audiences qui doivent durer six semaines seront filmées. Depuis 1985, l'enregistrement de certains procès est possible lorsqu'ils présentent "un intérêt pour la constitution d'archives historiques de la justice". Sans conteste, celui de Pascal Simbikangwa en fait partie.

*En mai 1996, le Parlement a adopté une loi adaptant la législation française aux statuts du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). La justice française a donc une "compétence universelle" pour juger les crimes liés à ce génocide.

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