Grève à la SNCF : et en 1995, comment Alain Juppé avait-il vendu sa réforme ?

RETRO - Alors que le gouvernement est confronté à la mobilisation des cheminots contre la réforme de la SNCF, LCI est retourné en novembre-décembre 1995, lors de la grève à la SNCF contre la réforme des retraites. Comment Alain Juppé défendait-il alors son projet ? Avec des arguments que l'on entend ces jours-ci...

On a longtemps retenu d'Alain Juppé l'image du Premier ministre "droit dans ses bottes", inflexible face aux syndicats jusqu'au retrait final de sa réforme des régimes spéciaux, après plus d'un mois de grève massive dans les transports. Pourtant, si l'on se replonge dans les déclarations de l'ancien chef du gouvernement en novembre-décembre 1995, on se rend compte qu'il a bel et bien tenté, comme le gouvernement actuel, de convaincre les Français et les syndicats des bienfaits de ses réformes et d'infléchir la tendance. 


A l'heure où le gouvernement d'Edouard Philippe tente de faire passer sa réforme de la SNCF, bon nombre d'arguments défendus à l'époque par Alain Juppé trouvent un écho ces derniers jours. 

"Les yeux dans les yeux"

D'abord sur la mise en garde initiale. A l'Assemblée nationale, le 15 novembre 1995, Alain Juppé défend sa réforme de la Sécurité sociale et des régimes spéciaux devant les députés. "J'en appelle à tous les Français", lance solennellement l'ex-Premier ministre. "Ils savent qu'il faut réformer la Sécurité sociale pour assurer son avenir. L'addition des corporatismes qui existent ne saura nous ralentir", prévient-il, appelant à la solidarité nationale. "L'heure des vraies réformes a sonné pour la France", martèlera Alain Juppé durant tout le mois de novembre. "Je maintiendrai mon projet de réforme."


Alors que la France plonge progressivement dans une grève générale des transports, soutenue par une partie de l'opinion, Alain Juppé s'adressera aux Français, le 5 décembre, un peu moins martial, avec la volonté de faire de la "pédagogie". "Je veux vous parler les yeux dans les yeux, je ne retirerai pas le plan de réforme parce que ce serait une erreur. Cela irait contre l'intérêt de la France", assure Alain Juppé filmé depuis son bureau à Matignon. "Ces réformes sont à la fois urgentes et justes [...] Ce que l'on ne nous a pas dit, ce que l'on nous a caché pendant longtemps, c'est que cette entreprise ne se porte pas bien. Elle a des dettes considérables [...] Elle perd de l'argent chaque année. Et ce qui est plus grave peut-être, c'est qu'elle transporte de moins en moins de passagers et de marchandises parce qu'elle résiste mal à la concurrence d'autres modes de transport."

Un discours alarmiste qui n'est pas sans rappeler celui tenu en février dernier par Edouard Philippe - un proche d'Alain Juppé par ailleurs. "La situation est alarmante, pour ne pas dire intenable. Les Français, qu'ils prennent ou non le train, payent de plus en plus cher pour un service public qui marche de moins en moins bien", justifiait l'actuel Premier ministre, estimant lui aussi la réforme "urgente".

Promesse de concertation

Après avoir asséné que la réforme se ferait quoiqu'il advienne, Alain Juppé avait défendu une méthode qui n'est pas sans rappeler, là non plus, celle employée par le gouvernement d'Edouard Philippe. Ainsi, l'ancien chef du gouvernement entendait procéder par ordonnances, "pour aller vite", tout en assurant que cette procédure s'accompagnerait d'un dialogue avec les syndicats. 


Voici ce que disait Alain Juppé à l'époque : "Nous allons faire ces réformes dans la concertation. On dit que le gouvernement va tout décider, ce n'est pas vrai [...] Je me suis engagé à ce que les ordonnances fassent l'objet d'une information auprès du Parlement, mais aussi des partenaires sociaux". Il compte réformer les régimes spéciaux, "mais aucune décision n'est prise a priori... Il faut remettre tout cela à plat". 


Que disait Edouard Philippe le 26 février dernier ? "Je ne cherche l'affrontement avec personne. Nous voulons aller vite, sans escamoter pour autant la concertation ou le débat parlementaire", a-t-il promis, laissant entendre que les ordonnances se concentreraient sur "les aspects techniques" de la réforme. 

"La SNCF restera un service public"

Enfin, Alain Juppé apportait aux Français des garanties qui ne sont pas sans rappeler les assurances d'Edouard Philippe et de la ministre des Transports, Elisabeth Borne, quant à l'avenir de la SNCF. "Ce n'est pas une privatisation", répètent à l'unisson les membres du gouvernement à propos de la future mise en concurrence de la SNCF, dont les filiales vont être transformées en sociétés anonymes "à capitaux publics". 


"Mon projet ne consiste en aucune manière à remettre en cause le caractère d'entreprise publique de la SNCF, elle restera un service public, j'en prends l'engagement", jurait aussi Alain Juppé en décembre 1995. "Que demandons nous ? Nous demandons que l'entreprise se modernise, qu'elle motive davantage ses collaborateurs, qu'elle fasse preuve d'un nouveau dynamisme commercial". 


L'ancien Premier ministre ajoutait toutefois deux garanties que le gouvernement actuel ne reprend plus à son compte. "Il n'y aura pas de suppression de lignes", promettait Alain Juppé. Et surtout : "On ne remet pas en question le statut des cheminots, qui doit être défendu".

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