"Ils disent que notre coq dérange leur sieste !" : sur l’île d’Oléron, locaux et vacanciers se volent dans les plumes

SOCIÉTÉ

CHARENTE-MARITIME - La querelle commencée l’an dernier sur la jolie île d'Oléron semblait s’être réglée. Mais à l’approche de l’été , tout est reparti : des vacanciers reprochent à certains locaux la présence de coqs qui chantent trop fort.

L’an dernier, elle avait bien entendu sa voisine lui dire que son coq l’empêchait de faire la sieste. Mais elle pensait que c’était une phrase en l’air. Parce que jusqu’à présent, il n’y avait "aucun souci." Alors cette année, quand Paloma Delbraux, habitante de l’île d’Oléron, a reçu une lettre de ses voisins, des Parisiens, lui indiquant qu’ils arrivaient dans 15 jours et qu’il fallait trouver une solution, elle a démarré au quart de tour. "Ils laissaient entendre qu’il fallait qu’on tue notre coq ! Mais il n’en est pas question !", s’exclame la jeune femme au téléphone. 

Paloma habite non loin de Saint-Pierre d’Oléron, à Matha, près du petit port de la Cotinière, dans un village en bordure d’une zone naturelle. Elle a des poules, et un coq, Coco. Et celui-ci, comme tout coq, chante. Le matin, parfois le soir au coucher, ou même en journée. "Il fait son rôle de coq, il protège ses poules ! C’est juste un comportement de coq", dit Paloma. "Le soir il est retiré dans le poulailler fermé, je l’en sors le matin en emmenant mes enfants à l’‘école, donc à une heure qui n’est pas matinale", raconte-t-elle. "Et même s’il chante le matin, le poulailler est loin de leur maison, ils n’entendent rien du tout." Le problème vient de la journée, quand le coq gambade dans le jardin. "Et s’il chante, on l’entend, c’est normal qu’on l’entende. Mais il y a d’autres voisins qui habitent ici à l’année, qui sont près de chez nous et que ça ne dérange absolument pas."

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Rendez-vous chez un médiateur le 11 juillet

Le problème vient de ce couple de vacanciers, qui viennent "très peu de temps", et qui ont du "mal à s’adapter", estime Paloma.  L’an dernier, après la discussion un peu houleuse avec sa voisine, Paloma est allée se renseigner. "Un  de ses arguments était de dire  : 'Écoutez, on n’est pas en zone rurale, mais en station balnéaire'." Mais la police municipale, et les urbanistes, lui ont assuré qu’elle était dans son droit. "J’avais recroisé ma voisine, et ça s’était tassé, je n’avais plus de nouvelles." Mais cette lettre a relancé l’affaire. Qui ne s’est pas arrêtée là, d’ailleurs, car Paloma a reçu depuis un autre courrier, pour un rendez-vous chez un conciliateur, au tribunal de Rochefort, le 11 juillet prochain. Autant dire que le dialogue est totalement coupé. "Cette convocation est arrivée pendant qu’ils étaient là. Au lieu de venir nous voir et parler entre personnes, ils préfèrent en passer par la justice", constate Paloma, un peu désemparée. 

Le cas de Paloma, confrontée à des vacanciers présents quelques jours par an et qui se disent dérangés par les bruits de la campagne, n’est pas isolé. Sur l’île d’Oléron, une autre habitante, Corinne Fesseau, est en train de vivre la même histoire avec son coq Maurice. Face aux injonctions de ses voisins venant de Limoges, elle avait décidée de se mobiliser. Elle avait créé une page pour "Sauver Maurice le coq oléronnais", lancé une pétition, et accepté que son coq reste enfermé à certains moments de la journée. 

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Un huissier vient mesurer le chant du coq

Elle pensait ainsi que le combat était gagné, Maurice sauvé, la hache de guerre enterrée. Sauf qu’en avril, elle aussi a reçu une lettre recommandée. "C’était pour me faire savoir que les plaignants avaient fait venir un huissier pendant trois jours, fin avril, pour enregistrer le son du coq entre 6 h 30 et 7 h 30", raconte-t-elle. "Je me suis dit : 'Ça y est, ça recommence'. Et avec ça le retour des perturbations. Cette affaire, l’an dernier, m’avait fait un véritable choc psychologique." Corinne a pris le conseil d’une assistante juridique, se fait aider par un ami avocat. Elle soupire : "Tout ça pour des gens qui viennent trois ou quatre fois par an... " A l’époque, l'an dernier, face au petit tollé local, le maire Christophe Sueur avait fait savoir qu’il envisageait de prendre un arrêté, pour protéger les coqs. "Le chant du coq n’est pas une nuisance, les gens ne sont plus du tout tolérants", racontait-il dans Sud-Ouest. Un an après, pas de nouvelles, et la mairie, contactée, indique qu’il n’y a pas d’avancement sur le dossier.

Quoi qu’il en soit, Corinne Fesseau a donc repris les armes. Et veut, à nouveau, médiatiser le combat. Avec le soutien du Refuge oléronais et plusieurs habitants locaux, elle est en train de monter une association. "Elle s’appellera Les Coqs d’Oléron en colère, et cela nous permettra de mieux porter notre message, et de regrouper d’autres locaux victimes des mêmes faits", détaille Corinne. "J’ai aussi remis la pétition en ligne, lancé une cagnotte." Et un appel à se mobiliser le 11 juillet, en soutien à Paloma Delbraux, est lancé. 

On accueille les gens à bras ouverts, mais il faut aussi qu’ils s’adaptent un peu- Paloma, propriétaire d'un coq

Marie-Claire Penot, la présidente du Refuge oléronais et inspectrice locale de la Fondation Brigitte-Bardot, appuie à 100 % la mobilisation. "C’est scandaleux que des gens puissent refuser le fait qu’ici on est à la campagne !", tonne-t-elle. "C’est un site balnéaire mais il ne faut pas oublier que  la première activité est rurale : pêche, vigne, culture. Les gens qui refusent qu’il y ait un coq, de la bouse de vache ou du caca dans un jardin... Je ne comprends pas. Quand on va en ville, nous, on s’adapte ! Ici, c’est pareil."

Rendez-vous, donc, le 11 juillet. En espérant que la bataille ne soit pas sanglante. Paloma rassure, ce n'est pas l'idée : "On ne veut pas créer de problèmes, on y va juste pour parler et se défendre... Je ne suis pas du tout procédurière, je n’ai jamais eu affaire à ce genre de situation, mais on est obligé de se mobiliser : on voudrait que ces gens acceptent de discuter". Et dans cette discussion, c'est ça, qu'elle voudrait dire : "On veut faire entendre qu’on est à la campagne, que c’est un certain mode de vie, et qu’évidemment on accueille les gens à bras ouverts, mais qu’ils faut aussi qu’ils s’adaptent un peu à la manière dont les gens vivent sur place." Attention, sur l'île d'Oléron, ils n’ont aboluement rien contre les Parisiens : "Mon conjoint est un ancien Parisien, moi-même, j’arrive de Bordeaux !", sourit Paloma. "D’ailleurs quand on est arrivés il y a 9 ans, nos voisins avaient un coq !"

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