Sombreros ou sombres héros de la recherche d'emploi ? Manif à Paris des chômeurs énervés d'être stigmatisés

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AMERTUME - Une cinquantaine d'individus se sont réunis mercredi Place de la République à Paris contre le chômage et la précarité. Et dénoncent la stigmatisation dont ils sont sujets depuis les récentes annonces du gouvernement qui désire notamment renforcer le contrôle des inactifs.

"On va aux Bahamas !". Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées ce mercredi Place de la République à Paris pour dénoncer les mesures annoncées en début de semaine par le gouvernement  sur le contrôle des chômeurs. Certains arborent des sombreros multicolores, d'autres portent masques de plongée, tubas et palmes. Ce joyeux aréopage dirige ses pas vers une agence de voyage toute proche. Objectif affiché : acheter un billet d'avion direction une plage de cocotiers. Si le gouvernement pense qu'une partie des chômeurs en profite, autant lui donner raison. 



Mais derrière l'ironie, une colère. "Cela fait 30 ans que je fréquente l'ANPE puis Pôle emploi et je ne suis jamais parvenu à définir ce qu'est une offre raisonnable de travail. Les annonces d'Edouard Philippe ne sont que du bruit médiatique", lâche Jean-Luc, 65 ans, fraîchement retraité. Amer, il fustige les propos tenus ce mardi par Premier ministre Edouard Philippe, qui souhaite notamment renforcer les contrôles (cinq fois plus d'ici 2020)  afin de ramener les chômeurs vers l'emploi.

Une amertume partagée par Nathalie, la cinquantaine, permanente pour le Mouvement National des Chômeurs et Précaires  : "Les chômeurs sont des actifs privés d’emploi et non une sous-catégorie de la société. Nous en faisons entièrement partie". 


"Il ne faut pas faire culpabiliser les chômeurs", estime Philippe, 63 ans, ancien libraire désormais à la retraite. "Les vrais responsables, ce sont ceux qui délocalisent, licencient et précarisent. Rien ne sert de renforcer les contrôles de chômeurs. Il y a  300.000 offres d’emplois en France pour 6 millions de chômeurs. Alors les gens se découragent, forcément"[...] 

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La précarité, Pascal, 62 ans, s'en accommode depuis des décennies. "Je suis au chômage et je n’ai que des contrats de types CDIC, (CDI chantier) c’est-à-dire que je ne sais jamais combien de temps je vais travailler contrairement à un CDD", explique cet homme à l'accent du Nord. "Je ne me complais pas  dans cette situation au contraire, j'ai envie de travailler", soupire t-il un brin exaspéré. Tandis que les manifestants commencent à s'amasser aux abords d'une agence de voyage située Boulevard Saint-Martin (à deux pas de la place de la République), quelques badauds, intrigués par la scène, prennent des photos.  

"On est exaspérés, pas désespérés", souligne Malika Zediri, porte-parole de l'Association pour l'Emploi, l'information et la Solidarité des travailleurs chômeurs et précaires ( APEIS). "Précariser les salariés par la loi travail, les encadrer puis durcir les sanctions envers eux, ce n'est que faire une valse de réformes" estime la porte-parole.


"Comme un chômeur sur deux est indemnisé, avec les durcissements et les sanctions, il y en aura encore moins". "Ceci n’a que pour but de réduire les 50 millions d’euros de budget alloué à Pôle emploi pour 2018", poursuit-elle.

Une manière de procéder qui ne fait que "semer la zizanie" dans notre société selon Evelyne, 67 ans, ancienne économiste à la retraite. "Je déplore que le gouvernement cherche à  dresser les actifs et les chômeurs les uns contre les autres. Pour l’instant, manifester ne donne rien" glisse t-elle, tandis que les manifestants scandent "chômage, ras-le bol" devant une agence de voyage TUI. Avant de se disperser, certains se donnent rendez-vous à demain. Ils viendront grossir les rangs des manifestants, fonctionnaires et cheminots qui défileront dans les rues de Paris. 

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