Monsanto : pourquoi les députés LaRem ont-ils rejeté l'inscription de l'interdiction du glyphosate dans la loi ?

Société
POLITIQUE - Aux Etats-Unis, un jardinier atteint du cancer a fait condamner Monsanto. Une fenêtre politique idéale pour des membres de la majorité qui en ont profité pour rappeler la promesse du président d'interdire le glyphosate en France, sous trois ans. Reste que parmi eux, beaucoup ont voté contre l'amendement qui proposait de l'interdire, en mai dernier.

L'histoire, aux allures d'un conte à la David contre Goliath, en a inspiré plus d'un. A l'occasion de la victoire historique d'un jardinier américain atteint d'un cancer contre le géant de l'agrochimie Monsanto à San Francisco le 11 août dernier, de nombreux membres d'En Marche se sont fendu d'un tweet fort opportun. Histoire de rappeler qu'en France aussi, le débat autour du glyphosate est à l'ordre du jour, le président de la République ayant fait la promesse d'interdire d'ici trois ans ce principe actif contenu dans l'herbicide Round Up, jugé "cancérogène probable" par l'OMS. 


Sur Twitter, voilà donc le compte d'En Marche qui indique : "La décision de justice envers Monsanto nous encourage à poursuivre l'action engagée par le Gouvernement pour faire disparaître le glyphosate de notre agriculture (...)". Tandis que pour le patron du parti, Christophe Castaner, ce procès "conforte nos choix et l'exigence de sortir du glyphosate sous 3 ans." Idem chez Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire.

Pourtant, pas plus tard qu'en mai dernier, un amendement à la loi sur l'équilibre dans le secteur agricole et alimentaire qui proposait l'interdiction du glyphosate au 1er mai 2021, porté par des députés de la majorité... a été rejeté. Il faut dire que la consigne était claire : le gouvernement lui-même avait émis un avis défavorable. Nombreux sont les députés qui, à l'époque, s'étaient conformés aux intentions gouvernementales et qui, aujourd'hui, rappellent à coups de tweets la promesse du président. 


Parmi ceux que nous avons pu contacter ce lundi 13 août, figure notamment Olivier Damaisin. Député de Lot-et-Garonne, il a voté contre l'amendement proposé par ses collègues. Et retweete néanmoins les éléments de langage du chef de file de La République En Marche. Lui n'y voit aucune contradiction ; il justifie auprès de LCI sa position : "Je ne suis pas un pro-glyphosate. Mais pour moi, mettre l’interdiction dans la loi, comme le proposait cet amendement, c’était allumer le feu avec les syndicats agricoles. On allait l’imposer sans s'être mis d’accord avec les agriculteurs ni avoir mis au point des substitutions nécessaires dans certaines filières. Il faut sortir du glyphosate, ce sera fait d’ici deux ans et demi et peut-être même que ce sera fait par décret. Le faire en trois ans, c’est déjà énorme."

Un cavalier législatif ?

Le député d'Ille-et-Vilaine Florian Bachelier, a lui aussi voté contre l'amendement visant à interdire le glyphosate. Ce qui ne l'empêche pas de souligner sur Twitter "l'importance du conseil indépendant sur les engrais et les pesticides mis en place par l'Assemblée Nationale". 

Il indique à LCI que cet amendement  était "totalement irréaliste et contraire à l’objectif poursuivi. Il prévoyait sans sanction d’inscrire dans la loi un engagement pris avec une méthode différente. Donc de refaire de la surtransposition européenne, une spécialité française… C’est inopérant juridiquement, inefficace politiquement". Et le député de conclure : "Le vote contre est conforme  à l’excellente idée et promesse que nous avons prise avec le président de la république devant les Français."


Mais qu'en pensent les députés, eux aussi issus de la majorité, qui se sont rangés aux côtés de Matthieu Orphelin pour tenter de faire adopter cet amendement à l'époque ? Sereine Mauborgne, députée de la quatrième circonscription du Var et Jean-Luc Fugit, député du Rhône, relativisent aujourd'hui. Principal argument : peut-être que cet amendement n'était-il pas "le bon véhicule législatif". C'est en tout cas ce qui leur a été répété. "L'interdiction du glyphosate n'était pas au cœur de cette loi", avance Jean-Luc Fugit. Sa collègue complète : "C'était une forme de cavalier législatif, je peux comprendre cet argument même si je n'étais pas tout à fait convaincue, puisque j'ai voté quand même en sa faveur..." 

Il faut davantage de ministres écolo au gouvernementFrançois-Michel Lambert

François-Michel Lambert, député La République en Marche des Bouches du Rhône, est quant à lui beaucoup plus remonté. "L’amendement a été rejeté parce que le gouvernement n’en voulait pas. Parce que Stéphane Travers doit répondre aux agriculteurs", explique-t-il à LCI. "On fait des expertises en silo et pas de transversalité. Nous devons avoir des ministères de la biodiversité, du changement climatique, de la raréfaction des ressources et davantage de ministres écolo au gouvernement. La République en Marche doit et peut être porteur de cela, mais il faut que Nicolas Hulot ne soit pas tout seul, et qu’on ne se contente pas de petites victoires."


Selon lui, "la décision de justice aux Etats-Unis est miraculeuse, elle tombe du ciel pour débloquer une situation en France. Le gouvernement, La République en Marche, Nicolas Hulot, tous ceux qui disent porter une dimension écologiste étaient empêtrés dans une incompréhension de la stratégie à suivre sur le glyphosate : ça va permettre de bousculer un attentisme du gouvernement. Pour l'instant, il est clair que les réponses ne sont pas à la hauteur." François-Michel Lambert entend bien déposer un nouvel amendement, dans les mêmes termes que le précédent, dans le cadre des prochains débats de la loi sur l'équilibre dans le secteur agricole et alimentaire. Une nouvelle occasion, peut-être, pour les députés de la majorité, de mettre en phase leur vote... et leurs tweets.

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