Maisons vendues 1 euro à Roubaix : "Elles reviendront 20% moins cher que le prix du marché"

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INTERVIEW - Roubaix lance officiellement ce mercredi un projet inédit en France : la vente de maisons à un euro contre l’engagement d’y réaliser des travaux. Le maire de cette ville du Nord, Guillaume Delbar, répond aux questions de LCI sur cette expérimentation.

C’est une première en France : pour lutter contre les logements fantômes, Roubaix lance officiellement ce mercredi un dispositif de vente de maisons à un euro contre réhabilitation. Au total, 17 logements inoccupés de 2 à 5 pièces, qui appartiennent aujourd’hui à la ville et à des bailleurs sociaux, seront proposés pour 1 euro symbolique à des primo-accédants, ceux-ci s’engageant à y réaliser des travaux et à y habiter au moins 6 ans.  Les candidats ont désormais jusqu'au 31 mai pour déposer leur dossier, avec une instruction jusqu'à l'automne, avant une vente début 2019 chez le notaire et le démarrage des travaux. Le maire de la ville, Guillaume Delbar (droite, ex-Les Républicains), revient sur ce projet pour LCI.

LCI : Vous lancez officiellement votre dispositif "Maison à 1 euro avec travaux". Des premiers acquéreurs potentiels se sont-ils déjà manifestés ?

Guillaume Delbar : Des gens sont intéressés depuis qu'on parle de ce projet ! Il y a deux ans, après que je l'ai simplement évoqué lors d'une réunion, la Voix du Nord en avait fait sa une et nous avions déjà connu une première phase de forte médiatisation : j’avais reçu des messages du monde entier, même de Brésiliens me disant vouloir une maison à 1 euro. Depuis, nous avons travaillé pour que le dispositif devienne réalité, et nous savons que la demande est forte. Le logement étant la grande priorité des Français, notre projet innovant et inédit, avec son intitulé porteur, suscite évidemment l’attention.

LCI : Les maisons nécessitent d’importants travaux, entre 70.000 et 100.000 euros selon les estimations. A ce prix-là, les acquéreurs feront-ils vraiment une bonne affaire ?

Guillaume Delbar : Au final, les maisons reviendront environ 20% moins cher que le prix du marché pour un bien avec travaux. Donc cela reste même une très bonne affaire. C’est d'ailleurs pour cette raison qu’en face, nous posons des conditions : la première, c’est d’être primo-accédant, car nous visons vraiment des gens qui seraient restés locataires sans ce dispositif. Il faut aussi s'engager à s'installer dans la maison pour une durée suffisamment longue, car nous ne voulons pas faciliter des opérations qui généreraient de la spéculation.

LCI : Comment accompagnerez-vous les propriétaires pendant les travaux ?

Guillaume Delbar : Ils seront suivis par un organisme parapublic, La fabrique des quartiers, dont la mission sera d’aider les propriétaires à piloter les travaux, mais aussi à obtenir les aides publiques auxquelles ils auront droit.

LCI : Votre ville compte de nombreux logements fantômes. En quoi cette opération peut-elle changer la donne ?

Guillaume Delbar : Il faut bien comprendre que cette expérimentation sur une petite vingtaine de maisons doit nous permettre de voir si le dispositif peut ensuite être généralisé. Pour la première fois, on traite la crise du logement en s’attaquant aux habitats vacants. Il y en a environ 3 millions en France mais dans ce nombre, les cas de figure sont très divers : on peut avoir des gens qui ne veulent pas les louer car ils ont peur de ne pas pouvoir les reprendre, des successions mal réglées qui prennent des années… Là, c'est l'ancien dégradé qui est le cœur de notre opération. Je ne vous dis pas que l’on va régler tous les problèmes de la vacance ainsi, mais nous sommes dans une logique d'apporter un outil supplémentaire, une solution nouvelle au service de la rénovation urbaine, pour permettre à des jeunes couples de devenir propriétaires.

LCI : Comment cette idée vous est-elle venue ?

Guillaume Delbar : Elle est bien sûr inspirée de la maison à une livre mise en place à Liverpool, mais aussi d'une expérience personnelle. J’avais à côté de chez moi il y a quelques années une maison qui paraissait abandonnée, mais qui appartenait en fait à un vieux monsieur ne faisant pas les travaux nécessaires. Très souvent, on venait sonner chez moi en demandant si elle était à vendre. Cela m’a confirmé dans l'idée que des gens sont prêts à faire beaucoup de travaux dans des biens dégradés pour avoir des maisons moins chères.

LCI : Le concept a déjà été repris par une ville des Deux-Sèvres, Thouars. D'autres municipalités vous ont-elles fait part de leur intérêt ?

Guillaume Delbar : Nous avons reçu beaucoup de marques d’attention et nous nous sentons regardés un peu partout en France, d’ailleurs autant en milieu urbain que rural. Si on trouve le modèle économique viable, il est certain qu'il intéressera d’autres territoires. C’est un petit clin d’œil à l’histoire de Roubaix : c’est la ville qui a inventé les habitations à loyer modéré et le 1% logement.

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