Hébergement des migrants : les structures d'accueil sont-elles "saturées", comme l'indique Alexis Corbière ?

Hébergement des migrants : les structures d'accueil sont-elles "saturées", comme l'indique Alexis Corbière ?

IMPUISSANCE - Le député de la France insoumise a réagi sur LCI à la manifestation qui s'est déroulée lundi soir en soutien aux migrants, et pointé du doigt des capacités d'hébergement insuffisantes. Un constat que les acteurs associatifs confirment et regrettent.

Les images de migrants délogés de la Place de la République à Paris lundi soir ont été largement partagées, pouvant parfois choquer par leur violence. Des scènes qui ont poussé le ministre de l'Intérieur à annoncer ce mardi la saisine de l'IGPN. Invité d'Adrien Gindre dans la matinale de LCI, le député LFI Alexis Corbière a déploré l'usage de la force et a tenu a dépeint une situation critique, faute de solutions d'hébergement.

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"Tout est saturé aujourd'hui, il n'y a pas de centre d'hébergement de l'État", a-t-il déploré. "Ce sont des associations qui font le boulot et qui sont saturées." Il déplore ainsi qu'aient été délogées des personnes "sans réelle solution". Un constat sévère, que les associations mobilisées toute l'année sur le terrain dressent également, dans un contexte de hausse massive des demandes d'asile ces dernières années. 

Une mission que l'État ne parvient plus à assurer

Nous trouvons-nous dans une situation critique, comme le regrette Alexis Corbière ? Oui, en Île-de-France notamment, comme le soulignait un rapport commandité par la direction Régionale et interdépartementale de l'hébergement et du logement et paru en 2019. Il s'agit ainsi d'un "territoire qui cristallise particulièrement cette problématique", avec un "dysfonctionnement" notable : "Le manque de places au sein du dispositif National d’Accueil (DNA)" des demandeurs d’asile et des réfugiés. 

Ce DNA "est totalement saturé depuis de nombreuses années", fait remarquer la directrice générale de France terre d'asile, Delphine Rouilleault. "Environ un demandeur d'asile sur 2 ne se voit pas proposer d'hébergement", ajoute-t-elle, soulignant que la France n'assume pas cette mission, "qui est pourtant dans la loi, dans la Convention de Genève". Parmi les migrants rassemblés puis chassés sur la Place de la République, lundi soir, elle confirme qu'on compte des demandeurs d'asile, censés bénéficier d'une protection de la part de l'État. 

"Le retard pris depuis des mois pour faire sortir les réfugiés du DNA vers le logement limite le nombre de places offertes aux demandeurs d’asile", expliquait il y a peu au Monde Didier Leschi, directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Le quotidien soulignait que "l’hébergement d’urgence classique est lui aussi saturé", et que dans ce contexte, "les campements se reconstituent, inexorablement". Rien qu'à Paris, au moins 1526 migrants, et sans doute plus de 3000 vivent à la rue, alertait l'an passé France terre d'Asile.

À l'échelle nationale, la situation n'est guère plus reluisante. "En gros en France, il y a 98.000 places d'hébergement pour les demandeurs d'asile, et 150.000 places d'hébergement d'urgence généraliste", note Gerard Sadik, responsable national de la thématique asile pour la Cimade. "Vous avez sur ces 98.000 places les trois quarts qui sont occupées par des demandeurs d'asile, et vous avez officiellement – c'est un chiffre de septembre –, 154.000 demandeurs d'asile en instance." 

La France, explique-t-il, à défaut de pouvoir assurer cet hébergement, "donne un complément d'allocation". 7,40 euros qui viennent s'ajouter à ce que l'on nomme l'allocation pour demandeur d'asile (ADA). Soit au total, 14,20 euros par jour et par adulte. Un montant qui ne permet évidemment pas de se loger, a fortiori en Île-de-France.

Une situation très tendue

Si l'État s'appuie en grande partie sur le travail des associations, il est aujourd'hui à la peine. En dix ans, le nombre de places d’hébergement dédiées aux demandeurs d’asile a pourtant été quasiment été multiplié par trois. Cela étant dit, le contexte est délicat, puisque comme le souligne la DRIHL d'Île-de-France, "il y a une augmentation quasi-constante de la demande d’asile depuis 2008-2009, avec une accélération de l’augmentation depuis 2015. Contrairement aux chiffres de l’UE, l’année 2017 n’a pas montré de diminution par rapport à un pic atteint en Europe en 2015-2016. L’année 2018 a également confirmé cette tendance à la hausse pour la France", poursuivie en 2019.

Néanmoins, et malgré des investissements, en hausse, les efforts semblent aujourd'hui insuffisants. Le rapporteur de la Commission des lois du Sénat a examiné les crédits alloués par le projet de loi de finances pour 2020 à la mission "Immigration, asile et intégration" et estimé que, "malgré sa progression (+ 4,5% en autorisations d'engagement et de + 7,7% en crédits de paiement), le budget de cette mission présentait de trop nombreuses incohérences et n'était pas à la hauteur du défi migratoire". 

Un constat assez sévère, puisque "relevant que le Gouvernement prévoit contre toute logique une stabilisation de la demande d'asile à partir de 2020, le rapporteur a émis de sérieuses réserves sur la sincérité de la programmation budgétaire et déploré le sous-financement prévisible de plusieurs programmes clés : en particulier, les crédits prévus pour financer le versement de l'aide aux demandeurs d'asile (ADA) en 2020 devraient être inférieurs aux montants effectivement versés en 2019."

Le Gouvernement, en marge des incidents qui ont éclaté lundi soir à Paris, a pris la parole et répondu via un communiqué. Il indique qu'il "s’engage via le Projet de loi de finances 2021 avec un budget en hausse". Par ailleurs, "Marlène Schiappa et Emmanuelle Wargon rappellent que 10.000 places ont été créées depuis le 17 octobre et indiquent que 4.500 places supplémentaires pour les demandeurs d’asile seront financées par le gouvernement en 2021"

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