"Gilets jaunes" : deux policiers mis en examen pour violences, dont l'éborgnement de Jérôme Rodrigues

"Gilets jaunes" : deux policiers mis en examen pour violences, dont l'éborgnement de Jérôme Rodrigues

VIOLENCES POLICIÈRES - Deux ans après avoir perdu son œil droit, le "gilet jaune" Jérôme Rodrigues a annoncé mercredi 10 février la mise en examen du policier dont le tir de grenade aurait causé sa mutilation. Un autre policier a été mis en examen pour la blessure à la jambe d’un autre manifestant, causée par un tir de LBD.

Jérôme Rodrigues, l’une des figures du mouvement des "Gilets jaunes", éborgné lors d’une manifestation le 26 janvier 2019, avait convoqué ce mercredi après-midi ses abonnés Facebook pour une "grosse annonce" :  "J'ai reçu des nouvelles de la part de la justice concernant le ou les policiers qui se sont amusés à crever mon œil : à l'heure où je vous parle les deux policiers ont été mis en examen", a-t-il déclaré lors d’une allocution en direct devant 1.500 personnes connectées.

Selon une source judiciaire, deux fonctionnaires ont été mis en examen le 14 janvier dernier par les juges d'instructions chargés depuis le 13 février 2019 d'établir les responsabilités dans la mutilation de Jérôme Rodrigues et d'un de ses amis, Mickaël, blessé à la jambe place de la Bastille lors de l'acte 11 des "Gilets jaunes". 

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Le policier accusé d'avoir lancé la grenade dont un éclat a causé la perte de l'œil droit de Jérôme Rodrigues a été mis en examen pour des "violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente", aggravées par plusieurs circonstances. Une qualification criminelle relevant des assises. L'autre policier à qui l'enquête attribue le tir d'un lanceur de balles de défense (LBD) ayant blessé Mickaël à la jambe, est lui poursuivi pour "violences volontaires aggravées". Les deux fonctionnaires sont sous contrôle judiciaire.

"Je me suis fait crever un oeil par la police de Macron"

Au moment des faits, la concomitance du tir de LBD et du lancer de grenade sur le groupe de Jérôme Rodrigues avait créé la confusion sur l'origine des blessures. D'autant que les autorités avaient un temps contesté l'usage du LBD à l'heure des faits. "Je tenais à vous le dire, à dire à l'ensemble des gens qui me soutiennent depuis deux ans aujourd'hui : je me suis fait crever un œil par la police de Macron", a déclaré Jérôme Rodrigues lors de son live Facebook.

À l’époque, sa blessure avait relancé la controverse sur l'usage du LBD, principale arme mise en cause dans l'éborgnement de plusieurs "Gilets jaunes". Pendant ce mouvement de contestation sociale, au moins 30 manifestants ont été éborgnés et cinq ont eu la main arrachée à cause d'une grenade, selon un décompte du journaliste David Dufresne, observateur des violences commises par les forces de l'ordre lors des rassemblements hebdomadaires, marqués par des affrontements dont les images ont fait le tour du monde.

"Si un jour, on me rend justice, j'aurai gagné qu'à moitié parce que l'important c'est que l'ensemble des mutilés du mouvement, l'ensemble des éborgnés, l'ensemble des copains qui ont perdu une main puisse avoir justice", a ajouté Jérôme Rodrigues dans sa vidéo. L’ancien plombier de 41 ans, qui n’a pas pu reprendre son travail, réclame justice non pas seulement pour les policiers, mais aussi pour "les donneurs d'ordre, ceux qui aujourd'hui se permettent de faire taire les contestataires à coups de mutilations".

Fin novembre, le procureur de Paris avait recensé 224 procédures ouvertes pour des accusations de violences illégitimes des forces de l'ordre, dont 148 classées sans suite. 25 affaires ont été confiées à des juges d'instruction, 46 dossiers étaient en cours d'examen avant d'éventuelles poursuites, et 5 procès prévus ou déjà jugés, selon le magistrat.

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Récemment, un policier a été mis en examen à Rennes pour "blessures involontaires", dans l'enquête sur l'éborgnement de Gwendal Leroy, autre "gilet jaune" touché par un éclat de grenade. Et un autre policier doit être prochainement jugé aux assises à Paris pour un autre tir de grenade, en 2016, à l'origine de l'éborgnement du syndicaliste Laurent Theron.

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