Depuis janvier, nos horloges retardent de six minutes... et c’est dû à un conflit énergétique avec le Kosovo !

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INSOLITE - Certaines horloges connectées au réseau électrique accusent depuis janvier du retard. Savez-vous pourquoi ? On vous explique.

Vous aviez pourtant mis votre réveil bien à l’heure. Il a sonné. Vous l'avez entendu. Vous vous êtes levés dans les temps, préparé, comme d’habitude. Et pourtant, (damned !), vous avez réussi à être en retard. Six minutes de retard. Vous aviez pourtant surveillé l’heure. Inexplicable ? Peut-être pas tant que ça. 


Il se peut que votre horloge, connectée au réseau électrique, accumule depuis le mois de janvier, seconde après seconde, minute après minute, un peu de retard. Chaque jour un peu plus. Alors non, votre appareil n’est pas pour autant à jeter, et sa fiabilité n’est sans doute pas en cause. Le problème vient plutôt du réseau électrique sur lequel est branché votre réveil ou l’horloge de votre four ou de votre frigo. Accrochez-vous, on vous explique.

La fréquence a baissé

Les horloges des appareils électriques se basent sur une fréquence de 50 Hertz pour fonctionner correctement. Cette fréquence est la même dans tous les pays européens, et envoie donc 50 impulsions chaque seconde dans le réseau. Les horloges et l’heure qu’elles affichent sont calées sur cette impulsion. Tous les pays européens sont au même régime, et il existe une grande zone synchronisée, s’étendant de la péninsule ibérique à la Turquie, et de la Pologne aux Pays-Bas, au sein de laquelle tous les pays s’engagent à fournir de l’électricité dans ce réseau électrique interconnecté.  


Sauf que depuis quelques semaines, la puissance fournie en électricité au sein de cette zone, et donc la fréquence, a baissé. C’est ce qu’explique l’ENTSO-E (European network of transmission system operators for electricity, organisme qui regroupe les fournisseurs d’électricité de 25 pays) dans un communiqué publié mardi : "Le système d'alimentation d'Europe continentale (CE) connaît un écart de fréquence du système continu de la valeur moyenne de 50 Hz, et ce depuis la mi-janvier 2018", explique l’association, qui a pour mission de veiller à l’équilibre énergétique entre l’offre et la demande en électricité. 

Et le coupable est...

Et l’équilibre n’y est plus. "Les écarts de puissance ont entraîné une légère diminution de la moyenne des fréquences électriques", note l'association, selon qui "l'énergie manquante s'élève actuellement à 113 GWh." En gros, en moyenne, la fréquence est de 49,996 au lieu de 50.  Une différence très faible, mais qui, goutte après goutte, a un impact évident : "La diminution de la fréquence moyenne affecte également les horloges électriques qui sont dirigées par la fréquence du système d'alimentation et non par un cristal de quartz", estime l'ENTSO-E. "Elles montrent actuellement un retard de près de six minutes."


D’où vient alors cette baisse de fréquence ? D'un pays, ou d'une zone qui envoie moins d'électricité. L’autorité est formelle dans son communiqué : ces écarts de puissance "proviennent de la zone de contrôle appelée Serbie, Macédoine, Monténégro et plus précisément du Kosovo et de la Serbie." En clair, ENTSO-E accuse le Kosovo et la Serbie de baisser la production d’électricité qu’ils doivent pourtant envoyer dans le réseau européen, pour participer à l’équilibre énergétique de la zone. 

Remettre les pendules à l'heure

Selon le Parisien, qui raconte l’histoire ce mercredi, le Kosovo et la Serbie se sont en fait lancés dans une guerre diplomatique. L’objectif est de faire pression pour rejoindre plus officiellement "le club des pays formant ce 'réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité', très influent à Bruxelles sur les directives et décisions européennes." Plus précisément, d'après le journal local, dans cette question où entrent en jeu des considérations politiques et stratégiques, le Kosovo a choisi de produire moins d’électricité. Sauf que normalement, la Serbie doit pallier en fournissant plus, car elle est responsable de l’équilibre énergétique de la zone des Balkans. Mais les deux pays étant opposés politiquement, le second refuse d’aider le premier. Et les autres nations uropéennes ne veulent pas produire plus – et donc payer plus – pour combler le manque.


L'ENTSO-E assure explorer "toutes les options techniques pour résoudre le problème" avec les pays  concernés. Elle exhorte également les "gouvernements et les décideurs politiques européens et nationaux à agir rapidement". Pour que tout revienne à la normale au niveau de votre réveil, il faudra, lorsque la crise sera réglée, que les pays s’entendent pour augmenter légèrement la fréquence électrique du réseau. Et il ne restera plus qu’à remettre les pendules à l’heure.

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