Grande loterie des places en crèche : où est la transparence ?

Grande loterie des places en crèche : où est la transparence ?

PETITE ENFANCE - Face à la pénurie de places et au manque de clarté dans l'attribution des places en crèche, l'association "Maman travaille" a lancé une pétition pour réclamer aux maires davantage de transparence sur leurs critères de sélection. Comment les places en crèche sont-elles attribuées ? Certains administrés bénéficient-ils de passe-droits ? LCI fait le point.

"J'ai eu de la chance d’avoir une place." Cette jeune maman se réjouissant sur la page Facebook de LCI ne parle pas d'un billet pour le prochain concert des Rolling Stones, mais bien d'une place… en crèche. Car aujourd’hui, trouver un berceau dans une crèche collective relèverait presque du parcours du combattant selon beaucoup de parents. Alors qu'ils sont nombreux à vouloir que leur tout petit bénéficie d'une telle structure, favorable à l'apprentissage de la vie collective et garantie, à leurs yeux, d'un meilleur éveil, seuls 13.5% des enfants de moins de 3 ans y sont accueillis en France, selon les chiffres du rapport 2015 de l'Observatoire national de la petite enfance

Il manquerait en effet près de 400.000 places dans l'Hexagone pour contenter tout le monde, selon les associations familiales. Un chiffre que met en avant l'une d'elles, "Maman travaille", dans une pétition récemment lancée sur Change.org.  Au-delà des faiblesses de la capacité d'accueil, c’est d'abord le manque de clarté autour des critères d’attribution qui motive son appel à signatures (près de 22.000 ont été recueillies à ce jour) : Marlène Schiappa, la présidente de l'association par ailleurs élue à la mairie du Mans, y interpelle les maires en leur réclamant davantage de transparence dans leur sélection. Les procédures et les critères d’admission en crèche collective ne sont en effet pas unifiés sur le territoire. Pour obtenir une réponse positive, "faut-il avoir d’autres enfants, qu’ils soient nés en janvier ou en juin, être en couple ou célibataires ?, interroge Marlène Schiappa. Les parents ont le droit de savoir". Nous avons sollicité quelques mairies afin d’en savoir plus.

A chaque mairie ses critères

A Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), la commission d’attribution se déroule au mois d’avril. Seuls les parents élus en tant que représentants des crèches, dont les enfants y sont donc déjà accueillis, sont conviés à la séance. Pour autant, la mairie assure être transparente. Dans la ville, il faut que les deux parents travaillent pour obtenir une place en crèche à temps plein. Mais ce n’est pas tout : "Je favorise les jumeaux, les rapprochements de fratrie et les familles qui ont essuyé plusieurs refus", nous explique Caroline Carmantrand, maire adjointe à la famille et à la petite enfance. Le critère chance existe lui aussi. "Il est lié aux quotas (parité filles-garçons par exemple, ndlr)", nous assure-t-on à la mairie. La date de naissance de l’enfant est également importante. "Ceux qui sont nés après fin juillet ne pourront pas avoir de place pour septembre, souligne Caroline Carmantrand. J’assume ces inégalités, et les gens comprennent très bien quand on les leur explique."

Mais ce qui est vrai à Asnières ne l’est pas forcément dans d’autres communes. A La Rochelle (Charente-Maritime) par exemple, on nous explique qu’il n’existe pas de critères définis, si ce n’est que l’enfant doit être Rochelais. C'est la politique du "premier arrivé, premier servi" qui prime, détaille l'élue Samira El Idrissi. Du côté de Paris, chaque mairie d’arrondissement décide de ses propres critères. Dans le 18ème  par exemple, un système de cotation est utilisé : les parents gagnent des points en fonction de leur situation professionnelle, financière, familiale et sociale. 

A première vue, les critères de chaque mairie sont bien différents. Mais ces municipalités partagent pourtant un point commun : toutes affirment ne pas pratiquer le "piston". Connaître quelqu'un à la mairie ou être soi-même élu ne permettrait donc pas de garantir une place en crèche à ses enfants. Vraiment ?

J’ai pu obtenir très facilement une place en crèche car je travaille à la mairie"- Alex, une mère de famille

Sous couvert d'anonymat, certaines communes admettent à demi-mot accorder quelques passe-droits. "On regardera un dossier avec plus d’attention s’il nous a été recommandé ou si l’enfant est celui d’un élu", reconnaît ainsi auprès de LCI une élue dans une ville moyenne de province. "J’ai pu obtenir très facilement une place en crèche pour mes trois filles, car je travaille à la mairie. Alors on peut dire que c’est du piston, je ne m’en cache pas", nous confie de son côté Alex, une jeune maman. Des propos qui n’étonnent pas Marlène Schiappa, pour qui les berceaux en crèches sont encore trop souvent considérés comme des cadeaux. "Un des maires que nous avons rencontré nous a confié que les places en crèches étaient l’un des derniers leviers pour remercier des administrés", assure-t-elle.

Pour mettre fin à ces passe-droits, l’association "Maman travaille" a lancé le "Pacte transparence crèches". Un engagement visant à rendre publics les modes d’attributions des places en crèches. Trois grandes villes, Bordeaux, Le Mans et Paris ont déjà signé ce Pacte en décembre dernier. Les municipalités s’engagent ainsi à "réunir  les commissions d’attribution de places en crèche", à "publier la liste des critères d’attribution de ces places", à "répondre aux parents qui souhaiteraient savoir où en est leur dossier" ainsi qu’à les "informer en cas de modification du barème".

Mais du côté des mairies contactées par LCI, on affirme ne pas avoir besoin de signer un tel pacte. A La Rochelle, "on fait déjà un travail de transparence pour les familles". Caroline Carmantrand rétorque de son côté que "cela ne sert à rien". "Je pense que la confiance entre les élus et les administrés ne passera pas par la. Et cela ne permettra pas aux gens d’être sûrs que je ne fais pas de clientélisme." Sollicité par LCI, le service de presse de Paris n’a pas donné suite à notre demande d’interview.

Des modes de garde alternatifs

Face aux difficultés d’obtention de places en crèche, les élus invitent leurs administrés à privilégier des solutions de garde alternatives. "Il faut professionnaliser les autres modes de garde comme les crèches d’entreprise, les assistantes maternelles ou les nounous", assure Caroline Carmantrand. Suite à un appel à témoins que nous avons lancé sur Facebook, de nombreux internautes nous ont ainsi dit avoir opté pour un autre système de garde après avoir essuyé plusieurs refus. Une mère de famille confie : "Après le rejet de notre demande, je me suis tournée vers une nounou. Et je suis très contente de mon choix".

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