"C'est soit ça, soit un jour de congé" : le télétravail est-il la solution face à la grève dans les transports ?

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TÉMOIGNAGE - La grève des cheminots qui s’annonce ce jeudi 22 mars puis à partir du 3 avril pousse certains salariés à se mettre en télétravail. Pas le choix. Max habite en Normandie et doit habituellement venir à Paris tous les jours. Il raconte.

Max habite en Normandie. Il travaille à Paris. Tous les jours, il fait le trajet Vernon-Paris Saint-Lazare. Soit un départ le matin vers 6h45, pour une arriver au travail à 8h15. Le soir, il repart vers 17h et arrive chez lui à 18h45. Une heure et demi de trajet à l’aller, même chose au retour. Le rythme est bien huilé. Alors, face à la grève des cheminots prévue ce jeudi 22 mars et avant celle de trois mois d'avril à juin, il n’a vu qu’une solution : le télétravail. 


"Ce n’est malheureusement pas vraiment un choix", explique-t-il à LCI. "C'est soit ça, soit poser une journée de congé, car je n’ai pas de train le soir pour rentrer assez tôt récupérer mon fils à la crèche." Son manager a été plutôt coulant : "J'en ai discuté avec lui, il est très compréhensif des difficultés et au courant de mes impératifs familiaux. Il m’a dit qu’il n’y avait pas de problème pour faire du télétravail." Jeudi, donc, Max bossera de chez lui, en Normandie. 

Max est ingénieur en informatique. Il travaille en tant que chef de projet, prestataire chez un client. L’an dernier, déjà, il a été contraint de faire quelques journées de télétravail à cause de grèves. Et... ça lui a plu. "Le télétravail reste très appréciable car typiquement, pendant les grèves, la SNCF ne nous propose pas de train assez tôt. Encore une fois, c'est soit télétravail, soit journée de congé. Donc c'est vraiment bien que l'entreprise soit compréhensive de ce point de vue." 

Manager compréhensif (ou non)

Pour jeudi, la demande de télétravail est bien passée. Mais si son manager a été compréhensif sur ce coup, pas sûr qu’il le soit pendant les trois mois que va durer cette "grève perlée", avec pas moins de 36 jours de débrayage annoncés sur le papier. Va-t-il, à chaque fois, pouvoir se mettre en télétravail ? Max rigole : "C'est une grande question à laquelle je n'ai pas encore réfléchi et je doute que mon client soit coopératif à ce point ! Le discours ne sera peut-être pas le même pendant les trois mois de grève, je verrais cela au fur et à mesure. Mais je ne pense pas que ce soit possible, cela fait beaucoup." 


Ce serait pourtant, pour lui, la seule solution. "Il n'y a pas de remède miracle pour contrer toutes les grèves à venir. A part une acceptation de télétravail à chaque fois, je ne vois pas d'autres moyens." Mais il est peu optimiste. "Entre accepter une fois, et accepter une vingtaine de jours..." Seul espoir de Max, miser, peut-être, sur l’effet de groupe : "On peut espérer qu'on soit plusieurs dans ce cas, ce qui aiderait à faire passer la chose. Mais il n'y a rien de sûr. C'est un peu bizarre de dire ça, mais j'espère que d'autres seront dans la même galère que moi pour que cela ne râle pas trop !"

Le télétravail n'a pas d'inconvénients au sens pratique du termeMax, usager de la ligne Vernon-Paris

Le télétravail, de manière générale, Max est "totalement pour". D’abord parce que le travail qu’il fait à Paris, il peut tout à fait le faire de chez lui. "Le télétravail n'a pas d'inconvénients au sens "technique" du terme, car les sociétés mettent tout en place pour faire en sorte qu'on ait accès à tout comme si on était dans les locaux, accès aux boites mails, partages de fichiers, communication instantanée, téléphone... ", explique-t-il. Le seul souci que cela peut poser, est qu’il est "impossible de voir les personnes en face à face en cas d'urgence. Cela arrive peu, mais cela arrive."  

