Grève ce mardi dans les Ehpad : Buzyn met 50 millions sur la table mais les besoins "se chiffrent en milliards"

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SANTE - Alors qu'un mouvement de grève est prévu parmi les salariés des Ehpad le mardi 30 janvier, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a annoncé un plan de 50 millions pour aider ce secteur en crise. Les syndicats sont divisés.

Un plan d'actions pour les maisons de retraite en difficulté. L'annonce de la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, tombe à pic, alors que les salariés des Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) ont prévu une grève nationale inédite, mardi 30 janvier.


Dans les colonnes du Parisien ce vendredi, Agnès Buzyn dévoile donc son ambition :  "Qu'aucun établissement ne soit pénalisé" par la réforme de la tarification, appliquée dès cette année mais actée sous l'ancien gouvernement, afin de renforcer "la transparence sur les tarifs et les coûts" des Ehpad. Pour cela, elle annonce un plan de "50 millions d'euros" - en plus des 100 millions déjà votés au budget - afin que les agences régionales de santé (ARS) " financent au cas par cas des emplois, des équipements, des formations..." En outre, une enquête de satisfaction devrait dorénavant être réalisée chaque année "auprès des résidents", et un inspecteur des affaires sociales sera dépêché au niveau local, dans le but de jouer les médiateurs entre l'établissement et les autorités. 

Voilà donc pour les annonces. Mais force est de constater qu'elles ne parviennent pas à convaincre les syndicats professionnels. Claudy Jarry, président de la FNADEPA, (Fédération nationale des associations de directeurs d'établissements et services pour personnes âgées) est entièrement solidaire du mouvement des salariés : "Nous avons assisté à des promesses maintes fois avancées, jamais tenues. Nous mesurons pafaitement et depuis longtemps la dégradation des conditions de travail des personnels dans ces établissements" dit-il à LCI. Or, selon lui, les 50 millions supplémentaires avancés par Agnès Buzyn ne sont même pas le début d'une solution. "La ministre n'a pas du tout pris la mesure des difficultés historiques de ce secteur. On a ramené ce chiffre au nombre de résidents : 50 millions en plus, cela revient à augmenter de 80 euros par an, le budget pour la prise en charge de chaque résident, toutes structures confondues." 

Les établissements privés satisfaits de la réforme

Autre son de cloche, celui des syndicats des établissements privés. Bien qu'elle reconnaisse que "tout ne soit pas parfait dans un secteur en perpétuelle évolution", Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa (Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées), ne soutiendra pas le mouvement du 30 janvier. Elle estime que l'harmonisation des dotations de l'assurance maladie et du conseil général, visée par la réforme de la tarification, ne pénalisera guère le secteur privé. "Cette réforme permet à 6000 Ehpad de gagner des dotations sur les tarifs liés aux soins et à la dépendance; et elle en pénalise 1000, qui sont des établissements publics. Nous sommes donc opposés à tout moratoire sur cette réforme."


Un argument qui ne passe pas pour Claudy Jarry, qui trouve gênant de réduire la grogne des salariés des Ehpad à une volonté de s'opposer à la réforme de la tarification. "Regarder le problème du secteur des Ehpad par le prisme de la réforme de la tarification, ce n'est pas le bon angle de vue" explique-t-il. "Un arbre n'a jamais caché la forêt. Certes la réforme a ajouté des difficultés supplémentaires, mais les problèmes que l'on pointe remontent à bien plus loin. La canicule de 2003 a mis un coup de projecteur sur nos difficultés mais depuis, la source s'est tarie."

Ces "difficultés historiques", Monique Iborra, députée LREM de Haute-Garonne, les a constatées dans une mission-flash menée en septembre dernier. Après une vingtaine d'auditions, elle mettait en exergue des inadéquations entre les offres et les besoins, une charge de travail trop importante pour les salariés des Ehpad ainsi qu'un personnel insuffisant. Aujourd'hui, contactée par LCI, elle se réjouit des mesures annoncées par le gouvernement : "Ce qui a été soulevé dans le rapport a été absolument pris en compte. C'est rare que ce soit fait de manière aussi claire" constate la députée de la majorité. 


Reste que le mouvement du mardi 30 janvier, d'ampleur nationale, s'annonce inédit. Et les revendications seront là de porter uniquement sur la réforme contestée. Dans les Ehpad, les besoins, "se chiffrent probablement en milliards d'euros" reprend encore Claudy Jarry. "Il ne faut pas prendre de demies mesures, ce n'est pas digne." Mais le responsable d'ajouter : "En urgence, il faudrait rapporter les emplois aidés. C'était provisoire, bancal, ils n'étaient pas formés comme on l'aurait voulu, mais leur départ a provoqué un couperet brutal alors qu'on était déjà en galère !"

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