Grève des surveillants de prisons : "Il n’y a plus de rapports humains"

Grève des surveillants de prisons : "Il n’y a plus de rapports humains"
SOCIÉTÉ

ILS BATTENT LE PAVE - Sous-effectif, charge de travail énorme, montée de l’insécurité, incidences sur la santé… Les syndicats de personnels de l’administration pénitentiaire appellent à une manifestation nationale ce jeudi à Paris, devant le ministère de la Justice.

Ça fait déjà un moment que la colère gronde sur le terrain. Elle éclate aujourd’hui à Paris. Prisons surchargées, conditions de travail dégradées, personnels en souffrance… A l’appel des syndicats, les personnels de l’administration pénitentiaire vont manifester ce jeudi après-midi, devant le ministère de la Justice à Paris. Les principaux syndicats, UFAP-UNSa Justice, SNP-FO Personnels de Surveillance, SNJFO Personnels Administratifs et la CGT-Pénitentiaire, se sont unis pour battre le pavé. "Pour l’instant, il y a plutôt eu des manifestations au niveau local. Mais ces problématiques dépassent les différences qu’on peut avoir", explique Christopher Dorangeville, secrétaire nationale de la CGT-Pénitentiaire.

Au cœur des revendications, et sans doute point de départ de tous les problèmes, l’emploi. Et notamment, la fin du "mode dégradé". "C’est un mode de travail entré en vigueur depuis la fin 2014, qui permet aux surveillants plus de mobilité pour découvrir des postes", explique Christopher Dorangeville, secrétaire national de la CGT Pénitentiaire . "Concrètement, ce système implique surtout que tous les postes ne sont pas couverts. Par exemple, au niveau d’un bâtiment où il devait y avoir quatre surveillants, on nous explique qu’on peut être trois, ou deux. On demande toujours plus à des personnels qui sont déjà en souffrance."

"Les rapports humains sont devenus inexistants"

Car le surveillant doit maintenant composer avec toutes ses missions. Et n'arrive pas à toutes les assurer : "On passait déjà la journée à courir. On le fait encore plus", raconte le syndicaliste. "Ce qui pose de graves problèmes : "On n’a plus le temps de s’occuper réellement de toutes nos missions : la sécurité, la garde, mais aussi la réinsertion. On ne peut plus prendre le temps de discuter avec les personnes détenues, pour cibler les personnes en souffrance et prévenir les tentatives de suicide. Nous n'avons pas les moyens, non plus, de repérer les personnes qui peuvent radicaliser les autres, comme nous le demande le Plan radicalisation. Les rapports humains sont devenus inexistants. Aujourd’hui, nous ne faisons que courir et ouvrir des portes."

Aller toujours plus vite, éteindre les départs de crise au cas par cas… En étant moins nombreux, les personnels ne se sentent plus "en sécurité" : "On a chacun un plus grand nombre de détenus à gérer, sommes soumis à un risque plus grand d’agression." Un sentiment qui passe aussi par de petits détails, qui ont leur importance, vitale : "Aujourd’hui, il n’y a plus de fouilles systématiques pour les visiteurs au parloir", explique Christopher. "Les personnes détenues peuvent quasiment librement échanger ce qu’elles veulent avec les personnes qui les visitent. Le problème d’entrée d’objets illicites ne fait que grandir."

Alors, forcément, les employés craquent. Stress, dépression, tentatives de suicide se sont multipliés l’année passée chez les surveillants, mais aussi chez les personnes administratifs. Une récente étude de l'Institut de veille sanitaire (InVS), fait ainsi apparaître "un excès de suicide statistiquement significatif chez les hommes (+21%)", par rapport à la moyenne de la population. "Nos conditions de travail sont dures", soupire Christopher Dorangeville. "On vit nous-même enfermés, en prison. Cet environnement pèse, et le dialogue social n’existe pas : on court partout, on effectue de multiples tâches, mais s’il y a le moindre problème, l’Administration nous tient pour responsables."

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