Hommage populaire à Johnny Hallyday : "J'ai l'impression d'avoir perdu quelqu'un de ma famille"

REPORTAGE - Ce samedi 9 décembre, en ce jour d'hommage populaire à Johnny Hallyday, on s'est glissé dans la foule des Champs-Elysées. On a passé plusieurs heures avec les fans, les vrais, de l'idole des jeunes. Ils sont parfois venus de l'autre bout de la France pour lui rendre un dernier hommage. Récit.

8h30, ce samedi 9 décembre, jour de l'hommage populaire à Johnny Hallyday. Nous rejoignons l’avenue des Champs-Elysées où doit défiler le cortège funéraire du chanteur décédé mercredi, accompagné de plus de 700 bikers. Rapidement, nous croisons Jean-Jacques, un grand gaillard de 60 ans, le cheveu grisonnant et dru, les yeux aussi bleus que son idole. Maçon dans l’Oise,  il pose ce samedi matin face à l’Arc de Triomphe devant les photographes, un drapeau à l’effigie de Johnny Hallyday noué autour du cou, à la manière d’une cape. 


Il est sur place depuis 7 heures, l’avenue des Champs-Elysées est encore clairsemée, baignée de soleil. "J’ai l’impression d’avoir perdu quelqu’un de ma famille" nous confie-t-il. Quelques éclats de rire filtrent de sa conversation avec Corinne et Olivier, des amis d’Evreux, Alain et Aldo-Philippe, venus ensemble de Poissy. Devenus copains après avoir monté un site Internet dédié à Johnny Hallyday, ces derniers assurent : "Johnny n’est pas mort. Nous, c'est comme si on allait à un concert, on a envie de l’entendre chanter, de le voir danser." Mais Jean-Jacques ajoute et l’assure, malgré le léger esprit de fête qui flotte dans l’air, « il y a beaucoup de tristesse, aujourd"hui".

Je suis contente, tu sais pourquoi ? Personne ne pleureLoreena

Près de deux heures sont passées, la deuxième vague de fans arrive et les rangs derrière commencent à se remplir. Parmi eux, Loreena et Catherine, âgées respectivement de 24 et 60 ans. Elles sont collègues, auxiliaires de puériculture et viennent d’Ile de France. Si elles ne sont pas des admiratrices de la première heure, il était pour elles inenvisageable de ne pas être sur place. "Il a tellement donné, on doit être là aujourd'hui pour lui" nous explique Catherine. "Je suis admirative de son destin, j’ai l’impression de vivre un moment historique." 


Juste à côté d’elle sont arrivés Philippe, électricien, et une amie Aline, cantinière. Ils ont traversé la moitié de la France dans la journée d’hier, depuis Brive-la-Gaillarde. Cinq cent kilomètres pour dire un dernier au revoir à leur star, et, quelque part, à une partie de leur jeunesse. Pour tromper le froid et l’ennui, Philippe raconte ses souvenirs de concerts. Il en a vu cinq, surtout dans le sud de la France. Il a encore dans les oreilles le Johnny de 2006, au stade Chaban-Delmas : "C’était quelque chose". Et puis il y a les concerts au Stade de France, à Bercy, l'arrivée sur scène en hélicoptère en 1998... Jean-Jacques, Philippe et Catherine ne se connaissaient pas il y a encore une heure. A présent ils refont le monde, sortent les photos des enfants. 

10h30. On hésite à aller chercher un grand crème (ou "un demi") pour se réchauffer. Mais personne ne veut prendre le risque de perdre sa place, là, tout près de la barrière. Du coup, à la place, ça descend les paquets de cigarettes. Jean-Jacques se souvient, clope au bec, en désignant sa bague en forme de tête de mort au majeur – la même que Johnny : "Après un accident de travail, j’ai arrêté de mettre ma bague. Et puis mardi, j’ai retourné la maison pour la retrouver. J’ai eu un pressentiment, quoi." De son côté, Loreena glisse à sa collègue : "Je suis contente, tu sais pourquoi ? Personne ne pleure". Voilà qui ne saurait tarder. Bientôt, on entend des vrombissements. Ce sont ceux des premiers bikers qui attendent derrière le cortège funéraire, au loin.

Dernier rappel

Midi. Cortège noir, cercueil blanc. Quelques "Johnny Johnny" retentissent dans la foule au passage du corbillard. Et puis, il est déjà parti. A la place, un rugissement ininterrompu de moteurs. Place aux bikers, qui n'en finissent plus de défiler le long de la plus belle avenue du monde. Dans la fumée des moteurs et l'odeur d'essence entêtante, les yeux sont un peu humides. Dans la foule qui se disperse déjà, on sait reconnaître un dernier rappel. Jean-Jacques et les autres se mettent en marche, ils ont en tête de rejoindre à pieds la Madeleine, où se tient la messe en hommage au chanteur. Mais d'abord, prendre un café pour se réchauffer, entre nouveaux copains.

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Johnny Hallyday : l'immense "hommage populaire"

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