Grève chez Carrefour : le modèle classique du supermarché est-il mort ? Pas si sûr...

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GRANDE DISTRIBUTION - Le modèle classique du supermarché est-il mort, alors que Carrefour a annoncé la suppression de 2400 emplois et que les employés sont en grève ce 31 mars ? Les grande surfaces vont-elles se vider de leurs employés et laisser la place au tout digital ? LCI a posé ces questions à Yves Puget, directeur de la rédaction de LSA, un magazine professionnel consacré à l’actualité des tendances du commerce.

Le mouvement de grève chez Carrefour démarrait "très fort" samedi matin. Trois cent hypers et supermarché seraient touchés après l'annonce, en janvier dernier, de la suppression de 2.400 emplois via un plan de départs volontaires et une réduction des coûts de 2 milliards d'euros dès 2020. Le groupe prévoit notamment de se renforcer sur le numérique, de quadrupler son chiffre d'affaires dans le bio et d'ouvrir au moins 2.000 magasins de proximité dans les cinq prochaines années. 


Ces évolutions signent-elles la mort du modèle de supermarché que nous connaissons depuis les années 1960-70 ? A quoi ressembleront nos magasins dans le futur ? LCI a posé la question à Yves Puget, directeur de la rédaction de LSA.

LCI : Le plan annoncé par Carrefour signifie-t-il que nous assistons à la "mort" du supermarché classique ?

Yves Puget : Non. Le modèle du supermarché est sur le déclin et plus fragile mais il n’est pas à l’agonie. Il reste toujours le premier format de distribution alimentaire. En revanche, oui, sa croissance est moins importante aujourd’hui et la concurrence est plus forte. Par exemple, Carrefour est concurrencé sur les fruits et légumes par Grand Frais, sur le vestimentaire par Primark et sur le maquillage par Kiko. Donc pour conserver leur leadership, les supermarchés doivent se réinventer. Ce qui est important pour les consommateurs, c'est d'avoir confiance en une enseigne. Le distributeur doit proposer une garantie sanitaire forte. Ils ont par exemple une carte à jouer sur le bio.

LCI : Carrefour a-t-il compris les enjeux ? La marque va-t-elle dans le bon sens ?

Yves Puget : Oui, Carrefour a bien compris les problématiques. Surtout que leur situation n'est pas catastrophique. Les supermarchés ont de bons emplacements, de bons employés. Mais la vraie question à laquelle ils doivent répondre, c’est : "Pour quelle raison un consommateur viendra chez nous plutôt que chez le concurrent ?". Aujourd’hui, si on veut quelque chose de pas cher, on va chez Leclerc, si on veut des produits de qualité, on va chez Monoprix… Carrefour, on ne sait plus pourquoi on y va. Ils ont été innovants mais ont arrêté de l’être. Ils se sont embourgeoisés.

LCI : A quoi ressembleront nos supermarchés du futur ?

Yves Puget : Le supermarché du futur intégrera du digital, même si je ne crois pas au supermarché tout digital. Il sera concentré sur l'alimentation et privilégiera l’expérience client. Les enseignes iront vers l’expérience client, feront goûter les produits. Et donc, elles auront toujours besoin d’employés et d’expertise pour répondre aux consommateurs. Je distingue bien les grandes surfaces des petites surfaces. Selon moi, Amazon Go et son magasin connecté sans employés ne peut fonctionner que sur une petite surface. Elles seront plus digitales. En ville par exemple, on devrait pouvoir commander ses courses depuis internet et les récupérer dans un casier attenant au magasin.

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