Harcèlement dans les transports : "Même quand il fait 30 degrés, je mets un gilet sur mon décolleté"

Harcèlement dans les transports : "Même quand il fait 30 degrés, je mets un gilet sur mon décolleté"

APPEL A TEMOIGNAGES - Une étude de la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut), publiée mercredi, montre que la crainte d’être harcelées dans le métro ou le bus a une influence importante sur la vie des femmes qui utilisent les transports en commun, beaucoup d'entre elles évitant de les utiliser à certaines heures ou adaptant leur tenue vestimentaire pour le faire. Metronews vous a demandé si cela vous était déjà arrivé. Vous nous avez répondu.

"Aller à Paris, c'est tous les jours la tenue pantalon, sac besace devant et sac à dos. Ne jamais se mettre au bord des quais. Tenir la barre en descendant les escaliers. Ne pas mettre en valeur les bijoux, le téléphone portable." Florence a répondu ainsi à l'appel à témoins  lancé par metronews sur Facebook ce mercredi . C'est une femme, habituée des transports en commun parisiens. Et, par crainte de se faire agresser, elle a appris à multiplier les stratégies d'évitement. A se faire discrète.

Elle est loin, très loin d'être la seule à développer tous les jours des petites techniques pour devenir invisible dans les transports en commun. Mettre un pantalon au lieu d'une jupe, un foulard, ne pas croiser de regard, voire éviter de prendre les transports à certaines heures. Comme Alexia, qui nous raconte : "Même sous 30 degrés, je mets un gilet si j'estime que mon haut est décolleté en prenant les transports. J'aurais davantage tendance à me laisser aller si je suis en voiture." Virginie confirme : "On est obligée de faire attention à ce qu' on porte dans les transports en commun si on ne veut pas se faire peloter ! Jupe pas trop courte, pas trop de décolleté." Justement, quand Elodie en met un, elle a sa technique : elle met aussi un foulard pour cacher sa poitrine. " Je le fais régulièrement juste pour qu'on me laisse tranquille dans la rue, et je n'ai jamais mis de vêtements courts dans les transports en commun."

"J'évite les talons"

Coralie, qui travaille dans la restauration, avec des horaires décalés, a elle aussi appris à réfléchir et anticiper ses trajets : "Je rentre chez moi à pied le soir en général. Alors je fais attention de pas mettre de vêtements courts ou moulant. La plupart du temps je prends des vestes à mon boulot, comme ça pas de risques. J'évite aussi les talons." Tellement courant que ça en devient intégré, ordinaire, pour les femmes. "On ne peut pas se promener comme on veut sinon on se fait siffler, draguer voir suivre pour avoir un numéro", tranche Elodie. "Même quand on est au bras de son conjoint, on nous mate. Le pire c'est que si on refuse les avances, si on ne les écoute pas, on se fait insulter de tous les noms". Alors il est parfois tellement plus simple, pour être tranquille, de changer son comportement, son trajet, sa tenue, de se murer entre son portable et ses écouteurs.

"Ce harcèlement constitue une entrave réelle à la mobilité et à l'accès aux services de transports publics", s'indigne la Fnaut, Fédération nationale des associations d'usagers des transports. Car s i les témoignages sont nombreux sous notre post , la fédération pose des chiffres sur ce phénomène, en publiant une étude ce mercredi sur le "harcèlement sexiste et les violences sexuelles faites aux femmes dans les transports publics" . Il y a un an, le Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et hommes avait déjà établi, dans un avis, que 100% des femmes avaient déjà été victimes de harcèlement dans les transports en commun. Un an après, la Fnaut apporte des détails. 

48% des femmes modifient leur tenue vestimentaire

Dans cette étude, à laquelle plus de 6.000 femmes ont répondu, 87% des personnes interrogées affirment avoir été victimes de harcèlement dans les transports, que ce soit injure ou menace (36%), harcèlement sexuel (41%), agressions sexuelles (40%). Et, toujours, la crainte d'une potentielle agression est toujours bien présente : 72% des répondantes craignent d’être harcelées "régulièrement" ou "très régulièrement". Du coup, les femmes s'adaptent : 48% modifient leur tenue vestimentaire, 54% évitent de se déplacer en transports publics à certaines heures et 34% recourent à l’utilisation d’autres moyens de transport tels que le vélo, le taxi ou le véhicule personnel. Des choix subis, et non choisis. 

Des mesures mises en œuvre depuis le rapport du Haut Conseil à l'égalité montrent leurs limites : les numéros d'alerte mis en place par la SNCF sont encore peu connus ( 30% des répondantes), les campagnes de sensibilisation ne paraissent pas vraiment efficaces… La Fnaut émet de son côté plusieurs recommandations. D'abord agir sur l'éducation, dans les écoles, universités, les entreprises, notamment en visant les harceleurs potentiels. Elle insiste aussi sur la nécessaire réappropriation de l'espace public par les femmes, ce qui peut passer par l'amélioration des infrastructures actuelles. La Fnaut préconise aussi la formation des personnels des entreprises de transports ou encore… la simplification des plaintes. Seulement 2% des victimes ayant répondu à l'enquête indiquent avoir porté plainte. Alors que dans 70% des cas, les actes subis constituaient des infractions pénales.

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