Grève des éboueurs à Marseille : l'employeur pointe "un temps de travail qui dépasse rarement 4 heures par jour"

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ORDURES - Les poubelles continuaient à s'entasser mardi dans les rues de Marseille, après six jours de grève. Derichebourg, l'entreprise de nettoiement responsable de la collecte, déplore des revendications "qui évoluent au fil des négociations" et de "fausses informations qui alimentent le conflit".

Des tonnes d’ordures au coin des rues, un maire qui en appelle au préfet et des citoyens exaspérés : à Marseille, les grèves des éboueurs se suivent et se ressemblent. La ville entre ce mardi dans son sixième jour de conflit. En cause ? Environ 200 salariés qui bloquent l’accès aux centres de transfert des déchets.

Les grévistes espèrent en effet faire fléchir leur employeur, l’entreprise de nettoiement Derichebourg. Leur revendication est simple : le maintien d’une prime, diminuée selon eux quand la société est devenue le nouveau prestataire du ramassage d'ordures d’une poignée arrondissements (2e, 15e et 16e). "On veut être payés comme on était payés avant. On a reçu que la moitié des primes", a fait valoir l'un des grévistes, Tahar Ghali, du syndicat FO. 

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Tentatives de dialogue "sans effet"

Une revendication qui a fait siffler les oreilles de Derichebourg. L’entreprise s’est fendue d’un communiqué pour déplorer "des tentatives de dialogue" qui restent "sans effet". Et ce, en raison des revendications qui "évoluent au fil des négociations" et l'intervention "de représentants syndicaux extérieurs à l'entreprise, salariés de sociétés concurrentes" qui "empêchent le dialogue, surenchérissent en permanence et s'expriment dans la presse en alimentant le conflit par de fausses informations".

Derichebourg en rajoute une couche sur les conditions de travail de ses employés. Selon l'entreprise, "depuis la reprise des contrats par le groupe, la direction a constaté que le temps de travail des personnels transférés des sociétés précédemment délégataires des contrats dépasse rarement 4 heures par jour pour un salaire moyen mensuel allant de 2250 euros brut pour un équipier de collecte à 2530 euros brut pour un chauffeur". Et d'enfoncer le clou : "Certains salariés quittent leur poste à minuit alors même qu’ils sont payés jusqu’à 04h00 du matin, obligeant, de ce fait, à engager quotidiennement des moyens supplémentaires de rattrapage".

Un rapport au vitriol de la Chambre régionale des comptes

Un état des lieux qui n'est pas sans rappeler un rapport de la Chambre régionale des comptes publié en 2007. Celui-ci avait quantifié à 3h30 le temps de travail effectif des agents de collecte des ordures ménagères qui travaillaient pour l'agglomération marseillaise. Ce rapport avait conduit à la négociation d'un nouveau système de collecte prévoyant théoriquement la fin du "fini-parti", pratique permettant aux agents de quitter leur poste une fois leur travail terminé. L'accord avait aussitôt été décrié, car il laissait la possibilité d'un départ anticipé de l'agent sous certaines conditions.

La grève qui perturbe ces jours-ci la cité phocéenne semble en tout cas dans l'impasse. Et les esprits s'échauffent : quelques bennes ont circulé cette nuit pour nettoyer les abords des hôpitaux et des écoles, le tout dans sune situation confuse. Selon Tahar Ghali, "vers 23H00, des vigiles de la société ont forcé le barrage des grévistes et ont blessé deux personnes". Faux, a répliqué Derichebourg : "A plusieurs reprises les bennes ont été empêchées de circuler et la police est intervenue", a affirmé pour sa part le directeur général du nettoiement, Emmanuel Brun.

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