Contestation en Guyane : qui sont les "500 frères" à la pointe du mouvement ?

FOCUS - Alors que la grève générale a été votée pour ce lundi 27 mars, un collectif baptisé "les 500 frères" apparaît en pointe dans ce mouvement social. Formé pour lutter contre la délinquance qui gangrène ce département, on les crédite aussi du terme de "milice" en raison de leur apparence vestimentaire. Petit focus sur ce collectif "controversé".

La situation s'enlise en Guyane. Alors que le gouvernement a envoyé une délégation pour tenter de trouver une sortie de crise au très vaste mouvement social qui paralyse le département depuis plusieurs jours, la grève générale a été votée : elle prendra effet à compter de lundi 27 mars. Les écoles, l’université, le port de commerce, les administrations, et certains commerces sont fermés depuis jeudi. Les déplacements motorisés sont très difficiles, à l’exception de ceux des véhicules d’urgence.


 L'annonce de l'envoi d'une délégation interministérielle, qui arrivée samedi en milieu de journée (soirée pour Paris), n'a pas apaisé les esprits et désormais, la quasi-totalité des protestataires est désormais regroupé en un collectif : "Pou Lagwiyann dekolé" ("pour que la Guyane décolle", en créole guyanais). Parmi eux, se trouvent les "500 frères", un mouvement contre la délinquance, constitué d'une centaine d'hommes. Leur particularité ? Interpeller les responsables politiques et agir vêtus de noir et encagoulés. 

Qui sont-ils ?

Tous vêtus de noir et portant des cagoules, on les voit de plus en plus dans les vidéos postées sur les réseaux sociaux. Eux, ce sont les "500 frères", ce collectif créé après le meurtre d'un homme dans un quartier populaire. Leur cheval de bataille ? La délinquance qui fait rage dans le département. Leur signe particulier ? Des vêtements noirs mais également une cagoule, vivement discutée sur les réseaux sociaux.  Un accessoire destinée à attirer l'attention et non à se dissimuler pour agir masqué, assure au Monde Zadkiel Saint-Orice, l’un des porte-parole du collectif : "Il y a eu, depuis vingt ans, de nombreuses marches blanches contre la violence, personne n’a été entendu", poursuit-il, soulignant que "la cagoule en plein état d’urgence, c’est juste pour attirer l’attention, faire quelque chose de différent".


Dans un article publié sur Vice News, on apprend notamment d'où ils tiennent leur nom : "500, parce qu'en pratiquant le bouche-à-oreille, on s'est aperçu qu'on était beaucoup. Frères, parce que la Guyane est notre mère", confie Mickaël Mancée, ancien policier et porte-parole du collectif. Lorsqu'ils défilent, ces hommes, venus de tous les corps de métiers (artisans, pêcheurs, employés administratifs...) scandent "nou bon ké sa" (on en a marre) à l'infini. 

Que veulent-ils ?

En 2016, la Guyane est crédité du triste titre de "département le plus meurtrier de France" : 42 homicides pour 250 000 habitants. Un bien triste record qui exaspère les "500 frères" et que ces derniers attribuent à "l'immigration clandestine" venue du Brésil et du Suriname. Pour eux, la Guyane "est devenue une zone de non-droit". Ils souhaitent ardemment l'extradition des ressortissants de ces pays. "Ils représentent la moitié des prisonniers de Rémire [Ndlr, la prison de Rémire-Montjoly]. De toute façon, si un étranger commet un crime, il saute dans le fleuve et on ne le revoit plus", précise le porte-parole à Vice News qui nuance tout de même son propos : "On ne veut stigmatiser personne (...) notre mouvement regroupe toutes les nationalités". 


Dans ce climat de délinquance et d'insécurité, les "500 frères" veulent que l'Etat renforce les moyens policiers et judiciaires, "l'application de l'état d'urgence en Guyane", "créer une véritable politique de lutte contre le trafic d'armes à feu, notamment à l'intention des jeunes", "l'augmentation des moyens matériels et humains de la police nationale", "la mise en place de Grands Frères dans tous les quartiers de Guyane", "l'orientation du travail des effectifs de police et de gendarmerie en fonction des spécificités locales en matière de délinquance. Réorienter le travail de l'escadron de gendarmerie mobile vers des missions 'coup-de-poing'notamment dans les squats et les quartiers dits sensibles, dans toute la Guyane", peut-on lire sur le site Franceguyane.fr

Ils souhaitent également la construction d'une seconde prison. La première, celle de Rémire-Montjoly, est en situation d'implosion depuis plusieurs années. Le député de Guyane Gabriel Serville avait d'ailleurs interpellé Jean-Jacques Urvoas, ministre de la Justice, sur le sujet à l'Assemblée nationale. Une situation que le garde des Sceaux avait confirmée : " taux de suroccupation de 143 %. La violence dans l'établissement fait honte à la République", déclarait-il. "La moitié des détenus incarcérés sont de nationalité étrangère, il faut engager des négociations avec nos partenaires pour que ces personnes soient incarcérées dans leur pays", expliquait également le ministre. 

En vidéo

Guyane : protestations contre l’insécurité

Pourquoi suscitent-ils la controverse ?

Par leur apparence, tout d'abord. Vêtus de noir et encagoulés, l'image peut rappeler celle d'une milice. "La cagoule en plein état d’urgence, c’est juste pour attirer l’attention, faire quelque chose de différent", expliquait Zadkiel Saint-Orice, autre porte-parole du collectif, à nos confrères du Monde


Autre point de discorde, leurs actions. A la mi-mars, ils ont fait un coup d'éclat en perturbant la visite de la ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, en pleine conférence des pays signataires de la convention de Carthagène sur la protection des milieux marins. Une action qui a accéléré le retour de la ministre en métropole. A la suite de l’irruption du groupe lors de la conférence, la ministre avait annoncé qu’elle quittait le soir-même la Guyane. Celle-ci "avait des dossiers urgents à gérer à Paris",  son départ n’a "aucun rapport" avec cette action, avait toutefois assuré l’entourage de la ministre joint par l’AFP.

Un autre jour, les "500 frères" ont donné l'ordre aux commercants de fermer boutique pour soutenir le mouvement social (seules les pharmacies étaient autorisées à rester ouvertes), puis ils ont bloqué la route stratégique menant au centre spatial de Kourou. Des actions "fortes" et parfois "choquantes" qui traduisent un malaise social très important dans ce département. 

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