A Saint-Tropez, les hélicos des riches vacanciers mettent riverains et touristes à bouts de nerfs

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CASSE-TÊTE - Depuis des années, chaque été, c’est la même chose dans le golfe de Saint-Tropez : les riches vacanciers affrètent des hélicoptères privés pour effectuer leurs trajets. En découlent des nuisances sonores difficiles à supporter pour les riverains. Oui, mais voilà : c'est aussi bon pour l'économie locale.

"C’est horrible. Intenable. Un va-et-vient incessant, pire que le métro." Ces habitants de Cavalaire-sur-Mer, petite commune du Var à 10 km de Saint-Tropez, n’en peuvent plus. Toute la journée, des hélicoptères survolent leur maison. Car ils sont pile-poil sur la trajectoire qui relie l’aéroport international de La Môle-Saint-Tropez à la côte. Un peu plus loin, c’est le même constat : "Vous vous rendez compte ? Quand vous avez un vol toutes les 7 minutes qui passe au-dessus de votre jardin, vous ne vous entendez même plus à table. Les enfants ne peuvent pas dormir", fulmine Jean-Claude Molho. Lui habite à Cogolin, entre Saint-Tropez et Sainte-Maxime. "Exactement dans la ligne de plusieurs survols d’hélicoptère, entre Saint-Tropez, et le port de plaisance" de la Marine de Cogolin, où sont amarrés les yachts.  Les hélicos entrent et sortent par ce tunnel, et se dispatchent ensuite sur les 12 hélistations qui quadrillent le golfe. 

Car le problème est là : tous les étés se remet en branle la valse des hélicos privés, qui convoient les riches clients des aéroports de Saint-Tropez, mais aussi Nice, Toulon, ou Monaco, à leur domicile, aux plages, à leurs yachts. Une jolie manne financière, entretenue par quatre sociétés privées de location d’hélicoptères. Mais qui fait fulminer, à chaque saison, les 2 millions de résidents, riverains à l’année et touristes installés dans le coin.

Parce qu’un hélico qui passe au-dessus de votre tête, ça fait du bruit. Beaucoup de bruit. "On subit plus de 100 mouvements chaque jour en été. C’est intenable, infernal", dit Jean-Claude Mohlo. "On nous dit que c’est un moindre mal, que ça dure deux mois et que c’est fini. Mais c’est faux, ça commence fin avril à Pâques, et ça se termine fin septembre avec les Voiles de Saint-Tropez... "

Troubles du sommeil, impact sur l'environnement...

Depuis 2006, il est à la tête de Halte hélico, une association de résidents qui, entourée par d’autres organisations environnementales, tente de juguler le problème. Car si cette valse constante occasionne des nuisances sonores, les opposants mettent aussi en avant des troubles sur la santé. Halte hélico dénonce des troubles du sommeil, des effets sur l’oreille interne, voire des troubles psychosomatiques à cause d'un système nerveux éreinté. Autre argument, l’impact écologique : ces vols incessants constitueraient une nuisance pour la faune et la flore, en effrayant les animaux et en contribuant à la pollution de l’air. Les associations disent ainsi constater un "impact sur le patrimoine, avec une dégradation du cadre de vie et une dévalorisation des biens immobiliers de l’ordre 20%". 

 A force de coups d’éclats, les riverains énervés se sont fait entendre. Et les autorités ont enclenché plusieurs avancées. Depuis 2009, la sous-préfecture de Draguignan prend ainsi des arrêtés sur les communes de Saint-Tropez, Ramatuelle, Gassin et Grimaud chaque été pour encadrer les vols. Ils sont ainsi interdits la nuit, limités en journée de 10 h à 13 h et de 16 h à 20 h. Le nombre de rotations quotidiennes est aussi limité sur chaque hélistation. Deux gendarmes de la GTA (Gendarmerie du transport aérien) sont chargés de surveiller tout ça. A aussi été créé un Observatoire réunissant les différentes parties, DGAC (direction de l'avication civile), collectivités territoriales, associations environnementales, compagnies d’hélicoptères, qui se réunit deux fois par mois en été et permet de confronter plaintes et constatations. 

