Scruter les réseaux sociaux pour détecter la radicalisation, la solution contre la menace terroriste ?

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DANS LE FUTUR - Repérer en amont les risques de radicalisation en scrutant le Web ? C’est ce que propose une entreprise spécialisée dans le recueil de données. Elle travaille, notamment, pour les ministères et les services de renseignement. Elle présentait sa solution ce lundi, lors d’un forum dédié à l’analytique.

Palais des congrès de Paris, lundi après-midi. C'est là que se tient le SAS Forum, monté par l’entreprise du même nom, dédié à la "Business Analytics". Dans une petite salle, une conférence sur un thème qui à première vue paraît bien éloigné de l'analyse des données : "La détection en amont du risque de radicalisation". Mais c’est bien un nouveau projet développé conjointement par deux sociétés, SAS et Oak Branch : permettre de détecter très en amont la menace terroriste en analysant toutes les données qui grouillent sur Internet.


Les deux entreprises connaissent le sujet : SAS travaille depuis 30  ans pour les services de renseignement, propose des solutions d’investigation, de mise en commun des données. Oak branch a remporté de son côté, en février dernier, un "hacktathon" organisé par la Ville de Paris, où il fallait plancher sur les outils les plus pertinents pour lutter contre le phénomène de radicalisation.  Est sorti de là un tout nouveau logiciel, qu’ils présentent pour la première fois aujourd'hui, afin de cerner ce problème. La salle est remplie. Attentive. Des clients potentiellement intéressés. Des grandes entreprises, des établissements financiers, mais surtout… des représentants de ministères. De l’Intérieur, de la Défense, de la Justice...  

On peut rester chez soi pendant un an, deux ans, et sortir radicaliséAbdulaye Kolel, de SAS

Mais tous viennent ici en mode anonyme, en sous-marin. Ils se sont inscrits sous des pseudos à l’entrée, et ne parlent pas volontiers. Secret défense. Pourtant, potentiellement, la solution présentée sur l’estrade les intéresse. Ils ont laissé leur carte à Emmanuel Jacque, le dirigeant de Oak Branch, après son intervention. Et ont sans doute promis de le rappeler. 


"Notre logiciel se destine notamment aux forces de l’ordre, aux services d’investigation ou de renseignement", explique à LCI Abdoulaye Kolel, de SAS, en charge de promouvoir le savoir-faire de la société auprès des ministères régaliens. "L’idée est d’aider aux mieux les administrations publiques à exploiter les données numériques, à faire face à la masse des données qui circulent sur les réseaux sociaux." Car c’est notamment autour de ces réseaux que s’articule le logiciel. "C’est une nouvelle approche, pour répondre à ce nouveau phénomène : avant, les forces de l’ordre se basaient surtout sur le renseignement territorial, fait à partir des observations du terrain. Aujourd’hui, tout se fait dans des vases clos. On peut rester chez soi pendant un an, deux ans, et sortir radicalisé en étant inconnu des services de police. C’est un nouveau phénomène social qu’il faut anticiper, et empêcher."

Surveillance à la "Big brother" ?

La solution développée permet en fait de croiser et d’exploiter une foule de données. D’abord celles générées par les administrations elles-mêmes, et celles qui circulent dans le cyberespace. "On sait aujourd’hui que la radicalisation se fait surtout via les réseaux sociaux", détaille l'expert. "En mettant un certain nombre de filtres, en ciblant un certain vocabulaire utilisé, un certain type de sites consultés, un certain type d’interactions qui peuvent être faites avec différents pays, on fait ressortir des communautés, des réseaux, des individus", explique Abdoulaye Kolel. "Là-dessus, le système génère des alertes, là où il y a risque de radicalisation, sur une zone géographique, un quartier, un individu." 


Une base à exploiter ensuite par les enquêteurs ou des investigateurs, qui vont s’appuyer sur cet outil. D’autant que les services disposent souvent d’une multitude de notes d’informations, parfois anodines, dans des fichiers parfois cloisonnés par services, mais qui peuvent être déterminantes dans le cadre d’une enquête. Mettre tout cela en commun, les compiler avec les données passées sur Facebook, Twitter, Snapchat, Telegraph, ou même sur le darkweb, tout en les croisant avec une analyse sémantique, textuelle, statistique, permet d’être plus efficace. Et de couvrir des domaines qui pour l’instant ne sont pas surveillés. "Les ministères ne communiquent pas dans le détail les outils qu’ils utilisent. Mais on sait qu’il y a des domaines où ils n’en ont pas", indique Abdoulaye Kolel. "Par exemple, il n’y a pas d’outil aujourd’hui pour mesurer la radicalisation dans les milieux pénitenciaires."


Mais ne faut-il pas craindre des dérives à la "Big brother" ? Absolument pas, rétorque Abdoulaye Kolel. "Ce n’est pas une surveillance de masse. C’est une veille, faite sur des critères bien définis, en vue de protéger la sécurité intérieure du pays. La recherche se fait uniquement sur des phénomènes délictueux, et dans le total respect de la règlementation de la vie privée. D’ailleurs, la méthode est aujourd’hui axée sur la radicalisation, mais peut tout aussi bien être appliquée à la pédopornographie ou aux troubles à l’ordre public."

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