Pas facile de vendre l'idée à son employeur

Surtout, le télétravail agit comme une respiration, au milieu d’un rythme épuisant. Max l’a déjà pratiqué dans une précédente mission, où son client lui proposait de faire une journée à la maison par semaine. Et il a bien apprécié. "Cela fait comme une 'coupure' dans la semaine", dit-il. "Quand on a 1h30 de trajet matin et 1h30 le soir, ne pas en avoir pendant une journée est très appréciable. Cette journée me permettait de faire tout le travail que je n'avais pas le temps de faire entre deux réunions par exemple." 


D’ailleurs, la journée de travail serait même plus longue en télétravail : "Je suis au moins autant assidu qu'en entreprise", assure Max. "En fait, je fais ma journée de travail, à laquelle j'ajoute les temps de trajets, soit 3 heures de plus. Mais j'arrête comme si je faisais mes journées traditionnelles sur Paris." Pour lui, c’est net : "On peut facilement faire des journées plus importantes en terme de volume horaire, car pas d'heure de train à respecter ou autre." Et, en tant que salarié, il estime arriver à bien marquer la limite entre vie privée et vie professionnelle, où que soit son bureau : "Quoiqu'il arrive, quand j'arrête ou que je pars de mon travail, je déconnecte complètement et me consacre totalement à ma vie de famille. Je fais pareil avec le télétravail. De base, je m’impose cette limite."  

Tout dépend de la société en fait, si elle a suffisamment confiance en ses employésMax, usager de la ligne Vernon-Paris

La société dans laquelle il travaille actuellement comme consultant n’a pas de politique spéciale concernant le télétravail en général. Et son employeur "ne l'accepte pas ou du moins, ne le reconnait pas officiellement", ce qui ne facilite pas le passage à un rythme plus régulier. "Pour je ne sais quelle raison, mon entreprise n'est pas du tout réceptive à cette idée. Alors que de plus en plus de sociétés pratiquent le télétravail. Tout dépend de la société en fait, si elle a suffisamment confiance en ses employés pour mettre en place ce système ou non. Je pense que, dans la mienne, c'est effectivement ce qui pêche... C'est désolant mais c'est comme ça." 


Car pour lui, tout le monde aurait à y gagner : "C'est un confort qui est donné aux employés. Ils se sentent mieux. Pour ma part, ça faisait une réelle coupure dans la semaine. Cela influe sur la fatigue qui s'accumule chaque jour. On recharge les batteries en milieu de semaine. Je sens réellement la différence maintenant que je n'ai plus ce jour de télétravail 'automatique'."

Si les politiques prenaient le train ça se sauraitMax, usager de la ligne Vernon-Paris

Ironie mordante, si Max est aussi fatigué par ses journées à Paris, c’est en partie dû aux conditions de transports quotidiennes. "C'est une catastrophe", dit Max. "On est entassé comme du bétail dans les trains, il y a des retards sans arrêt, on accumule déjà plus de 15 heures de retard sur le trajet Paris-Vernon qui fait environ 40-45 min. Les gens sont assis dans les marches, j'ai vu plusieurs fois des dames assises dans les marches, en larmes à cause des conditions de transport. Si les politiques prenaient le train ça se saurait, et nos conditions de voyages auraient été améliorées depuis bien longtemps. En revanche pour prélever le prix de notre abonnement, il n'y a jamais de retard !" 


Pour autant, il reste dubitatif quant à la grève. Ou fataliste, surtout. "Je comprends que les cheminots soient en colère, mais c'est encore et toujours les usagers qui vont trinquer. Et c’est un combat perdu d'avance, donc c'est dommage de prendre les usagers 'en otage' pendant trois mois, qui vont être signe de galères, de stress supplémentaires, pour au final ne rien changer."

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