Hommage national : "Cet homme qui tournait le dos au Président m'a tout de suite intrigué"

Hommage national : "Cet homme qui tournait le dos au Président m'a tout de suite intrigué"

Société
DirectLCI
MAKING OF - Vendredi dernier, au cours de la cérémonie d'hommage national aux 130 victimes des attentats de Paris, organisée aux Invalides, un homme s'est levé et a tourné le dos à François Hollande avant de se boucher les oreilles, toujours dans la même position, pendant "La Marseillaise". Ces images ont été immortalisées par deux photographes, qui racontent leurs clichés à metronews.

Il y avait pas moins de 2000 personnes vendredi dernier dans la cour d'honneur des Invalides. Des policiers, des secouristes, des militaires, des politiques et bien sûr des familles, venues participer à l'hommage national rendu à leurs proches, assassinées le 13 novembre dernier lors des attentats survenus à Paris et à Saint-Denis.

Trois d'entre elles avaient indiqué qu'elles ne se rendraient pas à cette cérémonie considérant notamment que les politiques avaient une part de responsabilité dans la mort de leurs proches pour ne pas avoir agi plus tôt. Est-ce cela qu'a aussi voulu dire cet homme, dont l'attitude a été remarquée par plus d'une personne ? Les photographes Alain Guilhot et Gilles Bassignac ont immortalisé sa posture. Un de leurs clichés a été publié dimanche dans les colonnes du JDD . Il est depuis largement commenté.

EN SAVOIR +
>>
VIDÉOS - L'hommage en chanson aux victimes des attentats
>> "Beau", "émouvant" : le discours de Hollande pour les victimes des attentats a touché les suiveurs

Seul debout, et dos au chef de l'Etat

"Le jour de l'hommage, la presse n'avait pas accès à la cour d'honneur et devait s'installer au premier étage. Sur les trois coursives mises à disposition des médias pour assister à l'événement, nous avons choisi, la 'coursive Ouest', celle qui faisait face au Président pendant son discours, et celle qui serait derrière les élus, les policiers et les familles, raconte Alain Guilhot, ce lundi, à metronews. Il y avait beaucoup de contraintes pour les photographes : ne pas prendre en photo les proches, ne pas prendre en photo les portraits des victimes projetées sur l'écran géant... En plus de l'émotion, les conditions de travail n'étaient pas simples."

"C'était sa façon à lui de dire quelque chose, mais quoi ?"

Au final, Alain Guilhot a pris 300 photos dans l'enceinte des Invalides. Et, parmi tous ces clichés, celui de cet homme, en chapka, avec son foulard semblable à un keffieh et portant des vêtements de couleur sombre... "Il me fallait des photos des proches. J'ai d'abord fait des images pendant la reprise de la chanson de Brel, pendant la reprise de celle de Barbara et pendant la lecture des noms des victimes. Puis j'ai voulu voir comment les familles réagissaient au discours du Président. C'est là que j'ai aperçu cet homme, à contre-courant. On ne pouvait pas le rater, c'était le seul debout. Il m'a tout de suite intrigué. Au début je me suis dit : 'Peut-être qu'il a fait tomber quelque chose'. En fait non, il est resté comme ça debout, les bras croisés, dos à François Hollande pendant tout son discours… Puis après, pendant La Marseillaise, il s'est bouché les oreilles..."

Gilles Bassignac, dont la photo a été publiée dans le JDD, nous indique que c'est son confrère qui a vu l'individu en premier et qui le lui a montré. "C'était intrigant cet homme au visage à moitié caché entre son chapeau et son foulard. Vu la sécurité mise en place sur le site, il est certain qu'il a été repéré, mais personne parmi les forces de l'ordre, n'a bougé. Il n'y avait pas de quoi d'ailleurs. C'était sa façon à lui de dire quelque chose, mais quoi ?"

"Il est parti seul, et a allumé une cigarette"

Bloqués au premier étage pendant la sortie des invités, les deux photographes n'ont pu retrouver celui qui avait pris place dans leur objectif et dont ils ne sauraient donner un âge. Alain Guilhot pense que l'homme est plutôt jeune et qu'il est venu accompagné à la cérémonie. "Il y avait des places libres, s'il était seul, je pense qu'il se serait isolé." Gilles Bassignac, lui, l'a vu repartir seul, et allumer une cigarette. "J'aurais aimé le rattraper, mais je n'ai pas pu. Si j'avais pu, je serais resté sans arrêt sur lui, mais je ne pouvais pas, je devais bosser."

"Est-il contre la guerre ? Contre le Président ? Contre les paroles guerrières de la Marseillaise, l'Etat d'urgence… Je ne sais pas, je reconnais que la curiosité me pique. J'aimerais bien savoir pourquoi il a fait ça. C'est un homme triste, c'est sûr, endeuillé, mais qui a quelque chose de fort à dire", conclut Alain Guilhot. Contacté par metronews pour tenter d'en savoir plus, l'Elysée n'avait pas répondu en début de soirée à nos sollicitations.

A LIRE AUSSI >> Froid glacial et vive émotion aux Invalides pour la "génération Bataclan"

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter