Hommage à Malik Oussekine : 30 ans après, Sarah, sa sœur, est toujours "partagée entre colère et tristesse"

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ÉMOTION – Il y a trente ans jour pour jour, Malik Oussekine était matraqué à mort par des policiers après une manifestation étudiante. Ce mardi, sa sœur Sarah, accompagnée de la maire de Paris Anne Hidalgo, est venue lui rendre hommage devant l'immeuble où il a été tué. LCI a pu recueillir ses propos.

La colère ne l’a pas quittée depuis trente ans. Sarah Nassera, visage souriant malgré tout, est installée devant le 20, rue Monsieur le Prince à Paris. Ce mardi matin, elle est venue pour rendre hommage à son frère, Malik Oussekine, matraqué à mort par des policiers dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986.


Devant l’immeuble où cet étudiant de 22 ans a trouvé la mort et dont la façade a été rénovée il y a peu, une cérémonie en hommage à sa mémoire était organisée par la ville de Paris. A 11h, la maire Anne Hidalgo, le sénateur David Assouline et Sarah Nassera ont déposé une gerbe devant la plaque commémorative installée en 2006 par Bertrand Delanoë, le prédécesseur d’Anne Hidalgo. Une minute de silence a été observée avant la clôture de la cérémonie, qui n’aura duré que cinq minutes.


La maire a ensuite échangé quelques mots avec la sœur de Malik sous les objectifs des caméras et des appareils photos avant de quitter les lieux. Après cet échange, durant lequel les deux femmes se sont étreintes, nous avons pu interroge Sarah Nassera, émue, mais  toujours en colère trente ans après la mort de son frère.

LCI : Comment vous sentez-vous aujourd'hui pour cette journée d'hommage à votre frère ?

Sarah Nassera : Je suis partagée entre la colère et la tristesse. Et cela fait 30 ans que ces deux sentiments s'entremêlent. Ce qui s'est passé a complètement chamboulé mon existence. Bien des choses ont été remises en cause.

LCI : En 1990, deux policiers ont été condamnés à deux et cinq ans de prison avec sursis. Comment avez-vous vécu cette décision à l’époque ?

Sarah Nassera : Tout d’abord, ils étaient trois à frapper Malik à mort. Mais seuls deux d'entre eux ont été jugés et condamnés. Mais finalement, avec ces peines, c'est comme si rien ne s'était passé. Ils continuent à vivre tranquillement dans leur petit pavillon de banlieue. Après le procès, j'ai fait une dépression nerveuse car je me disais qu’il n'y avait pas de justice.

LCI : Selon vous, la mort de Malik a-t-elle servi à quelque chose ?

Sarah Nassera : On honore sa mémoire, mais il est mort pour rien. Les violences policières continuent aujourd'hui. A l'époque, juste après son décès, on disait ‘plus jamais ça, plus jamais ça’. Sur le coup, c'était rassurant et apaisant. Mais on voit bien que cela continue trente ans plus tard. On l’a vu avec Rémi Fraisse (ndlr : le militant écologiste décédé en 2014 au barrage de Sivens lors d’affrontements avec des gendarmes). Je crois que si certains policiers se permettent de telles violences, c'est que, quelque part, ils se sentent légitimes de les commettre. Quand on entend la manière dont sont traités les jeunes par certains hommes et femmes politiques, il ne faut pas s'étonner de voir que ces violences se répercutent sur le terrain. Ils ont une très grosse responsabilité.

LCI : Pour vous, cet acte était-il raciste ?

Sarah Nassera : Oui. Je pense que c'était aussi un acte raciste. La rue était calme et les flics avaient l'intention de casser de l'arabe et des étudiants. C'est ce qui s'est dit au procès en tout cas. Je suis en colère car sa vie aurait pu se poursuivre tranquillement et cela n'aurait pas changé grand-chose pour celle des Français. C'était une personne qui avait une vie tranquille. Il voulait devenir prêtre jésuite et il avait toujours sa bible sur lui.

LCI : Qu’allez-vous faire une fois cette journée terminée ?

Sarah Nassera : Je vais continuer à militer contre le racisme et le sexisme, comme je le fait depuis des années. Je travaille dans une cité à Saint-Denis, au sein d’une association qui s'appelle Voix d’Elles Rebelles.

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Retour sur l'affaire Malik Oussekine

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