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Le projet d'une barge en mer

"Ces mesures limitent un peu les dégâts", confesse Jean-Claude Molho. Le problème est donc circonscrit. Mais toujours bien présent. D’abord parce qu’il existe, à côté des 12 hélistations dites "responsables", une quarantaine d’hélisurfaces privées, qui, elles, n’en font qu’à leur tête. Avec peu de garde-fous. "Deux gendarmes pour surveiller 90 km2 de golfe !", peste Jean-Claude Molho. "Ils font ce qu’ils peuvent, mais ce n’est pas suffisant. On demande le double depuis des années." L’infraction, une amende de 38 euros, n’est pas non plus franchement dissuasive. Surtout, l’association pointe un autre problème : la grosse tendance des hélicoptères à passer en rase-motte. "Le problème, est qu’en terme d’altitude, il n’y a pas de règle de la DGAC, juste une recommandation qui est de ne pas descendre sous 2.200 pieds. Du coup, les pilotes font ce qu’ils veulent." Et donc, pourquoi se refuser le plaisir d’un petit vol à basse altitude pour montrer aux clients la beauté de l’endroit... 

Pendant longtemps, l’association, qui se bat chaque année à coup de recours, d’alertes, de communiqués, de lettres au ministère et aux maires locaux, pensait avoir trouvé une vraie solution : une hélistation installée sur une barge en mer, qui aurait permis de délocaliser le trafic et les nuisances. Des études de faisabilité avaient été faites, le projet chiffré, le sous-préfet avait informé que l’Etat était d’accord. Mais en janvier dernier, les maires des différentes agglomérations, réunis au sein de la Communauté de communes, ont enterré ce projet lancé depuis 7 ans.

Quel compromis ?

Car les maires des communes les plus concernés sont eux aussi pris entre deux feux, la tranquillité, et le développement du tourisme et de l'actvité économique de la presqu'île. Parce que oui, ça fait du bruit, n'empêche que ces riches touristes, ce serait dommage de les faire partir en ne leur facilitant pas le trajet... Dans une interview réalisée en 2010, le maire de Saint-Tropez, Jean-Pierre Tuveri, estimait ainsi que les hélicoptères étaient indispensables "compte tenu d’une certaine clientèle haut de gamme et à fort pouvoir d’achat qui fréquente la presqu’île et qui utilise fréquemment ce mode de déplacement".  Il défendait ainsi l’idée d’un "équilibre", qu'il reconnaissait  "difficile à réaliser entre des intérêts divergents (maintien et développement de l’activité économique, sécurité et tranquillité)." Entre tout ça, le sous-préfet du Var, pris entre les sociétés d’hélicos et les pressions des riverains, doit concilier les parties. Pas facile. 

Reste qu’avec le rejet du projet de station en mer, les solutions au problème se réduisent drastiquement. "Il n’y a que trois possibilités", résumait Vincent Morisse, président de la Communauté de communes, dans Var Matin en février dernier :  "Soit on reste sur un statu-quo ; soit on interdit tout hélicoptère dans le Golfe, ce qui semble irréalisable ; soit on trouve une solution alternative, un bon compromis."

En face, Jean-Claude Molho est découragé. "On ne sait plus par quel bout le prendre." Prochaine échéance : une réunion de l’Observatoire le 25 juillet. "On verra s’ils acceptent un compromis, de diluer les mouvements sur certains héliports, et faire en sorte que la règlementation soit respectée, relever les contraventions, mettre des contraintes sur les survols... Mais les gens en ont ras-le-bol. Si ça continue comme ça, il est à craindre que certains opposants un peu ayatollah ne fassent un coup d’éclat".

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