Grenoble : un psychiatre et un hôpital jugés pour avoir laissé s'échapper un schizophrène meurtrier

SOCIÉTÉ
JUSTICE - Le procès inédit de la responsabilité d’un psychiatre et de l’établissement où il exerçait près de Grenoble dans le meurtre d’un jeune étudiant en 2008, par l’un des patients de l’hôpital, touche à sa fin. Une peine de 18 mois de prison avec sursis a été requise contre le praticien.

Comment un patient schizophrène au passé violent a-t-il pu quitter l’hôpital psychiatrique où il était interné et tuer le premier venu, un jour de novembre 2008 ? C’est en substance ce que le tribunal correctionnel de Grenoble a tenté de comprendre lors du procès du médecin qui était en charge du malade, le docteur Lekhraj Gujadhur, et du centre psychiatrique de Saint-Egrève, dans la banlieue grenobloise, où il exerçait. 


Près de huit ans, jour pour jour, après le meurtre de Luc Meunier, jeune étudiant de 26 ans en génie mécanique, 18 mois de prison avec sursis ont été requis mardi contre le psychiatre, poursuivi pour homicide involontaire, et une amende de 100.000 euros contre l’établissement hospitalier de Saint-Egrève. L'affaire, une première de ce type jugée au pénal en France, a été mise en délibéré au 14 décembre. 

De nombreux signes inquiétants

Le 12 novembre 2008, Jean-Pierre Guillaud, 56 ans, atteint de psychose délirante chronique depuis près de quatre décennies et déjà auteur d'agressions à l'arme blanche, ainsi que de plusieurs fugues, s'enfuit sans difficulté du Centre hospitalier de Saint-Egrève (Isère). Malgré de nombreux signes inquiétants, les jours précédents le drame, le patient est autorisé à sortir, sans surveillance, dans le parc non clôturé de l’hôpital. C’est au cours de l’une de ces sorties qu’il quittera son lieu d’internement et se rendra à Grenoble, où il poignardera Luc Meunier. 


Au cours du procès, l'avocat de la famille et de l'ancienne compagne de Luc Meunier a notamment rappelé que le 8 novembre 2008, "sa mauvaise voix (celle de Jean-Pierre Guillaud, ndlr) lui dit de se suicider ou de tuer quelqu'un", idem les 9 et 10 novembre. 

Il n'avait pas pris connaissance du dossier

Le procureur Olivier Nagabbo a retenu la faute caractérisée à l'encontre du médecin, maintenant septuagénaire et à la retraite. "Ce n'est pas la psychiatrie qui est jugée mais la désinvolture et le désintérêt du Dr Gujadhur qui a failli à sa mission", a estimé le magistrat. Ce dernier a en effet rappelé que les autorisations de sorties de Jean-Pierre Guillaud étaient signées de la main d’un praticien qui n'avait pas pris connaissance du dossier de ce patient dangereux en hospitalisation d'office depuis deux ans. 


À la barre, le Dr Gujadhur a en effet admis ne pas connaître Jean-Pierre Guillaud, disant avoir fait confiance à sa consœur en charge du suivi du schizophrène. C’est pourtant à lui que revenait la responsabilité de prescrire les traitements aux malades et de délivrer les autorisations de sorties. 

"L'institution a dysfonctionné"

L’avocat du Dr Gujadhur, Me Jean-Yves Balestas, qui a plaidé la relaxe, a rappelé pour sa part que "des patients comme Jean-Pierre Guillaud, il y en beaucoup (...) je vais dire à tous mes clients psychiatres soit de verrouiller les cellules, mais c'est contraire à la loi, soit de ne pas s'en occuper". 


Concernant le Centre hospitalier, poursuivi comme personne morale pour homicide involontaire, le procureur a retenu la "faute simple" pour défaut d'application d'une note de service sur le contrôle des sorties des patients. Devant le tribunal, le directeur de l'établissement Pascal Mariotti, arrivé cinq mois après les faits, a estimé que "l'hôpital doit assumer sa responsabilité morale", "les moyens étaient là le 12 novembre, l'institution a dysfonctionné".

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