Harcèlement sexiste, banques de sperme... Les confusions du livre antiféministe d'Eugénie Bastié

Harcèlement sexiste, banques de sperme... Les confusions du livre antiféministe d'Eugénie Bastié
SOCIÉTÉ

FACT-CHECKING – Avec "Adieu Mademoiselle", la journaliste du Figaro.fr Eugénie Bastié signe un pamphlet contre les "féministes contemporaines". Mais sa course pour démontrer combien les "néo-féministes" – comme elle les appelle – est ponctuée de quelques erreurs

Les féministes d'aujourd'hui sont inutiles, pour ne pas dire malfaisantes. C'est, en substance, ce que cherche à démontrer la journaliste Eugénie Bastié dans son livre "Adieu Mademoiselle". Metronews l'a lu, et y a relevé plusieurs confusions. 

  Fervente opposante à la "PMA eugéniste", la journaliste assure : "Aujourd’hui, dans les banques de sperme californiennes, on peut choisir la couleur des yeux de son marmot sur catalogue"

FAUX… pour l’instant
A Los Angeles, il y a bien un docteur qui a lancé l’idée. Jeffrey Steinberg, patron du cabinet privé Fertility Institute spécialisé dans la fécondation in vitro (FIV), permet déjà à ses patientes de ne recevoir que des embryons féminins si la future maman désire une fille. En 2009, il annonce vouloir aller plus loin, en proposant aux parents de sélectionner la couleur des yeux de plusieurs embryons, en fonction de la combinaison génétique présente dans leur ADN.

Sauf que ce projet, très décrié… n’a jamais vu le jour, selon un article de Yves Eudes, envoyé spécial en Californie pour Le Monde. Stoppé dans son élan par Le Vatican, qui se serait dit "préoccupé", le chercheur n’a pas encore concrétisé son idée.

Si les futurs parents ne peuvent pas (encore) choisir la couleur des yeux de leur bébé, ils peuvent en revanche se renseigner de manière assez poussée sur le donneur de sperme. Aux Etats-Unis, des établissements permettent aux femmes de choisir leur donneur en fonction, effectivement, de leur nationalité, de la couleur de leurs cheveux ou de leurs yeux. Une sélection qui ne garantit en rien la couleur des yeux de bébé.

 Les violences faites aux femmes ? Pour Eugénie Bastié, il s'agit du "thème obsessionnel du répertoire de la lamentation" du "féminisme victimaire". Elle écrit donc, à propos d'une étude qui donne 100% des femmes harcelées dans les transports : "une soixantaine de personnes seulement ont été interrogées"

FAUX.
Non, le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh), qui indique au printemps 2015 que "100% des utilisatrices des transports en commun ont été victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement sexiste ou agressions sexuelles" ne s'est pas appuyé sur le témoignage de 60 femmes... mais de 600. Un chiffre dont il est par ailleurs facile de retrouver la trace dans le document officiel :

Alors d'où viennent ces "60 questionnaires" évoqués par Eugénie Bastié ? D'un article du site alternatif Contrepoints , dans lequel Benoît Rittaud, professeur de mathématiques et présenté dans la presse comme un climato-sceptique, affirme, après en avoir posé la question à l'institution, que "ce chiffre est issu de la consultation d'une soixantaine de questionnaires".

Un chiffre inexact

Pour en avoir le cœur net, nous avons, nous aussi, demandé des comptes au HECfh. Voici ce qu'une porte-parole nous répond : "A l'époque, nous avions répondu à ce monsieur que 'seule une étude exploratoire, menée par l'Observatoire de la Délinquance dans les transports (ONDT), avait posé les jalons du phénomène, sans pouvoir donner une idée de l'ampleur, car elle portait sur 60 femmes en Ile de France'. Mais si nous avons cité cette enquête dans notre Avis, elle n'est pas à la base du pourcentage que nous avons mis en avant. Ce chiffre, nous l'avons bel et bien obtenu auprès de 600 femmes, lors de deux consultations différentes."

Contacté, Benoît Rittaud confirme avoir reçu cette réponse, mais poursuit : "Qu'il soit de 60 ou de 600, il y a un biais dans l'échantillon, qui a été consulté lors de réunions sur ces thématiques". Quant au HCEfh, il répète de son côté ne pas avoir eu l'ambition de publier "une enquête ou un sondage" et en appelle plutôt à "une véritable enquête de victimation". En attendant, Eugénie Bastié a repris dans son livre un chiffre qui s'avère inexact.

EN SAVOIR +   >>   100% des femmes harcelées dans les transports : un plan en bonne voie

► Pour l'auteure, fécondations naturelle et artificielle pourraient un jour être au même niveau. Ce qui, selon elle, "aurait des conséquences dévastatrices". Elle assure ainsi : "En France, pour l’heure, la vitrification d’ovocytes est autorisée seulement en cas d’infertilité. Son coût élevé, d’environ 20.000 euros, constitue une barrière supplémentaire."

FAUX.
Prenons une femme française qui souhaite faire congeler ses ovocytes. Première option : elle est infertile à cause d’un traitement médical, ou donneuse d’ovocytes. La loi l’autorise à effectuer l’opération en France. Pour cela, elle ne déboursera pas un centime : la procédure est prise en charge à 100% par la Sécurité sociale.

Deuxième option : elle n’est pas malade, mais veut procéder à une vitrification pour donner naissance à un enfant plus tardivement. Elle se rend en Espagne, en Belgique, en Allemagne ou encore en Suisse, où la congélation d’ovocytes est légale. Le prix, bien sûr, varie en fonction des pays et des cliniques. Les professeurs consultés par metronews indiquent une fourchette allant de 2000 à 8000 euros. Et non pas 20.000 euros, comme l'indique Eugénie Bastié dans son livre.

20.000 euros ou 20.000 dollars ?

A titre d’exemple, metronews a appelé la clinique espagnole Eugin, spécialisée dans la congélation d’ovocytes, afin de leur demander leurs tarifs. Voici leur réponse : "Le premier rendez-vous, la congélation et la conservation des ovocytes pendant 4 ans coûte 2050 euros. A cela, il faut ajouter 800 euros environ de traitement par médicaments, et le coût des examens en France, comme des analyses de sang et un frottis."

Aux Etats-Unis, il est vrai, les prix sont nettement plus élevés, la congélation pouvant atteindre 10.000 dollars. Une somme à laquelle il faut ajouter en moyenne 500 dollars par an pour la conservation. C’est pourquoi, en octobre 2014, Facebook et Apple se sont dit prêts à financer à hauteur de... 20.000 dollars leurs employées qui voudraient avoir recours à cette procédure. Un chiffre source de confusion chez l'auteure ? Contactée mardi 26 avril, Eugénie Bastié n'a pas encore répondu, par téléphone, à nos sollicitations.

Sur le même sujet

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent