Immigration : quel est réellement le solde migratoire en France ?

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DÉCRYPTAGE - Les propos de Jacques Toubon selon lesquels "le solde migratoire en France est nul" ont suscité des réactions. Souvent cité dans les débats sur l'immigration, cet indicateur est une donnée de recensement de la population le plus souvent bien mal comprise et utilisée. Explications.

Plusieurs personnalités politiques ont mentionné le “solde migratoire” dans les médias ces derniers jours. Dimanche, le Défenseur des droits Jacques Toubon annonçait dans le JDD que "l'idée de submersion est fausse", le solde migratoire en France étant selon lui "nul sur la période des trente dernières années". Lundi matin, Nicolas Dupont Aignan réagissait en estimant que Jacques Toubon a "perdu le fil" et "devrait prendre sa retraite". 


Le solde migratoire peut se calculer par pays, mais aussi à l’échelle de l’Union Européenne par exemple. Alors, quelle est la réalité de cet indicateur pour l'Hexagone ?

Qu’est ce que le solde migratoire ?

Le solde migratoire est défini par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) comme “la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur le territoire et le nombre de personnes qui en sont sorties au cours de l'année. Ce concept est indépendant de la nationalité.” Jean-Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), explique à LCI : “Ce sont les entrées et les sorties de tout le monde, dont les Français qui reviennent en France. Donc ce n’est pas l’interprétation qu’on s’en fait, cela n’est pas lié forcément à l’immigration”. Le solde migratoire est un chiffre par nature peu précis concernant les années les plus récentes, souligne par ailleurs le spécialiste, car il faut “3 à 5 ans pour prendre en compte les différentes données démographiques” nécessaires à son calcul. 

Comment est il calculé ?

Le solde migratoire est calculé en fonction du "stock de population" (connu grâce aux recensements annuels) et du "solde naturel" (connu grâce aux naissances et décès enregistrés). Les entrées et les sorties du territoire ne sont donc pas comptées au fur et à mesure aux frontières, elles sont estimées en fonction des variations de populations. Cela  demande beaucoup d’ajustements entre les premières estimations et le chiffre définitif, notamment car le recensement français est partiel et nécessite plusieurs années pour fournir une estimation totale de la population. “C’est une question de méthodologie”, conclut M. Dumont.

Un exemple concret en France ?

Plus concrètement, on peut détailler le calcul de solde migratoire français pour l’année 2014. La première donnée est la “variation de stock”. On prend la population totale au 1er janvier 2015, 66 421 000 personnes, et on y soustrait la population totale au 1er janvier 2014, 66 130 000 personnes : on obtient une variation de stock de 291 000. La deuxième donnée est le “solde naturel”, elle est calculée en prenant le nombre de naissances, et en y soustrayant le nombre de décès. Pour l’année 2014, le solde naturel était de 259 000. Le solde migratoire de l’année 2014 est donc de 291 000 moins 259 000, soit 32 000.


Mais Marie Reynaud, chef de l’unité des études démographiques et sociales de l'INSEE, contactée par LCI, précise : “Cela n’est pas révélateur du nombre d’entrées et sorties pour autant, on peut avoir un solde migratoire faible comme 32 000, mais qui recouvre 10 fois plus d’entrées et de sorties qu’une année avec un solde migratoire de 100 000.” Le solde peut en effet rester stable d'une année à l'autre même si ses niveaux ne sont pas les mêmes.

Le solde migratoire est-il nul actuellement ?

S’il est pour l'instant difficile d’obtenir des chiffres précis entre 2015 et 2018, Jean-Christophe Dumont affirme pour autant que “le solde migratoire n’est pas nul, pas du tout”. Les chiffres sont fiables jusqu’en 2015 uniquement, qui est la dernière année où le niveau de la population résidant en France est connu. Depuis, l’Insee "fournit des estimations de population pour 2016, 2017 et 2018", explique Marie Reynaud. "On propose une estimation du solde migratoire en prenant la moyenne des trois dernières années connues. La moyenne, c’est actuellement 69 000." Mais selon elle, "c’est juste une tendance des années antérieures, c’est très peu précis donc ce n’est pas un chiffre à mettre en avant." 


Ainsi, même s'il apparaît globalement comme plutôt stable, le solde migratoire n'est pas réellement "nul en France pour ces trente dernières années", comme l'a dit Jacques Toubon. Il faut néanmoins être prudent quand à l'utilisation de ce chiffre et prendre en compte le fait que l'estimation actuelle du solde migratoire est peu précise, à cause du manque de données récentes. 

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