Une étude lève le voile sur le harcèlement et le sexisme subis par les internes en médecine

Une étude lève le voile sur le harcèlement et le sexisme subis par les internes en médecine

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ETUDE - Une consultation de l'Intersyndicale nationale des internes (ISNI) démontre que 8,6% des internes en médecine ont déjà été la cible de harcèlement dans le cadre de leur travail ou de leurs études. Les auteurs de ces agissements sont pour la plupart des supérieurs hiérarchiques, mais aussi... des patients.

L'étude a été lancée bien avant l'émergence des hashtag #balancetonporc et #metoo sur les réseaux sociaux. Mais elle trouve aujourd'hui une résonance toute particulière. Alors que, depuis l'affaire Weinstein, les milieux du cinéma et des médias sont particulièrement touchés par les révélations de viols, d'agressions sexuelles ou de faits de harcèlement, une étude publiée ce vendredi 17 novembre par l'Intersyndicale nationale des internes (ISNI) montre que le milieu hospitalier n'est certainement pas épargné par ces agissements.


On apprend dans cette étude, réalisée auprès d'environ 3000 internes en médecine, que 8,6% des personnes sondées, parmi lesquelles trois quarts de femmes, décrivent des faits de harcèlement sexuel. Des faits qui sont pour la moitié d'entre eux des gestes non désirés, pour 14% des demandes insistantes de relation sexuelle, et pour 12% du chantage à connotation sexuelle. Par ailleurs, 47% des internes se déclarent victimes de sexisme au quotidien. Dans le détail, 60,80% des femmes se déclarent victimes de sexisme contre 7,20% des hommes. Les supérieurs hiérarchiques des victimes arrivent en tête des auteurs de ces agissements (37%).

Des propositions pour agir rapidement

"On ne savait pas quels chiffres on allait trouver", explique à LCI le président de l'ISNI, Olivier Le Pennetier. "En comparaison, une étude avait été faite sur le sexisme en médecine en Australie : elle montrait à peu près les mêmes résultats que nous. Mais en France, ça n'avait jamais été fait." 


Le premier enseignement que l'ISNI tire de cette étude est la conviction qu'il est temps d'agir "très rapidement". Lors d'une conférence de presse samedi 18 novembre, l'intersyndicale prévoit d'annoncer dix propositions à l'adresse des ministres Agnès Buzyn, Frédérique Vidal et Marlène Schiappa. "L'objectif est de briser les tabous", poursuit Olivier Le Pennetier. "Seules 0,15% des personnes sondées harcelées ont engagé des poursuites en justice." Un tabou qui contribue aussi à nier la vérité. "Parmi les 8,6% de personnes victimes de harcèlement, 2% ont décrit des faits sans pour autant reconnaître en avoir été la cible", constate-t-il.

"Quand est-ce que je vois le médecin ?"

Ces actes de harcèlement et de sexisme au quotidien sont-ils circonscrits au corps médical ? L'étude démontre assez clairement que c'est loin d'être le cas. En effet, 9% des faits de harcèlement et 14% des actes sexistes proviennent d'un patient ou de sa famille. En guise d'illustration, une question qui revient souvent après la consultation et le diagnostic : "Quand est-ce que je vois le médecin ?" Sauf que cette question, si elle est posée à 7,1% des internes masculins, revient pour 60% de leurs consoeurs. "On ne s'attendait pas à ce que les patients ou les patientes fassent aussi preuve de sexisme", reprend le président de l'ISNI. "Notre conclusion, c'est que le sexisme sévit non seulement à tous les niveaux dans l'hôpital, mais aussi dans tous les milieux et catégories socioprofessionnelles."

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