Graves cas de nécroses à Perpignan : pourquoi il est très peu probable que la "recluse brune" américaine soit l'araignée coupable

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ÉCLAIRAGE – Le cas de quatre patients, au moins, hospitalisés dans les Pyrénées-Orientales en juillet avec les mêmes symptômes, ont conduit les médecins à y voir des morsures d’une espèce d'arachnide, aussi surnommée "violoniste", répandue en Amérique du Nord. Sylvie Rollard, biologiste et aranéologue, explique pourquoi il est plus probable qu'il s'agisse de sa cousine européenne, moins redoutable. Même si dans ce cas aussi, elle émet quelques réserves.

On la surnomme  "Madame araignées." Sylvie Rollard, biologiste et aranéologue au Muséum national d'histoire naturelle, a bien sûr senti le vent de panique qui souffle depuis quelques jours en Pyrénées-Orientales, après que furent découverts des cas de nécroses imputées à des morsures d'araignée, et plus précisément de "recluse brune". LCI a fait appel à son expertise pour savoir si, oui ou non, il y avait lieu de s'inquiéter.


Pour rappel, ce sont les douleurs dont se sont plaints au moins quatre patients hospitalisés dans une clinique de Perpignan en juillet, et les rougeurs, brûlures, voire plaques noires observées qui ont interpellé le corps médical. Ces symptômes pourraient selon eux être la conséquence du venin de celle que l'on surnomme aussi "araignée violoniste". Redoutable, il s'attaque aux veines et aux artères autour de la plaie. 

Un cas recensé en France

"Il existe environ 200 espèces d’araignées violons, loxosceles de leur nom scientifique, dans le monde entier, explique Sylvie Rollard. Toutes ont un venin nécrosant ou nécrotique qui diffère malgré une base identique". Et de rappeler d'emblée : "Il n’y a eu qu’un cas avéré d’araignée violoniste en France, en juillet 2015. En l'occurence, il ne s’agissait pas de la "recluse brune", très répandue en Amérique du Nord, mais de sa cousine européenne moins redoutable, la Loxosceles rufescens." La "recluse brune", elle n'a à ce jour jamais été identifiée officiellement dans l'Hexagone.


"Il est impossible de différencier la loxosceles reclusa de la loxosceles rufescens à l'oeil nu car morphologiquement, elles se ressemblent beaucoup. Le seul moyen est d'observer leurs organes génitaux," précise la spécialiste. L'araignée violoniste est également redoutable par sa taille : "La majorité des espèces mesure cinq millimètres au corps mais les plus grosses font deux centimètres. L’europénne, en général, fait un centimètre. Cette espèce est caractérisée par de tout petits crochets assez rapprochés, ce qui rend difficile la morsure, car il faut qu’elle arrive à les écarter. Quand cela arrive, c'est en général sur des zones tendres, molles."

Présumée innocente

Mais d'autres caractéristiques de l'espèce viennent expliquer la rareté des cas de morsures. "Ils sont en général attribués à des mâles qui peuvent se montrer un peu plus errants quand ils vont chercher la femelle mais, en général, l'araignée violoniste est sédentaire, nocturne et discrète", souligne l'aranéologue. Et d'insister sur un détail, trop souvent négligé selon elle : "L'homme n'est pas la proie de ces animaux-là, donc la morsure n'est pas censée avoir d'effet à l’exception d’une réaction locale. Car l’injection de venin a lieu en cas d’attaque, pas de défense."


De manière générale, la spécialiste est aussi réservée sur la culpabilité de la "recluse brune" dans les Pyrénées-Orientales que d'une araignée violoniste. "On a tendance à mettre les réactions cutanées impressionnantes sponténament sur le dos des arachnides mais des acariens peuvent aussi provoquer des réactions insoupçonnées", rappelle-t-elle. Et de souligner : "les réactions peuvent aussi varier selon la sensibilité de la personne mais aussi s'intensifier en période de forte caniculecomme c'est le cas en ce moment."


En résumé, tant qu'elle ne connaitra pas les circonstances de ces supposées morsures "où, quand, comment", et surtout qu'elle n'aura pas "vu la bête", Sylvie Rollard préfère faire profiter à la recluse brune de la présomption d'innocence.

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