"Hier, j'ai sauté dans le vide" : né sous X, il lance un vibrant appel pour retrouver sa mère biologique

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APPEL A TEMOINS - Julien Chaumet, 26 ans, est né sous X à Bordeaux. Il a été adopté, il est aujourd'hui marié. Sauf qu'il lui "manquait une pièce à son puzzle" : retrouver la trace de sa mère biologique. Lundi, il a posté un appel, sur Facebook, pour la retrouver. Son vibrant message a touché : plus de 40 000 internautes ont déjà fait tourner sa requête.

"Hier j'ai sauté. Cela fait 26 ans que je suis au bord de la falaise, à fixer le vide et à rester là, tétanisé... Hier j'ai sauté dans le vide." Julien a 26 ans, il est né le 30 janvier 1990, aux alentours de 23h40, à l'hôpital Pellegrin à Bordeaux. Julien est né sous X. Il a été adopté, il est aujourd'hui marié. Une vie toute tracée en apparence. Sauf qu'il cache une déchirure, profonde : celle de retrouver la trace de ses parents biologiques.

Et lundi, Julien a "sauté" le pas. Il a publié sur son compte Facebook un long message, vibrant appel à cette mère qu'il recherche, et aux internautes pour faire tourner son appel. "26 ans que j'ai ce gouffre en face de moi, mais que mon seul rêve et mon seul but dans la vie est d'y faire face afin de rejoindre l'autre côté. Je sais pas, il a l'air doux l'autre côté", écrit-il. 

Dans son texte, Julien raconte la douleur de ne pas savoir. Et cette quête insatiable. Les seules traces de ses parents sont dans son dossier médical. Un papier, que le Conseil général lui a donné quand il avait 16 ans : "Il est écrit que tu mesurais environ 1m57, que tu étais une algérienne avec des traits maghrébins très prononcés", écrit Julien. "Tu avais environ 19 ans et apparemment cela ne faisait pas longtemps que tu venais d'arriver en France mais ça n'est pas sûr. Tu étais là septième d'une fratrie. Mon père, tel que tu le décris, avait environ 21 ans, il était veilleur de nuit en grandes surfaces et était Brésilien. Je n'en sais pas plus sur vous deux. C'est tout ce que je possède de mes racines."


En lançant son appel, Julien a donc "sauté". "Aujourd'hui je vous recherche activement, ou toi du moins, maman... Je ne te recherche pas pour faire irruption dans ta vie et rattraper le temps perdu, je te recherche pour enfin mettre un visage sur cet immense point d'interrogation. Je te recherche ainsi le cœur léger et rempli de tendresse à ton égard. Je ne te connais pas et pourtant tu me manques terriblement. C'est une immense épine plantée dans le coeur que toi seule a le pouvoir de retirer."

"Les messages affluaient de partout !"

Pourtant, Julien le confesse, il a des parents adoptifs "qui m'aiment "d'un amour inconditionnel" : "Tu verrais comme ils m'ont élevé tu serais fière", écrit-il. "Fière que le destin les ait choisis eux. Ils sont adorables ! Vraiment ... Ils ont mis tant d'années à compléter ce puzzle que je suis. Ils y ont mis tout leur amour, toutes leurs forces." Mais dans ce "puzzle", il manque une pièce. Une "pièce clef", celle de sa mère biologique. Alors sur le réseau social, Julien a lancé un vibrant appel : "Ouvre la porte ne serait-ce qu'une fois...ça fait 26 ans que je meurs d'impatience de voir ce qu'il y a derrière. Tu m'as donné le plus beau des cadeaux. La vie. Je veux juste te voir en face de moi pour pouvoir te remercier."

L'appel de Julien a voyagé. D'abord partagé par ses amis. Puis par les amis de ses amis. Et puis les cercles plus lointains. En trois jours, le message a été partagé près de 50.000 fois. Recueilli aussi des dizaines de témoignages, de commentaires, parfois d'enfants nés eux aussi sous X, ou d'auxiliaires de puériculture. A metronews, nous avons essayé de contacter Julien, sans succès. Mais, dans un nouveau post publié mercredi sur sa page, il raconte la suite. Le tourbillon qui l'a emporté. "Une heure à peine après avoir partagé la publication… Vous étiez déjà plus de 1 000 à l'avoir partagé... J'ai eu un vertige", écrit-il.

"Les messages affluaient de partout ! Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Algérie, Maroc et j'en passe !" Il l'avoue, il s'est senti dépassé. "J'étais figé devant mon écran voyant le nombre de partages et de messages augmenter de minute en minute... Totalement submergé, j'ai tenté en vain de m'endormir." Il explique encore avoir été contacté par la télévision, les médias, la presse. Mais a choisi pour l'instant de garder le reste de son histoire pour lui.

Mais, grâce aux réseaux sociaux, sa quête avance. Il a trouvé de nouveaux morceaux du puzzle qu'il cherche à assembler. "Beaucoup de personnes détenant des informations essentielles dans mes recherches se sont manifestées", raconte Julien. "J'ai reçu un message par exemple d'une femme qui m'a tenu dans ses bras quand je suis né. Qui me raconte beaucoup de choses que jusqu'à présent j'ignorais totalement;" Alors il finit là dessus:  "Merci, du fond du coeur ! Vous êtes tous de grands malades !"

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