Ils occupent un "job à la con" : "J'ai l’impression de virer idiote"

Ils occupent un "job à la con" : "J'ai l’impression de virer idiote"

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SOUFFRANCE AU TRAVAIL - Depuis plusieurs années, des études font état d’un nouveau genre de mal-être au travail : le bore-out, soit le fait d’occuper un poste inutile. Un phénomène moins connu que le burn-out, mais tout aussi néfaste. Metronews a recueilli des témoignages, alors que se tient ce lundi, devant les prud'hommes de Paris, une première audience concernant un salarié victime d'épuisement professionnel du fait de sa "placardisation".

"Je passe mes journées à regarder des séries sur mon ordinateur", "je suis payée à ne rien faire". Depuis plusieurs jours, suite à un article de L’Obs , des réactions sont apparues sur les réseaux sociaux au sujet des "Bullshit Job", ces boulots vides de sens, dont un premier cas sera examiné ce lundi par les prud'hommes de Paris. Il s'agit, en l'occurrence, d'un salarié s'estimant victime d'épuisement professionnel du fait de sa "placardisation".

Le "bore out", un phénomène nouveau ? Pas vraiment. Dès 2010, des études se sont mises à pointer du doigt ces jobs aliénants où les salariés effectuent des tâches qu’ils savent inutiles. Pour autant, au boulot, on a plus tendance à connaître le "burn-out" que le "bore-out". Reste que ce dernier phénomène peut avoir des conséquences désastreuses.

"Généralement, dès 11 heures du matin, je n’ai plus rien à faire"

Emilie, employée à la com’ d’un grand groupe pharmaceutique, peut en témoigner. Après six ans d’études et de nombreux CDD, elle se réjouissait, il y a deux ans, d’avoir enfin pu décrocher un CDI dans sa branche. "Le premier truc que m’ont dit mes nouveaux collègues : ‘tu vas voir, ici c’est pépère’". Et effectivement, je confirme. Mon boulot consiste à rédiger de temps en temps un communiqué, envoyé à une base de gens qui ne le lisent jamais. Ensuite j'appelle des journalistes qui ne décrochent pas où qui m'envoient paître. Généralement, dès 11h du matin, je n’ai plus rien à faire. Internet, pause café, clope… Mon marathon de l'inefficacité commence".

 VIDEO - "Les gens s’accrochent à des jobs dans lesquels ils ne sont pas heureux" :

 "Je ne stagne pas : je régresse"

Pas assez de travail, où un travail inutile : sur le papier, le job pourrait flairer le bon plan. Mais à vivre, tous nos témoignages parlent en réalité d’un "enfer". "Mes potes me disent que je suis un gros veinard, de n’avoir rien à faire de mes journées alors qu’eux sont débordés. Mais moi, je le vis mal. Je me sens inutile", explique Julien, 33 ans. "J’ai essayé de chercher ailleurs, mais avec ma formation (études de cinéma), c’est vraiment l’enfer pour trouver quelque chose. Il faut bien que je mange. Alors je reste, ça fait trois ans". Emilie, elle, dit "se sentir vide". "Honnêtement, avec toute cette inactivité, j’ai l’impression de virer idiote. Je n’ai rien à raconter de mes journées, on ne peut même pas dire que je stagne : je régresse".

Eric, lui, n’aura pas tenu trois ans, dans sa boîte de design. "Mon poste était bidon. Mon patron me demandait de préparer des projets qui n’aboutissaient jamais. Que je lui ponde une idée de génie, ou de merde, ça revenait au même : je ne suis même pas sûr qu’il les lisait, vu les retours qu’il me faisait". Las, il a fini par obtenir une rupture de contrat à l’amiable. "Il était temps, j’étais vraiment devenu déprimant, si j'avais continué comme ça ma copine m'aurait largué". Et même si depuis six mois, Eric n’a toujours pas retrouvé de boulot, il ne regrette pas son choix "quitter ce job a été salutaire, j'ai eu l'impression de respirer à nouveau".

Sarah, elle, vit une situation un peu différente : du boulot dans sa boîte, il y en a, mais pas pour elle. "Je travaille dans une agence de pub assez connue. Mais ma chef ne me laisse rien faire. Elle s’accapare tout le boulot, quitte à être complètement débordée. Pourtant, je lui propose tout le temps mon aide, mais rien à faire, elle veut tout gérer seule, probablement pour bien se faire voir de notre hiérarchie. Résultat, il ne me reste que les miettes". En moyenne, Sara pense travailler de façon effective deux heures par jour, pas plus. "Ma N+1 le sait, je lui ai déjà dit, mais elle s'en fout", précise-t-elle, avant d'ajouter occuper ses journées à envoyer des CV un peu partout. "A mon âge, je ne me résigne pas, j'ai envie de bosser !"

>>  VIDEO - Dr François Baumman, auteur de "Le Bore out, quand l'ennui au travail rend malade":

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