Harcèlement sexuel et sexisme à l’Unef : le syndicat étudiant à son tour dans le viseur

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ACCUSATIONS - L’Union nationale des étudiants de France (Unef) est dans dans la tourmente ce vendredi après la publication d’un article du "Monde" sur les pratiques sexistes qui séviraient au sein de l’organisation.

Les révélations se succèdent. Après le Mouvement des jeunes socialistes (MJS), mis en cause par une enquête de Libération portant sur des cas d’agressions et de harcèlement sexuels, et au lendemain de comportements inappropriés signalés à l'école 42 fondée par Xavier Niel, c’est au tour de l’Union nationale des étudiants de France (Unef) de se retrouver dans la tourmente. Nos confrères du Monde publient en effet ce vendredi un article sur le sexisme qui sévirait au sein de l’organisation. Selon le journal du soir, les accusations contre le MJS auraient agi "comme une déflagration" dans les rangs du syndicat. 

"Des faits ont été couverts, bien sûr", raconte Annaïg, ancienne cadre du bureau national de l’Unef, dans un texte posté sur Facebook retranscrit par Le Monde. "Mais cela allait au-delà. L’organisation générait ces faits. Parce qu’à mon époque, l’Unef était une organisation patriarcale, sexiste et ayant un sérieux problème avec ce qui touchait aux relations amoureuses en général et à la sexualité en particulier", souligne la jeune femme, précisant qu’elle "n’a jamais été victime".

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"Castorisation"

Preuve que les langues se délient, une boîte mail spécifique a été ouverte – balancetonporcalunef@gmail.com – dans la foulée des rebondissements des dernières semaines afin de recueillir les témoignages d’éventuelles victimes. "Quand tu étais une femme, tu étais soit une épouse, soit une sœur, soit une putain", poursuit Annaïg, comme pour témoigner de l’apparente brutalité machiste sévissant à l’Unef. "Suis-je la seule à avoir assisté à des discussions où des mecs expliquaient sans complexe, sans filtre et avec fierté de coq, pratiquer le 'sex by surprise' avec leurs partenaires ?", s’interroge-t-elle. "Suis-je la seule à savoir que ces 'partenaires' étaient souvent dans une relation de domination liée à la position du monsieur dans l’organisation ? (…) Suis-je la seule à savoir ce qu’est un castor à l’Unef ?"

"Aucune [militante] n’a échappé à la violence sexiste de l’organisation"- Une ex-syndiquée de l'Unef

Comme l’écrit Le Monde, un 'castor' qualifie celui qui s’adonne à une pratique décrite par un terme aussi peu compréhensible pour les non-initiés que trivial et dégradant pour ceux et celles qui savent : la "castorisation". Une expression, détaille le quotidien, qui signifie "construire le syndicat à coups de queue", en référence à la manière dont un castor construit son barrage. "Après un rapport sexuel avec une 'camarade', tel militant se vante alors de l’avoir 'castorisée'." Selon Raphaëlle Rémy-Leleu, une autre ex-syndiquée de l’Unef dont le quotidien publie le témoignage, "aucune [militante] n’a échappé à la violence sexiste de l’organisation".

Culture du sexisme

Assurant que certaines femmes ont été contraintes d’avorter tandis que d’autres subissaient des pressions voire des menaces pour se taire, Annaïg s’attaque aussi à son ancienne hiérarchie : "Suis-je la seule à avoir été provoquée par un haut responsable de l’organisation qui savait que je vomissais ses pratiques ? (Pour moi, ce fut cette fois où il caressa publiquement l’entrejambe d’une camarade sans lui demander son avis en me disant, l’œil lubrique : 'Ça te choque hein ?')" Membre du syndicat entre 2007 et 2010, au moment des mandats de Jean-Baptiste Prévost, d’Emmanuel Zemmour et de William Martinet, la jeune femme se garde de dénoncer quiconque nommément. 

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Ce qui n’a pas empêché ses anciens "chefs" de réagir. "L’organisation n’est sans doute pas exempte de reproches", a seulement reconnu Jean-Baptiste Prévost, toujours auprès du Monde. Plus prolixe, William Martinet, qui a engagé plusieurs chantiers sur le sujet au cours de sa mandature, confie avoir "constaté une culture militante viriliste qui favorisait les actes sexistes" dès le début de son engagement à l’Unef en 2008. Aujourd’hui partisan des Insoumis, le jeune homme se veut optimiste. "Il a fallu plusieurs années de bataille interne pour faire bouger les lignes. Les femmes du syndicat en étaient le principal moteur. Les mesures contre le sexisme prises pendant mon mandat en sont le résultat. (…)Sans nier les violences sexistes qui ont pu exister encore récemment, je crois que l’Unef est aujourd’hui une organisation qui n’a pas à rougir de son combat féministe."

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