Ils promettent une "marée populaire" et un "26 mai pimenté" : à quoi s’attendre pour la manifestation de samedi à Paris ?

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SOCIAL - C’est inédit : ce samedi, syndicats, partis, associations travaillent à une manifestation commune, main dans la main, le samedi 26 mai. La préfecture de police annonce, elle, un important dispositif de forces de l’ordre et des contrôles en amont.

"Tous ensemble ! Enfin… !" C’est un peu ce qui pourrait résumer cet appel à la manifestation de ce samedi 26 mai. Plutôt inédit. Car pour la première fois, c’est une grande partie de l’éventail des forces de gauche qui va défiler dans les rues de Paris : syndicats, partis politiques, associations et un mouvement citoyen, qui appellent, unies, à défiler contre "Emmanuel Macron et son monde". 


Le cortège doit s’élancer à 14 h 30 de la gare de l'Est, en direction de Bastille, en passant par République. 

Les syndicats pas tous d'accord

Dans un communiqué commun, les organisateurs de la "marée populaire", résument l’objet de leur appel : soutenir les "luttes" syndicales en cours, quelques jours après une troisième journée de mobilisation dans la fonction publique depuis le début du quinquennat et en plein mouvement social à la SNCF. Mais aussi, s’opposer à la "restructuration de la société française (...) imposée par Macron, son gouvernement, et le Medef". Le collectif cite entre autres, "la politique d'austérité, la destruction des droits des salariées, la casse des services publics." 

Côté politique, EELV, la Gauche démocratique et sociale de Gérard Filoche, le PCF, Génération.s de Benoit Hamon, FI, PCOF, DIEM 25, NPA, Alternative Libertaire, ou encore Lutte ouvrière ont notamment annoncé leur intention de participer. 


Côté syndicats, la CGT, Solidaires, la FSU, ont fait fi de leurs habitudes de ne pas défiler aux côtés des politiques. Ils ont été suivis par  la Coordination nationale étudiante, ainsi que des secteurs de l’Education nationale, du Commerce, ainsi qu'une Convergence des services publics (hôpitaux, maternités, centres IVG, postes, crèches, électricité, gaz, eau, logement social, transport, sécurité sociale...). Mais Force ouvrière, CFDT et Unsa se sont refusés à défiler aux côtés des politiques. "C'est bien par l'action syndicale, et uniquement syndicale, que les revendications des travailleurs aboutissent", a expliqué Pascal Pavageau, numéro un de FO. Laurent Berger (CFDT) a jugé "mortifère" pour le syndicalisme de participer à un "combat politique". Cette alliance inédite réjouit en tout cas les détracteurs, comme le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, qui ne s’est pas privé de faire remarquer que la participation de la CGT à la manif’ était un "dévoiement complet du syndicalisme". 

Les politiques en queue de cortège

Mais  pour cette journée, ce sont bien les citoyens, non affiliés, qui veulent imposer leur marque. Outre de nombreuses associations, le collectif de la Fête à Macron, qui avait organisé la "manif’ pot au feu" du 5 mai dernier, veut aussi mettre son grain de sel samedi et se réjouit de cette alliance tous azimuts : "Ca y est, enfin, on avance", écrit le collectif dans un communiqué. "Face à Macron et à son monde, face à l'oligarchie unie, personne ne peut gagner isolé. Le mouvement citoyen, seul, est condamné à la défaite ; comme le mouvement politique ; comme le mouvement syndical."


A voir, donc, si la présence simultanée de responsables politiques et syndicaux n’est pas un cocktail trop explosif. Si les citoyens arrivent à trouver leur place. L’ordre traditionnel du défilé pourrait donc se trouver un petit peu remodelé : il est pour l’instant prévu qu’un char ouvrira la manifestation, suivi d’un cortège "citoyen" de personnes n'appartenant à aucune organisation, puis, dans l'ordre, de syndicats, d'associations et, en fin de cortège, de partis politiques, tout ça dans une ambiance qu’ils décrivent comme "festive".  

Un "Pink bloc" en tête ?

Cependant, ce 26 mai pourrait aussi être... pimenté. Des manifestants veulent aligner leurs mots d’ordre pas forcément retenus par les partis, comme la lutte contre les violences policières. Surtout, nombreux sont ceux qui veulent se soustraire à "des partis politiques omniprésents" : "Nous sommes plusieurs à avoir été dérangé.e.s à la manif' Pot au feu par l’omniprésence des symboles de la France Insoumise", écrivent ainsi des manifestants sur paris-luttes.info. Sur les réseaux sociaux, des posts des mouvements autonomes appellent à manifester. Et marquer leur territoire, contre un Jean-Luc Mélenchon dans leurs radars. "Non Jean-Luc n'est pas un camarade !", lit-on ainsi sur la page Facebook du Mouvement inter luttes indépendant, qui veut le reléguer en queue de cortège. Le leader de La France Insoumise est en effet plus particulièrement accusé d'être un "opportuniste" qui "vit sur le dos de nos luttes", d'être "toujours prêt à tout pour récupérer à son compte les dynamiques combatives de ce printemps".


D’où la question, symbolique, de la tête de cortège, et la volonté annoncée par les mouvements alternatifs de "déborder la manif’ pot au feu", face à la "reprise politique de la manifestation." Il y a quelques jours, le comité "Vérité et Justice pour Adama" a ainsi lancé un appel, indiquant qu’il participait à la mobilisation, et voulait placer les "luttes des quartiers populaires en tête du mouvement social". L’appel a été largement relayé sur les sites antifascistes, et rejoint, en tête de cortège de la manif’, par des soignants, les quartiers, des lycéens,  des défenseurs de Gaza, ainsi qu'un "Pink bloc", référence inversée au black bloc, qui appelle les "énervées, les clowns, les musiciennes, les danseuses, les carnavaleuses, enfin à toutes celles qui veulent amener de la couleur dans les cortèges."

Un "important dispositif de sécurité"

Après les échauffourées qui ont émaillé la manifestation du 22 mai et ont conduit à une vingtaine d’interpellations, la préfecture a annoncé ce vendredi après-midi qu’elle mobilisait un "important dispositif de sécurité afin d’assurer la sécurité des personnes et des biens sur le parcours de la manifestation". De "nombreux contrôles" seront ainsi réalisés en amont de la manifestation, afin de "détecter toutes personnes porteuses d’armes par destination ou susceptibles de se constituer en groupe violent", écrit notamment la préfecture. "Toute infraction constatée fera l’objet d’un traitement immédiat", prévient la préfecture. 


> Des manifestations sont également organisées dans plusieurs villes de France : à 11 h à Montpellier, à 14 h 30 à Marseille, avec la participation de Jean-Luc Mélenchon. Toutes les manifestations recensées sur le site mareepopulaire.fr

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