Harcèlement sexuel : "Ne pas confisquer la parole" et autres conseils pour vous, messieurs, qui voulez agir

Harcèlement sexuel : "Ne pas confisquer la parole" et autres conseils pour vous, messieurs, qui voulez agir

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PETITS CONSEILS ENTRE AMIS - Le quotidien "Le Parisien" a choisi ce mercredi de montrer plusieurs "hommes qui s'engagent contre le harcèlement sexuel" en une. Preuve que, vous êtes nombreux, messieurs, à vous interroger sur votre place et sur votre rôle en marge des scandales comme l'affaire Weinstein et le hashtag #balancetonporc. Voici quelques conseils :

C'est un choix éditorial qui a fait parler. Ce mercredi 25 octobre, Le Parisien a consacré sa Une du jour à ces hommes qui "s'engagent contre le harcèlement sexuel". Julien Clerc, Michel Cymes, David Pujadas ou encore Christian Estrosi se montrent ainsi, dans les pages intérieures du journal, "solidaires de la libération de la parole des femmes". Une exposition justifiée notamment par le fait que, en marge du scandale Weinstein, "la parole des hommes" soit une "grande absente".


Si la Secrétaire d'Etat en charge de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a salué l'initiative sur Twitter d'un "Enfin ! Tous concernés !", cette même Une a également suscité de nombreuses critiques. La militante féministe Caroline de Haas estime par exemple que certaines personnalités ainsi citées ne sont pas des grands défenseurs, en général, des droits des femmes. 

Dans ce débat en tout cas, une chose est sûre : la place des hommes, au coeur d'un processus de libération de la parole des femmes, ne laisse pas indifférent. Avec Laure Salmona, spécialiste des violences sexistes et sexuelles et auteure, pour l'association Mémoire traumatique et victimologie du livre "Impact des violences sexuelles de l'enfance à l'âge adulte", et Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d'Osez le Féminisme, nous avons concocté quelques conseils à l'adresse de ces messieurs, pour y voir plus clair. 

Ne pas violer, agresser, harceler...


C'est la base, mais ce n'est jamais inutile de le rappeler. C'est en tout cas ce que conseille d'emblée Laure Salmona : "C'est le B-A BA, mais il faut le répéter." D'autant que l'apparition sur les réseaux sociaux, à la suite de #balancetonporc, du hashtag #Ivedonethat ("J'ai fait ça"), l'a interpellée. "On a vu alors des hommes en féliciter d'autres pour avoir osé raconter une agression qu'ils auraient commise... Mais dans quel monde on vit pour dire bravo publiquement à un agresseur ?" s'indigne-t-elle. "Cela fait aussi partie de la 'culture du viol' de dire que certains hommes auraient agressé sans le savoir, sans s'en rendre compte, parce qu'il y avait de l'alcool en jeu ou parce que la victime aurait envoyé les mauvais signaux. Dire qu'on ne s'est pas rendu compte (et se confesser ensuite), c'est se trouver des excuses."

Ne pas prendre la parole à la place des premières concernées (les femmes)


Lorsque sont évoqués les sujets de harcèlement et d'agressions, des moments libérateurs de la parole des femmes victimes, Laure Salmona conseille : "Il faut faire attention à ne pas confisquer la parole aux premières concernées." En d'autres termes, à ne pas parler à la place des femmes. Raphaëlle Rémy-Leleu a notamment vu "fleurir des tribunes d'hommes dans la presse, pile au moment où le sujet des agressions sexuelles et du mouvement #balancetonporc étaient en passe de s'interroger sur des débouchés politiques." "Dès qu'on embraye sur de l'analyse, sur du politique, ça devient un truc de mecs", ajoute-t-elle. 

En clair, quand il s'agit d'un sujet vécu par des femmes, pourquoi ne pas essayer d'écouter, sans commenter ? 

Eduquer vos fils


Interviewée précédemment au sujet de la "culture du viol" - cet ensemble de représentations qui organise un déni autour des violences sexuelles - la sociologue Alice Debauche évoquait auprès de LCI la solution "primordiale de l'éducation". Les féministes Laure Salmona et Raphaëlle Rémy-Leleu ajoutent même : "L'éducation des jeunes garçons". Pour Laure Salmona, "il est important, au lieu d'éduquer les filles à faire attention pour ne pas être agressée,  d'éduquer les garçons à ne pas devenir de potentiels agresseurs." Et surtout, n'hésitez pas, pères, à montrer l'exemple. "Car les enfants reproduisent moins ce qu'on leur dit que ce qu'ils voient", ajoute-t-elle.

En vidéo

LA CULTURE DU VIOL, C'EST QUOI ?

Intervenir en cas de remarques ou d'agressions sexistes 


Dans l'affaire Weinstein, remarque Raphaëlle Rémy-Leleu, on a beaucoup parlé "de ceux qui savaient". Mais, plus rarement on employe les termes de "non-assistance à personne en danger" pour désigner les témoins directs d'une agression sexuelle. "Ne pas réagir face à une agression, c'est grave et c'est puni par la loi" reprend-t-elle. Et Laure Salmona de préciser : "S'engager à dénoncer ces faits et à s'opposer aux défenseurs des agresseurs, c'est un devoir citoyen, plus qu'une obligation à jouer le chevalier blanc."

Mettre la main au portefeuille


"Il ne faut pas que ça devienne uniquement un combat de femmes" : voilà une phrase lue et entendue à de nombreuses reprises en marge du scandale Weinstein. Des solutions existent bel et bien pour mettre fin à l'omerta : notamment celle de faire des dons aux associations qui oeuvrent contre les violences faites aux femmes. 


"Au moment de la Women's march, suite à l'élection de Donald Trump, les dons ont explosé chez Osez le Féminisme", nous confie la porte-parole du collectif. "Ce mois-ci, avec l'affaire Weinstein, nous en avons reçus quelques-uns, mais plein d'autres associations comme le collectif contre le viol, par exemple, sont dans le besoin."

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