Un parent sur quatre confronté au harcèlement scolaire

Harcèlement scolaire : interview d'Isabelle Fery, vice-présidente de la PEEP

FLÉAU - La PEEP a indiqué dans son observatoire annuel publié le 30 septembre dernier que nombre de familles ont déjà été confrontées au problème du harcèlement scolaire. Pour près de 70% des parents sondés, la réponse des établissements scolaires est insuffisante.

Depuis plusieurs années, le chiffre reste stable : un quart des parents d’élèves interrogés dans le cadre de l’Observatoire 2021 de la PEEP (Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public) a un au moins un enfant qui a déjà été victime de harcèlement scolaire. Cette enquête annuelle, publiée le 30 septembre dernier, a rassemblé plus de 2883 répondants. Les éditions 2019 et 2020 avait également mis en lumière le fait qu’un élève sur quatre avait déjà été confronté à ce fléau. 

Face à ce fléau, 69% des parents se disent insatisfaits de la réponse de l’Éducation nationale, critiquant une "prise en charge du problème" trop faible "par les autorités du scolaire ou du périscolaire". Un chiffre en augmentation, puisque 65% des sondés avaient exprimé leur mécontentement dans l’enquête de la fédération en 2019. 

"Parfois les enfants parlent mais n'ont pas de retour, on ne sait pas ce qui s'est passé ensuite"

"De plus en plus, notre association est obligée d'intervenir sur le terrain pour accompagner les familles, parce qu'elles ne sont parfois pas écoutées", explique sur LCI mercredi 6 octobre Isabelle Fery, vice-présidente de la fédération, dans la vidéo en en-tête. Lorsqu'un enfant se dit victime de harcèlement, "bien  souvent on minimise sa parole, on ne l'écoute pas", déplore-t-elle. 

Avant de poursuivre : "Il y a des cas très graves, pour lesquels on est obligé d'intervenir car cela fait un an ou deux ans que l'enfant est en souffrance et l'exprime, le fait savoir, les parents aussi, tandis qu'en face l'institution ne fait rien, n'apporte aucune solution psychologique notamment".  Les familles elles-mêmes sont impactées par ces drames : "le parent s'en veut de n'avoir rien vu" lorsque les enfants n'osent pas parler, poursuit la représentante, qui appelle les équipes pédagogiques des établissements scolaires à convoquer les harceleurs mais aussi à encourager les enfants victimes à parler à leur entourage.

"Parfois les enfants parlent mais n'ont pas de retour, on ne sait pas ce qui s'est passé ensuite", relate-t-elle également, rapportant que dans bien des cas "on s'aperçoit qu'il n'arrive rien, le harceleur continue à faire sa loi" jusqu'à ce que les élèves eux-mêmes s'en prennent à lui. "C'est aussi intolérable de demander aux familles et aux élèves de faire justice par eux-mêmes", estime-t-elle, ajoutant qu'au niveau de l'institution scolaire, "recueillir cette parole" ne suffit pas, il faut "en faire quelque chose, et non pas juste la mettre dans un coin"

Appel à davantage de suivi des cas de harcèlement enregistrés

La fédération de son côté, propose aux parents des conférences pour repérer les signes d'un enfant en souffrance. Pour renforcer la prise en charge de cette problématique, elle préconise aussi dans son rapport "d’intégrer obligatoirement les parents élus et les élèves délégués dans l’élaboration du plan de prévention harcèlement", un protocole déployé dans un établissement où une situation de harcèlement est observée. La fédération propose également qu’un bilan soit proposé chaque année au sujet des cas enregistrés et des actions menées, qu’une commission départementale examine tous les signalements à l’échelle du territoire et que des réunions d’informations soient proposées à destination des parents d’élèves. 

"Nous allons franchir un cran nouveau dans la sensibilisation", a assuré Jean-Michel Blanquer lors d'une visite dans un collège à Grandvilliers dans l'Oise, disant "lancer un appel à toute la société française" et souhaiter "un sursaut pour la fraternité pour éviter qu'un adolescent, un enfant, se sente seul, isolé, mal à cause de cela"

Le 20 septembre dernier, le ministre de l'Éducation nationale avait promis lundi qu'"un cran nouveau" allait être franchi dans la lutte contre le cyberharcèlement en particulier, via notamment une coopération renforcée avec les plateformes. L’annonce faisait suite à une vague de menaces et insultes à l’encontre des élèves nés en 2010, qui a déferlé ces dernières semaines sur les réseaux sociaux, notamment à travers le mot-dièse #anti2010.

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Assurant que le gouvernement avait pris ce sujet "à bras le corps depuis le début du quinquennat", le ministre avait notamment évoqué le programme "pHARe" (Programme de lutte contre le harcèlement à l’école), expérimenté depuis deux ans dans six académies et généralisé en cette rentrée 2021. "On demande à certains collégiens d'être ambassadeurs contre le harcèlement" et des personnels sont également formés sur ces sujets, a-t-il détaillé. Les parents doivent, eux aussi, être associés à cette démarche à travers des ateliers.

Par ailleurs, depuis 2017, un comité d’experts national a été mis sur pied ainsi que le lancement d’un prix "Non au harcèlement", qui invite enfants et adolescents à créer une affiche ou une vidéo et qui a mobilisé près de 39.400 élèves en 2021, précise le site de l'Éducation nationale. 

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