Gynécologue d'Alès soupçonné de viols : "Le conseil de l'Ordre a été totalement défaillant"

Gynécologue d'Alès soupçonné de viols : "Le conseil de l'Ordre a été totalement défaillant"

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INTERVIEW - Un gynécologue d'Alès (Gard) est soupçonné de viols. L'avocate des victimes présumées, Me Sophie Bonnaud, évoque pour metronews les prémices d'une affaire qui pourrait faire grand bruit et déplore notamment les manquements du conseil de l'Ordre des médecins. Elle annonce en outre le dépôt de deux nouvelles plaintes dans le courant de la semaine.

Combien de plaintes visant le gynécologue d'Alès ont pour le moment été déposées ?
Deux plaintes (pour "agressions sexuelles" et "viols aggravés", ndlr) ont été déposées le 5 février et je m'apprête à en déposer deux nouvelles dans le courant de cette semaine.

A quand datez-vous les faits ?
Chronologiquement, il semblerait que ce gynécologue exerce sur Alès depuis 1985. De tous les témoignages que j'ai pu recueillir, qui dépassent le nombre de plaintes puisque j'en suis à neuf cas signalés, cela couvre une période allant de 1990 à 2013.

Les plaignantes ont lancé une page Facebook afin de recueillir des témoignages. Cette initiative a-t-elle permis de délier les langues ?
Il y a deux leviers importants. Les femmes qui se sont adressées au conseil de l'Ordre des médecins du Gard ne se sont pas du tout senties écoutées, donc elles ont cherché un autre moyen d'action et ont déposé plainte. Avant cela, votre confrère du Midi Libre , Fabrice Andres, s'est intéressé à leur histoire. Il a fait un travail d'enquête et a révélé l'affaire dans la presse, ce qui a un peu permis de libérer la parole. Beaucoup de témoignages sont ensuite parvenus au journal. La page Facebook, plus récente, participe de la même action.

Une dizaine de victimes ?

Selon une source judiciaire, le médecin visé nie les accusations en bloc et assure que l'une des deux plaignantes est une ex-maîtresse. Que vous inspire sa défense ?
Le problème, c'est que cette défense ne concerne qu'une de mes clientes. Les dénonciations qui sont faites aujourd'hui sont beaucoup plus larges. Ma cliente n'est pas allée chercher des témoignages au petit bonheur la chance. Le nombre de récits que j'ai entendus, la similitude des témoignages, le fait que ce soit des femmes qui ne se connaissent absolument pas, d'horizons, de professions, d'âges différents me fait dire, qu'a minima, les paroles des plaignantes sont crédibles et méritent d'être examinées plus que sérieusement.

Comment se fait-il que le docteur n'ait pas encore été inquiété ?
La procédure disciplinaire et la procédure pénale sont totalement indépendantes l'une de l'autre. Par ailleurs, il semble acquis aujourd'hui que le conseil de l'Ordre départemental de Nîmes a été totalement défaillant, au moins quant à son obligation de transmettre les signalements dont il avait connaissance au procureur de la République. Il y avait a minima une patiente qui avait dénoncé les faits au conseil de l'Ordre en 2009 et j'imagine que le parquet d'Alès, s'il avait été saisi du signalement comme ça aurait dû être le cas, aurait ouvert une enquête il y a cinq ans. Le conseil de l'Ordre a manqué à ses obligations de transmission au procureur. Ce dernier, n'étant tout simplement pas informé des faits dénoncés, ne pouvait pas se saisir d'office d'une histoire dont j'imagine qu'il ignorait tout.

Quelle ampleur peut prendre cette affaire selon vous ?
C'est difficile de répondre à cette question car elle est un peu masquée aujourd'hui. Une partie des personnes qui m'ont contacté sont dans l'expectative parce qu'elles attendaient de voir le positionnement que la justice allait prendre, si la parole des victimes était mieux écoutée du côté pénal que ça n'avait été le cas du côté disciplinaire. J'espère que la réaction du procureur et l'ouverture d'une enquête vont permettre de libérer la parole et encourager ces femmes à parler. Je ne sais pas combien elles peuvent être et si cela s'arrêtera au nombre dont j'ai connaissance, soit une dizaine de femmes.

Des plaignantes partagées entre "angoisse" et "détermination"

Quelles sont les attentes de vos clientes ?
Elles sont partagées entre une certaine angoisse et une certaine détermination et confiance. L'angoisse d'un côté car certaines d'entre elles sortent de plusieurs mois, voire plusieurs années, de procédure disciplinaire où elles ne se sont pas du tout senties écoutées voire considérées, quelle que soit la décision rendue à Montpellier. C'est le sentiment qu'elles ont eu en voyant un médecin jugé par d'autres médecins dans des conditions inadaptées à l'écoute de leur parole, ô combien difficile. Et puis détermination et confiance parce que maintenant qu'elles se sont tournées vers la justice pénale, elles constatent, avec toutes les difficultés que cela comporte, que les choses bougent et qu'avec l'ouverture d'une enquête, on peut s'attendre à ce qu'il y ait des investigations plus poussées et qu'à un moment, ce docteur soit obligé de s'expliquer.

La condamnation récente d'un autre gynécologue, le docteur Hazout, à huit ans de prison , trouve-t-elle un écho chez vos clientes ?
On a fait des rapprochements avec cette affaire-là, comme on a pu en faire de manière plus ténue avec le cas Camaret ( un professeur de tennis condamné en appel à dix ans de prison , ndlr). Ce sont des affaires dans lesquelles le silence a pesé très lourd. Il a fallu au départ une ou plusieurs femmes très courageuses, et bien entourées, pour avoir la force de dire les choses avec toute la honte et la culpabilité que cela peut engendrer, et surmonter tout cela pour affronter des épreuves judiciaires très difficiles. Il faut que les femmes qui auraient des choses à dire dans le cas qui nous concerne et qui hésitent encore comprennent bien que chaque témoignage est primordial, et que c'est leur nombre qui fait leur force. Ça a été vrai dans le cas du prof de tennis comme dans le dossier Hazout. Plus les victimes sont isolées, plus leur parole peut être mise en doute.

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