Grève des éboueurs : la France va-t-elle crouler sous les poubelles pendant l'Euro ?

SOCIÉTÉ

CONFLIT SOCIAL – La grève des éboueurs en lutte contre la réforme du Travail continue de prendre de l'ampleur. Jusqu'où et avec quelles conséquences, alors que l'Euro de football débute vendredi ?

C'est un autre mouvement contre le projet de loi Travail passé jusqu'ici relativement inaperçu. Mais il commence à se voir. Et à se sentir. Un peu partout dans Paris et en Île-de-France, mais aussi dans plusieurs villes de l'Hexagone, les poubelles s'amoncellent dans les rues à mesure que la grève dans les secteurs du traitement et du ramassage des déchets perdure et s'amplifie.

Mercredi, les vidéos ou photos montrant des arrondissements de la capitale être envahis par les ordures ménagères se multipliaient sur Twitter : 


"Depuis plusieurs jours, en raison d'un mouvement social national, la collecte des déchets est perturbée sur le territoire parisien, notamment sur les 2e, 5e, 6e, 8e, 9e, 12e, 14e, 16e, 17e et 20e arrondissements", confirme la mairie de Paris sur son site . Cette liste des secteurs touchés correspond en fait aux arrondissements dans lesquels le ramassage des poubelles est assuré par ses agents municipaux, et non par des prestataires privés, dont les camions roulent toujours.

Mais la capitale et les communes alentours ne sont pas les seules touchées. En province, le département de l'Ariège est fortement impacté par le blocage de ses deux principaux sites de traitement des déchets. Saint-Etienne, en particulier, affronte depuis huit jours la grève de son service propreté, à l'appel de la CGT, au point que le maire de la ville met en garde contre un "risque sanitaire". 


Les Marseillais, épargnés jusqu'ici, pourraient eux-aussi rapidement subir des désagréments, l'incinérateur de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), qui traite leurs ordures ménagères, ayant à son tour été bloqué mercredi matin.

"Jusqu'ici, nous faisons face bon an mal an"

Et ce ne pourrait qu'être qu'un début alors que, mercredi matin toujours, la Fédération CGT des services publics a prévenu dans  un communiqué  que "le mouvement se renforce et s'étend". En Ile-de-France, selon l'organisation, les trois principaux sites de traitement des déchets, situés à Ivry-sur-Seine, Romainville et Saint-Ouen, étaient bloqués dans la matinée, tandis que leurs quatre principaux garages de camions bennes attenants étaient de leur côté paralysés par des chauffeurs grévistes. Pour ne rien arranger, outre les intempéries qui ont mis les services municipaux de nettoyage sur les dents, une contestation est également en cours chez un prestataire privé chargé de collecter les ordures de nombreuses communes de la région, Suez Environnement. 

Une situation de plus en plus préoccupante pour Patrice Furé, le directeur du Sytcom, l'agence chargée de traiter les déchets de Paris et de 83 autres communes de la région, soient ceux de 6 millions de Français au total. "On enchaîne les mouvements mais jusqu'ici, nous avons réussi bon an mal an à assurer la continuité du service en jonglant entre nos différents sites, assure-t-il à metronews. Mis à part celui d'Ivry, totalement bloqué depuis le 30 mai, nous faisons à chaque fois face soit à un ralentissement ponctuel de l'activité, soit à un blocage de quelques heures, si bien que l'on profite des laps de temps qui nous sont donnés". En dernier recours, indique-t-il en soulignant que la solution n'est pas idéale, des communes procèdent depuis plusieurs jours à davantage d'enfouissements des déchets.

Mais les choses semblent bien "se compliquer" alors que le mouvement "tend à prendre de l'ampleur", constate Patrice Furé : "Des conducteurs de bennes de la régie municipale de Paris ayant commencé depuis le début de la semaine à bloquer les entrées et sorties des dépôts, les ordures n'arrivent plus dans nos centres de traitement, et restent sur les trottoirs". 

La CGT "déterminée"


Les éboueurs seraient-ils en train de prendre le relais des raffineries, longtemps à la pointe du mouvement contre la loi Travail, sans parvenir à mettre en panne sèche le pays ? "Il n'y a pas eu de concertation, cela se fait naturellement, nous assure Christophe Couderc, secrétaire national de la Fédération CGT des services publics. Certains secteurs sont plus rapides que d'autres pour se mettre dans l'action, et dans la Fonction publique, il a fallu davantage de pédagogie pour bien montrer à nos collègues que, malgré le fait que nous soyons régis par un statut, nous sommes nous aussi concernés par la loi Travail". 

Reste à savoir si la France offrira durant l'Euro de foot, qu'elle commence à accueillir vendredi, le spectacle d'un pays croulant sous les poubelles. "Il y a ce risque, au moins dans les principales villes, si le gouvernement continue à s'entêter. Nous sommes déterminés", répond Christophe Couderc. "On ne fait pas ça de gaieté de cœur", prend-il le soin d'ajouter.

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