Images chocs des attentats : la secrétaire d'Etat aux victimes appelle les médias à repenser leur éthique

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EXCLUSIF - Images de victimes diffusées en direct, photos des terroristes, détails sur leurs biographies… La secrétaire d’Etat chargée de l’Aide aux victimes lance une réflexion pour que les médias fassent preuve de plus de décence envers les victimes dans le traitement des attentats. Interview.

Faut-il diffuser les photos des terroristes ? Les médias donnent-ils trop de détails dans leurs récits ? Pourquoi nomme-t-on les affaires de terrorisme par les noms des auteurs et non des victimes ? La presse participe-t-elle à la propagande de Daech ? Autant de questions, régulièrement soulevées par nos internautes, qui se posent aujourd'hui face à la multiplication des attentats.

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Interrogée par metronews, Juliette Méadel, la secrétaire d'Etat chargée de l'Aide aux victimes, annonce avoir lancé un groupe de travail qui devra proposer en septembre prochain des mesures pour repenser l'éthique des médias dans leur couverture de ce type d'événements. Un projet qui s'annonce sensible, surtout quant il s'agit de dicter à la presse ce qu'elle doit, ou pas, dire et faire. 

Quel regard portez-vous sur le traitement médiatique des attentats, notamment le fait de relayer les photos et les noms des terroristes qui parfois ont pu choquer ?
Le principe de la liberté d’information est essentiel. On doit être informé de ce qu’il se passe. La presse doit faire son travail. En même temps, quand on voit se juxtaposer dans la presse les photos des victimes et celle du terroriste, sur une même page, ça porte atteinte à la mémoire des victimes. Par ailleurs, ceux qui commettent ces actes attendent une gloire planétaire. On peut même considérer que cela fait partie de l’acte. De ce point de vue, il faut réfléchir à des moyens de donner de l’information sans forcément livrer tous les détails de l’identité ou de la biographie du terroriste.

"Cela relève de l'éthique des journalistes"

Est-il question de censurer les médias ?
En aucun cas les pouvoirs publics ne doivent censurer. J’ai lancé une réflexion avec un groupe composé de spécialistes des médias et de la mémoire de guerre, d’intellectuels. Pour n’en citer qu’un : Fabrice d’Almeida, historien, spécialiste de la propagande par l’image. Mon équipe est aussi en lien avec les "Gafa" (géants du web : Google, Apple, Facebook, Amazon, ndlr). Si l’on doit travailler sur ces questions, en particulier sur la publication des photos des terroristes, il faut le faire avec les journalistes. C’est à eux, dans le cadre de leur déontologie, d’adopter leurs propres règles. Cela relève de leur éthique.

Allez-vous légiférer ?
Nous sommes en train de travailler avec Axelle Lemaire (secrétaire d’Etat chargée du Numérique). La réflexion est aussi engagée avec le ministère de la Culture et de la Communication. Mon objectif est de faire des propositions à la rentrée prochaine. Mon rôle est d’impulser, d’essayer de convaincre et de faire en sorte que l’ensemble des médias et des "Gafa" se mettent d’accord autour d’une éthique. Afin de prendre des précautions à la fois dans le signalement des victimes mais aussi dans la manière dont on traite les auteurs. La question est de savoir comment préserver la liberté de l’information tout en gardant une certaine décence vis-à-vis de la mémoire des victimes.

Ce qui n’a pas été le cas pour Nice ou les attentats précédents, selon vous ?
Aujourd’hui, c’est la liberté de l’information qui prime. Or, j’ai constaté, notamment dans le cadre d’un reportage fait à chaud sur France Télévisions, qu’il y a pu avoir quelques abus. Par exemple, interviewer un rescapé de l’attaque, filmé à proximité du cadavre de son épouse, n’est pas respectueux. France 2 s’en est excusé.

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