"Ils sont totalement accros", des enseignantes nous racontent l'addiction de leurs élèves au portable

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SNAP - L'Assemblée a voté jeudi une proposition de loi LaREM visant à interdire les téléphones portables dans les écoles et les collèges dès la rentrée prochaine. Quelle est la situation aujourd’hui ? Les téléphones portables sont-ils un enfer pour les professeurs ? Comment gèrent-ils la situation ? LCI a posé la question aux principaux intéressés.

Les enfants seraient accros au téléphone portable. Qu’ils s’envoient des textos, postent des photos sur Snapchat, surfent sur le web, leur portables sont devenus un véritable prolongement de la main. Au point qu'une proposition de loi, examinée ce jeudi à l'Assemblée, souhaite l’interdire tout simplement dans les écoles et les collèges. Une mesure nécessaire ? Chloé, Elodie et Célia, trois enseignantes, nous racontent la relation de leurs élèves avec cet outil.


Au collège Jean-Baptiste Lebas à Roubaix (Nord), Chloé Ledrut le reconnaît : les élèves ne peuvent pas s’en passer. "Le principal problème, c’est la concentration. Ils sont tellement accros qu’ils ont besoin d’y aller régulièrement et forcément, ils suivent moins bien le cours." Un constat qu'elle tient cependant à nuancer : "Cette année, j’ai relativement peu de problèmes. Peut-être aussi parce que je n'ai que des 6e et des 5e. Plus ils sont âgés, plus c'est compliqué. Et puis, je ne fais pas cours en classe. Des collègues m'ont expliqué par exemple que de plus en plus d'élèves branchaient leur portable en douce dans les salles de classe, en les cachant avec leur sac à dos."


Dans son cours de français, Elodie* ne rencontre pas elle aussi pas trop d'abus. "C’est rare de surprendre un élève qui utilise son téléphone pendant le cours, il arrive que des téléphones portable sonnent mais ça a dû m’arriver 5 fois maximum depuis le début de l’année", raconte celle qui enseigne à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Surtout elle relativise sur les conséquences sur l'enseignement : "Quand ça sonne, on perd un peu de temps mais c’est tout."

Dans ces cas-là, il lui arrive de le "confisquer" jusqu'à la fin de l'heure. L'objet de convoitise reste sur le bureau du professeur, bien en vue mais inaccessible. "On n’a pas le droit de garder les téléphones portables, c’est interdit par la loi. Mais dès fois, on contourne un peu les règles, pour leur faire peur et éviter que ça n’arrive trop souvent." Et ça marche : "Ils ont tellement peur qu’on leur prenne qu’ils font en sorte de ne pas le montrer."


Ce n'est pas sa consœur, Chloé Ledrut, qui dira le contraire. "Jusqu'à il y a un an, si on voyait un élève utiliser son portable en cours, nous devions le confisquer et le remettre au chef d’établissement. A chaque fois, le téléphone était enfermé à clé dans un local et c'était aux parents de venir le récupérer. Le souci, c'est que le temps qu'ils soient informés, il fallait souvent attendre le lendemain pour récupérer l'objet de tous les désirs. "


"J’ai vu plusieurs élèves en pleurs, ils étaient paniqués, vraiment", se souvient l'enseignante. "Ils ne savaient pas comment ils allaient faire pour tenir, juste une nuit".

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Cette dépendance au portable est réelle. Un des professeurs le reconnait : "Quand les parents veulent punir leurs enfants, c’est confiscation de portable, et ça marche parce qu’ils ne peuvent pas s’en passer." Pourtant, elle sait aussi que les en priver quelques heures ne leur fait pas de mal et n'est sûrement pas une mission impossible. Et pour cause, dans son établissement, les portables ne sont autorisés que depuis un an. Et sous conditions.

Certains les cachent dans leurs chaussettes ou encore dans leurs soutiens-gorge"Célia Maciejewski, professeur d'EPS

Au lycée, c'est une autre paire de manche, comme nous le racontait il y a quelques mois, Célia Maciejewski, enseignante au lycée Valentine Labbé de La Madeleine (Nord). A chaque cours, cette professeure d'EPS mène une véritable chasse au portable. "Certains les cachent dans leurs chaussettes ou encore dans leurs soutiens-gorge", raconte-t-elle amusée. "Il y a quelques années, il suffisait de leur demander de les ranger mais maintenant, leur ôter leur portable ne serait-ce qu'une heure est assimilé à la fin du monde ! Certains m'expliquent qu'ils ne se sentent pas bien de les laisser, qu'ils stressent."

je ne crois pas que ce soit essentiel pour améliorer l’éducation des jeunesElodie, professeur de français

Malgré ces difficultés, pour ces enseignantes, le problème principal n'est pas l'utilisation en cours, car dans la majorité des cas, les élèves obéissent à la règle. Photos ou vidéos postés à leur insu sur les réseaux sociaux, harcèlement, "ça joue sur les relations entre les élèves", analyse Elodie, comme les autres interviewées. "Je dirais que c’est plus là que le téléphone portable peut poser problème dans l’établissement."


Surtout, "je ne crois pas que ce soit essentiel pour améliorer l’éducation des jeunes. Il y a tellement d’autres choses bien plus prioritaires…"

* Le prénom a été changé

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